Matricule « 46 010 » à Auschwitz

Léon Poyer : né en 1899 à Maromme (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), où il est domicilié ; ouvrier métallurgiste, ouvrier teinturier ; mouleur en fer ; communiste, adhérent CGT ; arrêté comme otage le 22 octobre 1941 ;  écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 23 août 1942.

Léon Poyer est né le 11 juin 1899 à Maromme (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) où il est domicilié au
26 rue de Lorraine au moment de son arrestation. Léon Poyer est le fils de Léontine Tessel, 26 ans et d’Alfred Poyer, 26 ans son époux, domiciliés au 45, rue du bout du Bosc à Maromme.
Ses parents qui se sont mariés le 9 mars 1896 à Maromme, habiteront par la suite au 42, route de Duclair.

Ceux de la vallée du Cailly

La photo ci-contre figure sur un tract édité à la Libération sous le titre “ils aimaient la France” avec les portraits de 8 militants de la vallée du Cailly, fusillés ou déportés.  Mais elle est légendée « A. Poyer ».
Toutefois, étant donné que dans ce type de tracts les erreurs patronymiques ont été fréquentes, c’est sans doute le cas ici, car je n’ai pas trouvé mention d’un autre militant de la vallée du Cailly déporté ou
fusillé portant le même patronyme et le prénom A.
Il est ouvrier métallurgiste.

Médaille de la Victoire

Léon Poyer est mobilisé le 30 avril 1918 (sa classe a été rappelée avec un an d’avance). Le signalement de son livret militaire indique qu’il a les cheveux châtain, le visage ovale, les yeux verts et qu’il mesure 1 m 63.
Il possède une instruction primaire développée (degré 3). Léon Poyer est affecté au 8ème régiment de Zouaves qui contient l’avance allemande au chemin des Dames.
Il est décoré de la Médaille commémorative de la Grande guerre et de la Médaille de la Victoire. Le 11 mai 1920 il est affecté au 6ème régiment de tirailleurs algériens et est engagé dans la campagne du Maroc jusqu’au 14 avril 1921. Il est versé dans la réserve au 4ème tirailleur.

Léon Poyer épouse Célina, Juliette Déveaux le 14 janvier 1922 à Maromme
. Elle est née le 14 janvier 1899 à Pavilly (Seine-Inférieure).
En 1923 le couple habite au hameau de la Maine à Saint-Jean-du-Cardonnay.
Ils ont un fils, Jean.
En 1925 Léon Poyer est ouvrier teinturier. En 1927, le couple a déménagé à La Vaupalières entre Maromme et Duclair.
En 1929, ils habitent au 26, rue de Lorraine à Maromme, qui jouxte la commune de Déville.
En 1936, il est planteur de sapins.

La Cie Française des métaux à Déville-lès-Rouen

Léon Poyer est selon Roland Leroy (1), militant du Parti communiste et de la CGT;

En 1937 Léon Poyer est mouleur en fer à la Compagnie française des Métaux de Déville-lès-Rouen et «affecté spécial» à ce titre en cas de conflit (2).
Mais à la déclaration de guerre, son « affectation spéciale » à la Compagnie française des Métaux est rayée le 7 septembre 1939, comme ont été « rayées » – sur décision du général commandant la 3ème Région militaire – la plupart des « A.S. » de militants syndicalistes et/ou communistes connus du département. Il est envoyé le jour même au centre mobilisateur 32 d’Infanterie de Rouen.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Militant du Parti communiste et de la CGT avant guerre, Léon Poyer est arrêté dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941 par la police française, à Maromme. Fernand Chatel, dans son ouvrage «30 ans de lutte…» mentionne son arrestation en même temps que celle de François Hubler (n° 2025 à Compiègne, déporté et mort à Buchenwald) et Raymond Duflo (fusillé le 31 janvier 1942). Julien Villette, également de Maromme, est aussi arrêté la même nuit. La sœur de Julien Villette écrit «Nous le voyons partir enchaîné avec un voisin, Léon Poyer. Ils sont enfermés à la caserne Hatry, à Rouen».

La caserne Hatry

Leur arrestation est ordonnée comme celle de Julien Villette par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly).
Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre.
Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941.
La moitié d’entre eux seront déportés à Auschwitz.

Léon Poyer est transféré à Compiègne le 30 octobre 1941. Il y reçoit le numéro matricule n° « 2090 ».

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi.
Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Léon Poyer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «46 010» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Léon Poyer meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 961).
Il est homologué comme «Déporté Politique». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel n°22 du 27 janvier 1998. Son acte de décès porte toujours la mention «décédé en octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)» : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Son nom est cité par Roland Leroy, alors secrétaire permanent de la fédération de Seine-Maritime du PCF, lors de la cérémonie en mémoire des déportés et fusillés de Rouen et ses environs (L’Avenir Normand du 27 mai 1949).

Son nom est gravé sur le monument honorant les morts de Maromme de 39-45, avec celui de neuf autres déportés – dont quatre autres « 45.000 » et un fusillé.

Stèle à Maromme

Il est également honoré sur une stèle à Maromme : A la mémoire de nos camarades morts pour la France à Gross Rosen, Buchenwald et Auschwitz.

Mémorial PCF Rouen © Thierry Prunier / Mémorial Genweb

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ». Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

  • Note 1 : Roland Leroy, cheminot, membre de la direction clandestine des jeunesses communistes en 1943, puis secrétaire permanent de la fédération de Seine-Maritime du PCF en 1949, membre du Comité central en 1956.
  • Note 2 : Lorsque des ouvriers travaillent dans une industrie jugée stratégique par les autorités militaires, celles-ci décident qu’ils seront AS (affectés spéciaux), c’est-à-dire requis sur leur lieu de travail, si bien sûr ils sont encore présents dans cette industrie au moment du conflit-mobilisation. En parallèle, ces ouvriers, tant qu’ils sont mobilisables, sont informés sur leur rattachement formel à une nouvelle arme, unité caserne et, au cours des ans cette affectation change parfois plusieurs fois (à partir d’une note de Jean Paul Nicolas).

Sources

  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes), pages 7, 12, 23.
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime, page 9.
  • Témoignage de la sœur de Julien Villette (lettre du 30 septembre 1991).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Archives en ligne de Seine Maritime
  • © Courriel d’octobre 2012 de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (page matricule).
  • © Archives en ligne de Seine Maritime. Registre matricule militaire.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45 000” et “31 000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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