Matricule « 45.529 » à Auschwitz

Albert Faugeron le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Albert Faugeron  © Jacques Faugeron

 

Albert Faugeron : né en 1921 à Paris 14ème où il est domicilié ; ajusteur chez Renault ; arrêté le arrêté le 1er mars 1941, condamné à 4 mois de prison effectués à Fresnes, Poissy ; interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 12 février 1943.

Albert Faugeron est né le 1er avril 1921 à Paris (14ème). Au moment de son arrestation il habite dans un hôtel, au 11 avenue Villemain (Paris 14ème).
Il est le fils d’Amélie Lavergne, née en 1888 et de Pierre Faugeron, maçon, son époux, né le 1er septembre 1885, tous deux nés à Bourganeuf (Creuse). Ses parents se sont mariés à Vierzon-ville le 20 mars 1911. Ils « montent » à Paris en 1913. Son père, Pierre Fougeron est fait prisonnier en Allemagne (de fin 1914 à 1918).
Albert Faugeron a un frère aîné, Henri, qui naît en 1920. En novembre 1921, après la naissance d’Albert, la famille Faugeron vient habiter au 163, rue du Château des Rentiers (Paris 13ème). En 1931, la famille a déménagé au 26, rue Brezin (14ème).
Célibataire, Albert Faugeron travaille comme ajusteur aux usines Renault.
Il habitera dans le 14ème arrondissement de Paris : d’abord au 26, rue Brezin, puis dans un hôtel au 18, rue Hippolyte Maindron, et ensuite dans un HBM au 5, rue Maurice Bouchor vraisemblablement après le remariage de son père avec Eugénie Thonon en 1934, et enfin dans un autre hôtel, au 11, rue Villemain (source CSS Rouillé).
Sportif, il est membre du club omnisports « Jean Jaurès » du 14ème, affilié avant-guerre à la FSGT (1).
Albert Faugeron est mobilisé à la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 : ouvrier qualifié, il est « affecté spécial, ajusteur dans l’aviation» à la Société des Moteurs Renault-Aviation (2) à Boulogne-Billancourt. Il adhère à la Jeunesse communiste à la fin de 1939, après l’interdiction des organisations communistes. Les contacts qu’il a noués au Club Jean Jaurès lui permettent de garder la liaison avec les Jeunesses communistes clandestines pendant la guerre et l’Occupation (1). 

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Albert Faugeron est arrêté le 1er mars 1941. Il est considéré comme « meneur actif » par les Renseignements généraux. Le commissaire de police l’inculpe d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste).  Avec deux autres co-inculpés, il est alors conduit au Dépôt de la maison d’arrêt de la Santé, à disposition du procureur. Il passe en jugement devant la 12ème chambre correctionnelle du tribunal de la Seine, le 28 mars 1941. Il est condamné à quatre mois de prison qu’il effectue à la Maison d’arrêt de Fresnes.

A la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (3). Le 11 juillet 1941 il est transféré à la Maison d’arrêt de Poissy.
Le 28 novembre 1941, Albert Faugeron est interné administrativement au Centre de Séjour Surveillé (CSS) de Rouillé (4) avec 7 autres détenus, venant comme lui de la centrale de Poissy (les 8 détenus sont Chapat Alfred, Dallet François, Deschamps Georges, Faugeron Albert, Langlois Raymond, Marin Pierre, Nouvian Marcel, Thédé Eugène).

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au
camp de Compiègne.
Le nom d’Albert Faugeron (n° 79 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Au moins 26 ouvriers des usines Renault – dont Albert Faugeron – sont déportés à Auschwitz ce jour-là. Lire dans le site : 26 ouvriers de chez Renault déportés à Auschwitz

Depuis le camp de Compiègne, Albert Faugeron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Albert Faugeron est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45529» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (6) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elle a été identifiée par des rescapés du convoi lors de la réunion organisée par l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin « Après Auschwitz« , n°20 de mars-avril 1948). Et nous en avons désormais confirmation avec la photo de famille envoyée par son neveu.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Albert Faugeron meurt à Auschwitz le 12 février 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 276).
Un arrêté ministériel du 17 octobre 1989 paru au Journal Officiel du 10 décembre  1989 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Albert Faugeron. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire un mois probable de décès « décédé en janvier 1943 à Auschwitz ».

Homologué Sergent au titre de la RIF

La famille d’Albert Faugeron a déposé un dossier d’homologation (Vincennes GR 16 P 217406) au titre de la
Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient d’une pension pour ses ayants droit (service historique de la Défense, Vincennes, mention « Front national »). Il est homologué comme Sergent au titre de la RIF. C’est sa mère qui est destinataire des documents administratifs en 1949.

Il est déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».

  • Note 1 : Le club omnisports « Jean Jaurès » du 14ème est affilié avant-guerre à la FSGT. Pendant l’Occupation, afin de faciliter le regroupement des jeunes communistes, ce club (UAJJ) devient sous l’impulsion de René Deslandes, le «Club sportif omnisports du 14ème», club qu’il va affilier au groupement Borotra et à la FSGT collaborationnistes : en septembre 1941 René Deslandes s’occupe du changement d’appellation du club
    qui devient « l’Union Sportive du 14ème ». Cette affiliation va permettre aux jeunes communistes, dont beaucoup étaient membres du précédent club et des Auberges de jeunesse, de se réunir au grand jour.
    Plusieurs des jeunes du 14ème qui y sont licenciés, seront déportés avec René Deslandes à Auschwitz : Albert Faugeron, Jean Hugues, Pierre Lejop, Jean Nicolaï, Gabriel Ponty. Témoignage d’André Deslandes (frère de René Deslandes)
    Certains d’entre eux sont membres des « Bataillons de la jeunesse » et seront fusillés dans le cadre du Procès de la Maison de la Chimie : Georges Amable, André Aubouet, Raymond Tardif. 
  • Note 2 : En février 1937, la construction aéronautique en France passe sous le contrôle de l’Etat à travers ses Sociétés Nationales. Louis Renault perd Air Bleu, intégré à Air France, mais conserve Caudron-Renault, qui devient la Société des Moteurs Renault-Aviation (in ©  les moteurs d’aviation Renault, par Gérard Hartmann).
  • Note 3 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François,
    Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit
    libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 6 :522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Archives en ligne de Paris, recensement de population, listes électorales.
  • Archives en ligne de la Creuse, état civil et registre matricule militaire de Pierre Faugeron.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Témoignage d’André Deslandes.
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG). Camp de Rouillé, Archives du CDJC (XLI-42).
  • Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Liste de déportés du convoi (archives FNDIRP).
  • Identification de sa photo d’immatriculation à Auschwitz par des rescapés du convoi. Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Revue d’Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • Photo d’avant-guerre : envoi de son neveu, M. Jacques Faugeron, ainsi que plusieurs documents.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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