François Olivo est né le 14 novembre 1899 au Bourg de la
commune de Guern canton de Pontivy (Morbihan). Il habite Orsonville
(Seine-et-Oise / Yvelines) à la limite du département d’Eure et Loir, au moment de son arrestation (1). Il est
le fils d’Anne Le Pennec, 30 ans, ménagère et de Joseph Olivo, journalier, 61
ans.

Il a deux sœurs jumelles, Louise
et Joséphine, nées en 1883, et un demi-frère, Louis, né en 1897.

Son registre matricule militaire
indique qu’il habite Bobigny au 59 rue de Saint-Denis au moment du conseil de
révision et travaille comme manœuvre. Il sera maraîcher ultérieurement, puis
cheminot.

Conscrit de la classe 1919, il
est mobilisé par anticipation en avril 1918, comme tous les jeunes gens de sa
classe. Il est incorporé au 18ème Régiment d’infanterie à compter du
18 avril 1918 et arrive au corps le 23 du mois. Après 5 mois d’instruction, il
« passe » au 116ème Régiment d’infanterie le 28 août
« aux armées », dans la région de la ferme et du fort St Hilaire
(offensive de Champagne).

Après l’armistice, au cours d’une
permission, François Olivo épouse Henriette Taupin, 18 ans, maraîchère, le 4
décembre 1918, à Bobigny (Seine / Seine-Saint-Denis). Revenu à l’armée, il
passe au 118ème Régiment d’infanterie le 1er mars 1919 :
il est affecté à la 9ème compagnie le 9 mai. Il passe ensuite au 2ème
Régiment de chasseurs à pieds le 26 juillet 1919, et va participer au sein de celui-ci,
à l’occupation des pays Rhénans. Il est « renvoyé dans ses foyers »
le 25 mars 1921, « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se
retire » à Saint-Denis, au 159 route de Bobigny.

En application du traité de
Versailles, la première occupation militaire de la Rhur par l’armée française va
avoir lieu en mai 1921 (les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent
de 100.000 à 210.000 hommes) : le gouvernement rappelle les réservistes. François
Olivo est donc « rappelé à l’activité » (article 33, loi 8 mars 1905)
et arrive au 2ème Régiment de chasseurs le 4 mai 1921. Il est
affecté au 8ème régiment de dragons le 9 mai, puis réaffecté au 2ème
Chasseurs le 3 juin. Il est démobilisé le 7 juin 1921. Le 2 mars 1921, le couple habite Orsonville (Seine-et-Oise / Yvelines). En avril 1923, ils ont déménagé à Chalo Saint-Mars (Seine-et-Oise / Essonne).

En avril 1925, François Olivo est embauché à la Compagnie des chemins de
fer d’Orléans, comme cantonnier à Paray-Douaville (matricule « 11343 »). 
  Pour la réserve de l’armée, cet emploi le
fait automatiquement « passer » à la 3ème section des
chemins de fer de campagne en tant qu’ « affecté spécial » (il sera
mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). En 1927 son registre matricule indique qu’il habite Ablis-Paray
(Paray-Douaville).

Le 1er mars 1936, il est domicilié à Bienville-la-Gaillarde
(Seine-et-Oise), puis revient habiter Orsonville.

La mairie d’Orsonville rapporte
que, d’après son fils « il s’occupait
de défendre les droits des agriculteurs
 ».

En
septembre 1939, François Olivo est arrêté pour « distribution de tracts d’origine étrangère »
. Le 13 septembre
1939, il est suspendu de son emploi (note de la SNCF). Inculpé d’infraction au
décret du 26 septembre 1939, il est condamné à six mois d’emprisonnement. Le 31
janvier 1940, François Olivo est officiellement révoqué de son emploi à la SNCF
par arrêté ministériel pour « menées antinationales depuis le début de la
guerre ». Il est libéré à l’expiration de sa peine.

A partir du 14 juin 1940, l’armée allemande occupe le département de
Seine-et-Oise. Le grand état-major allemand du Maréchal Von Rundstedt s’installe
à Saint-Germain-en-Laye.Une Kommandantur provisoire
est installée à Chatou, 20 avenue des Tilleuls dans les jours suivants. En
novembre 1940, elle est déménagée au Vésinet. 

22 juin 1941, opération Barbarosa

François Olivo est à nouveau arrêté, à
Orsonville, le 22 juin 1941
par des policiers allemands cantonnés à Auneau
(Eure-et-Loir), à moins de 6 kilomètres. 

Sa peine d’emprisonnement pour motifs
politiques a entraîné son inscription aux sommiers judiciaires de la préfecture (mention
RG sur sa fiche au BAVCC), ce qui explique qu’il soit arrêté dans le cadre de
la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre
l’Union soviétique.

Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille
communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en
application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense
nationale et pour la sécurité publique
 ». 

Le camp de Compiègne

D’abord placés dans
des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à
partir du 27 juin 1941, au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne (Oise),
administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du ReichA Compiègne il reçoit le n° matricule 1342.

Depuis
ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la
politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du
blog :La politique
allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
et«une déportation
d’otages
».

François Olivo est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» (1170 déportés immatriculés à
Auschwitz dans la série des matricules « 45.000 » et « 46.000 ») .Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

Les wagons de la Déportation

Son numéro d’immatriculation lors de son
arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le
récit du premier jour à Auschwitz : L’arrivée
au camp principal, 8 juillet 1942.
et 8
juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Le numéro « 45935 ? »
figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942
correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par
matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr
en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la
persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur
plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz

Après l’enregistrement, il passe
la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux
pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau,
situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est
interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs
ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement
la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement
et à la construction des Blocks.

Un des fours crématoires du camp

François
Olivo meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942
d’après
le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from
Auschwitz
Tome 3 page 882 et le
site internet©Mémorial
et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau
).Ce certificat porte
comme cause du décès « Phlegmone Enterite» (Entérite et phlegmon). L’historienne
polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en
blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués
par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz
». Il convient par ailleurs de souligner que cent
quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les
18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus
du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des
rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes
au travail
, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog :Des causes de décès
fictives
.

Un
arrêté ministériel du 6 juillet 1995 paru au Journal Officiel du 6 septembre
1995 porte apposition de la mention «Mort
en déportation
» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de François
Olivo.

François
Olivo est déclaré « Mort pour la France » le 11 août 1950.

Il est homologué (GR 16 P 450172)
au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un
des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire
pour ses ayants droit.

Son
nom figure sur le Monument aux Morts de Boinville-le-Gaillard (78) et une
plaque honorant sa mémoire a été apposée dans la gare de Paray-Douaville (78),
gare commune aux 3 communes de Boinville, Paray et Orsonville.

  • Note 1 : Sur l’acte du
    11 août 1950 du Ministère des Anciens Combattants, il est indiqué qu’il est
    domicilié rue d’Anneau à Orsonville-par-Ablis (Seine-et-Oise / Yvelines). De
    même c’est la localité que François Olivo a indiquée lors de son interrogatoire
    à Auschwitz. On sait également que son fils était domicilié 12 rue d’Aunay à
    Orsonville. Mais c’est sur le monument aux morts de Boinville-le-Gaillard que son
    nom est inscrit d’après le site©Genweb.

Sources

  • Dossier
    ministère des ACVG n° 12502 (11 août 1950.
  • Recherches
    de la Mairie d’Orsonville (18 juillet 1992).
  • Avis
    de décès et acte de mariage : pièces fournies par son fils par l’intermédiaire
    du  secrétaire de la Mairie d’Orsonville. 
  • Death
    Books from Auschwitz
    (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau,
    1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de
    décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et
    le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier
    national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains
    (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin
    1992.
  • Bureau
    des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du
    ministère de la Défense).Liste
    communiquée par M. Van de Laar,mission
    néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948
    , établie à partir des
    déclarations de décès du camp d’Auschwitz. Liste Auch 1/7. Liste V (N°  31738) – 
    Liste S (N° 261) 
  • © Site Internet
    Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site
    Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Internet Rail
    et mémoire,
    notice de François Olivo.
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.
  • © FMD : Photo d’un wagon utilisé
    pour le transport des déportés.
  • Bundesarkiv, Barbarosa
  • Registres matricules militaires du Morbihan.

Notice biographique  rédigée par Claudine Cardon-Hamet,
docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6
juillet 1942
», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6
juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000
(épuisé), à l’occasion de l’exposition de l’association «Mémoire Vive» sur les
“45000” et “31000” des Yvelines. Installée sur le blog en 2013,
complétée en 2016 et 2018. Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle
de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous
pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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