Roger Chopin à Auschwitz le 8 juillet 1942
Roger Chopin en 1940

Matricule « 45370 » à Auschwitz

Roger
Chopin
est né le 15 août 1923 à Plailly, dans l’arrondissement de Senlis (Oise). 

Il habite au 15, voie Monsigny à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation. Il est le fils de Jeanne Désirée, Pauline Mesnil, née le 23 mai 1902 à Thiers (Oise), 21 ans, et de Marcel, Henri Chopin, né le 15 juillet 1900 à Plailly, 23 ans,
son époux, cordonnier. Ses parents se sont mariés à Plailly le 28 octobre 1922. 

Ecolier à Plailly (Oise)

Il va à l’école
à Plailly et la famille habite au 200 rue François Goyer. En 1926 son père est toujours cordonnier et sa mère ménagère. Son frère, Pierre, naît à Plailly en 1928.   

Leur père décède le 6 février 1931 à Plailly. Au recensement de 1931, le registre du recensement de Plailly mentionne la mère et ses deux fils à la même adresse.

Sa mère, se remarie le 7 mai 1932 avec Lucien
Lasne, 32 ans, né en 1900 dans le Loiret, enquêteur à la ville de Vitry. Roger Chopin a un demi-frère,
Jacques, né en 1933. Sa mère est militante des Amis de l’Union soviétique depuis 1933. En 1936, elle est sans emploi. Ils habitent Il habite au 15, voie Monsigny à Vitry-sur-Seine.

Son beau-père est lui aussi un militant. Le commissariat d’Ivry le présente
ainsi en 1941 : « Militant fervent. Beau-père
du nommé Chopin Roger (objet perq. 19/10/41 pour Chopin) nous avons au
cours perquisition acquis que Lasne qui est actuellement prisonnier en
Allemagne était un ex-militant fervent (ci-joint sa photo au cours d’une
manifestation communiste. cette manifestation était précédée par un énorme
poing tendu 
». 

Roger Chopin est célibataire. Il est mouleur à la Fonderie Technique de Vitry, où travaille également Daniel Germa (« 45.594 »). Il habite au 15, voie Monsigny à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.

Rocger Chopin, à droite

avec sa mère et Pierrot

Licence d’amateur « débutant »  20 décembre 1940
Sa licence à l’UVF 

pour l’année 1941

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Elles ont occupé une partie de la banlieue-est la veille, puis la totalité les jours suivants. 

Roger Chopin est
un sportif passionné de vélo. Licencié amateur, il effectuesa première année de course en tant que débutant en
1941 au Vélo Club Arcueil-Cachan
(club affilié à l’Union Vélocipédique de
France), couleurs du club : mi rouge, mi noir. 

Chez son grand-père Constant
Dans le Loiret avec sa mère 

et Jacques

Roger Chopin est membre
des Jeunesses communistes clandestines. Il est arrêté par la police française le 2 mars 1941 après une distribution de tracts et un collage d’affichettes dans le quartier du plateau à Vitry. Il est condamné à 6 mois de prison avec sursis en raison de sa jeunesse (il n’a pas 18 ans). Ecroué à Fresnes, il est relaxé le 21 mai 1941. Il poursuit ses activités clandestines, en distribuant des tracts appelant à la lutte contre l’Occupant (attestation de Marcel Mugnier).

Le
28 avril 1942, il est arrêté à son domicile avec un groupe de 14 militants de
Vitry
(1), et interné à Compiègne le jour même. Il s’agit d’une rafle organisée
par l’occupant dans tout le département de la Seine, en répression à l’attentat de Paris du 20
avril (2). Les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages. Cette rafle
(387 militants), outre les jeunes de Vitry, touche un grand nombre de militants arrêtés une première fois
par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés
à l’expiration de leur peine.

Carte lettre de Compiègne, colorisation d’un photostat

par Pierre Cardon

Au
camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), Roger Chopin est
affecté au bâtiment C1, avec le numéro matricule « 4038 ».

Roger
Chopin écrit plusieurs lettres et carte-letters à sa mère (21 mai, 4, 11, 16 et 18 juin),
remplies de courage et d’humour, demandant toujours des nouvelles des «petiots» ou « petits frères« , espérant aussi qu’elle aura reçu des
nouvelles de son beau-père, fait prisonnier en 1940 (il est détenu au Stalag III B de
Fürstenberg am Oder). »La prochaine lettre que tu écriras à papa, embrasse-le bien fort de ma part, mais ne lui dis pas où je suis. Ce n’est pas la peine de lui faire avoir le cafard« .

FT 122. Lettre du 4 juin 1942. Surcharge faite par sa mère

Compiègne, 4 juin 1942. « Chère maman. Je suis en bonne
santé. Je pense que toi aussi, ainsi que les petits frères… Je ne peux pas
mettre long, car la lettre n’est pas grande. Si tu peux envoyer des colis, çà améliorerait l’ordinaire…
». Comme tous les internés dont nous avons lu les courriers, il détaille ses souhaits en vivres et vêtements ». Le 18 juin, il écrit : « si tu peux m’envoyer un petit mandat pour pouvoir toucher mon tabac, car je n’ai plus un sou. J’ai trouvé les cerises que tu m’as envoyée bien bonnes. Rien dans le colis n’était avarié. Je pense que dans le jardin tout pousse bien, car le jour où je rentrerais, tu auras affaire à un crevard ». Il souhaite aussi donner des nouvelles à son amie Jacqueline « Si quelquefois tu vois Jacqueline tu lui souhaiteras bien le bonjour de ma part« . « Ma prochaine carte, je l’écrirais à Pépère et à mémère Chopin ».

Les photostats de ces lettres et carte-lettres datant de 1973 sont hélas devenus très peu lisibles au fil des années.

Pour
comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots,
voir les deux articles du blog : La
politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
et «une
déportation d’otages
». 

Cf l’article du
blog : Les
wagons de la Déportation

Depuis le camp de Compiègne, Roger Chopin
est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
 Ce convoi
est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages
communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus
du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel
d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants –
de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits
communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées
à combattre, en France,les judéo-bolcheviks responsables,
aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste
clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le
récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz
: 6-8 juillet 1942
. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet
1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet
1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943Auschwitz-I) entre les numéros
« 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des
45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce
matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute
demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans
le blog : Le
KL Aushwitz-Birkenau

Il est immatriculé le 8 juillet 1942

Roger
Chopin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Il n’existe
pas de document permettant de connaître son numéro matricule. Cependant, les
similitudes entre les photos d’avant-guerre de Roger Chopin et la photo
d’immatriculation correspondant au numéro. «45370»,
sont parlantes et permettent de confirmer le numéro que je lui avait attribué
de manière hypothétique en tenant compte de l’ordre alphabétique des listes composant
ce convoi.

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne
permet de connaître la date de la mort de Roger Chopin à Auschwitz.
Le
ministère des Anciens combattants a fixé de manière fictive son décèsà la date du départ du convoi, le 6
juillet 1942.

Il
est déclaré Mort pour la France le 16 janvier
1956. Il est homologué au grade d’Adjudant le 9 novembre 1948 (n° 5648) au
titre du Front national.

La
municipalité de Vitry remet aux cyclo-crossmen de Vitry une coupe à la mémoire de
Roger Chopin le 11 juin 1953.

Selon
Le Maitron, sa mère devint directrice
technique du patronage municipal de Vitry, puis secrétaire administrative de
France-URSS. Son mari, Lucien Lasne, était employé communal à Vitry-sur-Seine
.

Plaque commémorative 1994

Le nom de Roger Chopin est honoré sur la plaque située
place des Martyrs de la
Déportation
 à Vitry, inaugurée à
l’occasion du 50ème anniversaire de la
déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz –
1175 déportés dont 1000 otages communistes – Parmi eux 14 Vitriots
. Son nom est également gravé sur le monument situé place des Martyrs de la
Déportation
 à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et
des Vitriots exterminés dans les camps nazis
.

Il est également honoré sur le monument aux morts de Plailly.

  • Note 1 : Ils sont tous arrêtés le 27 ou
    le 28 avril 1941 à partir des fiches établies en octobre 1940 par le
    commissariat de Vitry (lire l’article du blog Le
    rôle de la police française
     dans les arrestations des «45000» de Vitry) : il s’agit majoritairement
    d’ouvriers communistes ou militant aux «Amis
    de l’URSS
    », deux sont conseillers municipaux communistes : Bonnefoix
    Lucien, Bournigal Georges XX, Brahim Georges X, Bretonneau Louis XX,
    Brice XX, Calavia Félix XX, Crespo José XX, Darras Louis XX, Delbos
    Julien, Tarquis Gabriel X, Tavert 
    Antoine XX, Talout Robert X, Tortel Maurice XX, Tremblay
    Edouard XX. Voir dans l’article précité la
    signification des croix X, XX, XX. et Fiches
    et registres de la police française dans la répression anticommuniste et la
    «politique des otages» : l’exemple d’Ivry et Vitry
    « , 
  • Note 2 : Le 20 avril 1941, un soldat de
    première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus
    parisien, et le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Sources

  • © Fiches de police du commissariat de police
    de Vitry.Musée de la Résistance Nationale (mes
    remerciements à Céline Heytens).
  • Lettre
    de sa mère (8 mai 1973) à José Martin. 
  • Photographies
    confiés à José Martin, frère d’Angel Martin, par la mère de Roger Chopin (1973),
    et remis à Roger Arnould.
  • Lettre
    annonçant la création dela
    Coupe
    cycliste : 8 juin 1953
  • Documents
    : Cartes et attestations du Front National, Livret de famille.
  • Certificat
    du camp de Compiègne.
  • Lettres
    de Compiègne, quasi illisibles (mauvaise qualité du photostat.
  • Avis
    de transfert daté du 16 juillet 42.    
  • Attestation
    signée le 12 novembre 1954 par Marcel Mugnier, liquidateur national du Front de
    Lutte pourla Libérationet l’indépendance dela France,
    chevalier dela Légiond’honneur, Croix de guerre avec palme, rosette dela Résistance.
  • Brochure
    :La Résistance
    à Vitry,
    sans date.
  • De
    l’occupation à la Libération, témoignages et documents
    , brochure éditée par
    la Ville de Vitry, pour le 50ème anniversaire de la
    Libération, Paillard éd. 1994. 
     
  • Death
    Books from Auschwitz
    ,
    Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres
    (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville
    d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943,
    le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier
    national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains
    (BAVCC), Ministère dela
    Défense
    , Caen.
  • Liste
    (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les
    historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des
    victimes des conflits contemporains (Ministère dela Défense, Caen) indiquant
    généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet
    «Mémorial-GenWeb».
  • © Fiches de police des commissariats
    d’Ivry et Vitry.Musée de
    la Résistance
    Nationale
     : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état
    Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Archives en ligne de Vitry, recensement 1936.

Notice biographiqueinstallée (rédigée en 2003), complétée en 2012 et 2020 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des
ouvrages :«Triangles
rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942»
, Editions Autrement,
2005 Paris et de «Mille otages pour
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000
», éditions Graphein,
Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou
partielle de cette biographie. Pour compléter ou
corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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