Matricule « 45.923 » à Auschwitz

Jean Nicolaï le 8 juillet 1942
Jean Nicolaï © droits réservés Claudine Cardon-Hamet
Jean Nicolaï : né en 1921 à Paris 14ème où il habite ; étudiant ;  communiste ; arrêté le 18 décembre 1940, condamné à 3 mois de prison (Santé, Fresnes, Poissy) ; arrêté le 28 février 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 9 octobre 1942.

Jean Nicolaï est né le 30 avril 1921 à Paris (14ème). Il habite chez ses parents au 225,  rue d’Alésia à Paris (14ème) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Elise Dufois, 26 ans, employée de bureau, née en 1894 dans le Gard, et de Don, Jacques Nicolaï, 33 ans, cordonnier, né Tramoni, le 8 février 1887 à Sartène, Corse du Sud.
La famille emménage au 225, rue d’Alésia à partir du mois d’août 1924. Jean Nicolaï est célibataire et fait ses études à l’Ecole d’administration
des Ponts et chaussées.
Sportif, il est adhérent à l’Union Athlétique Jean Jaurès (UAJJ), club affilié à la FSGT-USGT du 14ème arrondissement.
En 1936, son père est au chômage et sa mère travaille comme employée à la Société Métropole. Sa grand-mère maternelle, Noëlie Dufois vit avec eux.
Son père décède en décembre 1939. De la classe 1941, Jean Nicolaï n’est pas mobilisable à la déclaration de guerre en 1939.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Jean Nicolaï donne son adhésion aux Jeunesses communistes « dans l’illégalité », pendant l’Occupation, et se joint au groupe des jeunes communistes des 14ème et 15ème arrondissements (voir René Deslandes).
A la suite de son arrestation au cours d’un collage d’affiches, le 15 décembre 1940, un de ses camarades, le jeune Jean Christian, va reconnaître faire partie d’un groupe de quatre jeunes communistes : Jean Nicolaï, Paul Gianni et Jeannine Gagnebin âgée de 24 ans, dont il affirme qu’elle en est la responsable. Il désigne comme chefs de groupe Julien Baudois et Camille Gianni. Suzanne Helembrand serait la responsable politique de l’arrondissement et Jean Nicolaï chargé du secteur des jeunes chômeurs. Le flagrant délit, la perquisition et l’interrogatoire ont très certainement entraîné un marchandage entre Jean Christian et les policiers. Lors du procès, Suzanne Helembrand, dira d’ailleurs « j’ai la certitude qu’il nous a fait tous arrêter pour éviter l’arrestation d’un être cher ».

Jean Nicolaï est arrêté le 18 décembre 1940 pour activité communiste. Le mandat de dépôt est ordonné le même jour : il est détenu à la Santé. Lire dans le site l’article : Le procès des « JC » des 14ème  et 15ème arrondissements de Paris. 
Jean Nicolaï, lors des auditions et confrontations nie avoir dactylographié les tracts intitulés « Union des comités populaires des jeunes chômeurs de
Paris 
» et avoir remis à Jean Christian des tracts intitulés « Le triomphe de la canaille ». Le jugement a lieu le 1er mars 1941 au tribunal de première instance du département de la Seine, police correctionnelle, 15ème chambre. Jean Nicolaï est condamné à 3 mois d’emprisonnement.
Ses avocats sont maîtres Hajje (33, boulevard St Jacques à Paris XIVème) et Pontarelli (cabinet au 50, rue de l’Hôpital à Paris XIIIème). Sa peine étant couverte par sa détention préventive, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes pour sa levée d’écrou. Il est libéré le 18 mars 1941. En septembre 1941, il travaille à la Société industrielle des téléphones. Mais il est désormais dans le fichier de la Préfecture de police de Paris.

Jean Nicolaï est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 comme otage, avec deux de ses co-inculpés du procès du 1er mars 1941 (Paul Gianni et Jean Christian)

lors d’une rafle concernant tout le département de la Seine et visant des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris.
Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Nicolaï est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 était incertain.
Le numéro « 45923 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne pouvait être validé sans une comparaison avec un portrait civil. C’est
chose faite grâce aux recherches d’André Deslandes qui m’a transmis une photo de Jean Nicolaï avant son arrestation.

Jean Nicolaï meurt à Auschwitz le 9 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 861).

L’entrée du camp d’Auschwitz

La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 15 juin 1995 paru au Journal Officiel du 28 juillet 1995). Cet arrêté porte une mention erronée : décédé en mars 43 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décèsdes « 45000 » à Auschwitz.

Jean Nicolaï est homologué (service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 443988) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme
appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL).

Sources

  • Recherches faites aux archives de la préfecture de police par André Deslandes pour la mémoire de son frère René Deslandes et des jeunes communistes des 14ème et 15ème arrondissements. Photo de Jean Nicolaï dont il m’a transmis l’original.
  • Revue d’Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats
    André Deslandes

    de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet
    1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).

  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives en ligne de Corse du Sud,
  • Archives en ligne de Paris,
  • Dossiers administratifs de résistants. Archives de la Préfecture de police, jugement du Tribunal de première instance, 15ème chambre, audience publique du 1er mars 1941.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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