Paul Gianni, le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.597 » à Auschwitz 

Paul Gianni : né en 1922 à Paris 15ème où il habite ; étudiant ; arrêté le 18 décembre 1941, condamné à 3 mois de prison à Fresnes ; relaxé ; arrêté comme otage  le 28 février 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 16 octobre 1942.

Paul Gianni est né le 19 février 1922 à Paris (15ème), où il habite 14, rue de Vichy au moment de son arrestation. Il est le fils de Rose Martini, née à Quenza en Corse du sud, le 6 octobre 1894 (elle est décédée en 1995 à Paris 15ème à l’âge de 101 ans) et de Pierre, Marie Gianni, né à Quenza (Corse du Sud) le 29 septembre 1896. Son père est employé de commerce, courtier.
Il a un frère cadet, Camille, Antoine, né le 12 juin 1923 à Paris 15ème.
La famille habite alors au 10, rue Denouette jusqu’en 1924. Puis elle déménage au 14, rue de Vichy. En 1926, Angèle Gianni, née à Quenza en 1891, habite avec eux (recensement de 1926).
Paul Gianni est célibataire, et poursuit ses études au Lycée Buffon au moment de son arrestation.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Paul Gianni adhère aux Jeunesses communistes clandestines du 15ème pendant l’Occupation, distribue des tracts et participe à des manifestations. Il fait partie depuis septembre 1940 d’un groupe de quatre jeunes communistes « placés sous l’autorité de Jeannine Gagnebin, à savoir Nicolaï, Paul Gianni  et lui-même » (interrogatoire de Jean Christian). Les quatre jeunes gens se sont connus pendant leurs études. De surcroît, les frères Gianni et Jean Nicolaï ont des parents corses.
A la suite de l’arrestation de Jean Christian (qui collait des affiches avec le jeune frère de Paul, Camille Gianni, qui réussit à s’échapper), Paul Gianni est arrêté une première fois le 18 décembre 1940, à son domicile, par des policiers français en même temps que 8 autres jeunes communistes des 14ème et 15ème arrondissements. Lire dans le blog : Le procès des « JC » des 14ème  et 15ème arrondissements de Paris.
Paul Gianni est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Son avocat et celui de son jeune frère Camille, également arrêté, est maître Michel Rolnikas (il sera fusillé, lire Trois avocats de « 45000 » sont fusillés le 20 septembre 1941).

Durant les interrogatoires et confrontations, Paul Gianni nie avoir confectionné avec Jean Christian qui l’affirme, des bons pour les chômeurs au moyen « d’une imprimerie de type « Mondial » (il s’agit en fait une boite de tampons « La Mondiale » servant à confectionner des bons pour les écoliers, laquelle boite n’a pas été retrouvée par la police).

Paul Gianni est incarcéré à la Santé le 19 décembre 1940. Il est jugé avec ses camarades le 1er mars 1941 au tribunal de 1ère instance du département de la Seine, police correctionnelle, 15ème chambre.
Il est condamné à 3 mois de prison, son frère à 6 mois. Sa peine étant couverte par sa détention préventive, il est transféré à la maison d’arrêt de Fresnes pour sa levée d’écrou, et libéré le jour même.

Mais il est arrêté une seconde fois le 28 avril 1942, comme otage, avec deux de ses co-inculpés du procès du 1er mars 1941 (Jean Nicolaï et Jean Christian) par des policiers français et allemands, à son domicile, dans le cadre d’une rafle concernant tout le département de la Seine et visant des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).

Paul Gianni est arrêté à 5 heures du matin et emmené à 8 heures au commissariat du 15ème arrondissement puis à la caserne du Cherche-Midi. Les personnes arrêtées sont conduites en autobus à la Gare de l’Est, puis en train au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Paul Gianni y reçoit le matricule n° 4097. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Paul Gianni est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «45.420».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée et reconnue par son frère Camille parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Immatriculation le 8 juillet 1942 document familial

Paul Gianni meurt à Auschwitz le 16 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 346). La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 2 juin 1993 paru au Journal Officiel du 17 juillet 1993). Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne néanmoins
une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Or celle-ci est connue. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, et © Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Paul Gianni est déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique». Il est homologué (service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 254299) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL).

Sources

  • Archives en ligne de Corse et de Paris : état civil et recensement.
  • Questionnaire rempli par son frère, Camille, le 2 avril 1992 (arrêté et condamné dans la même affaire à 6 mois de prison).
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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