Matricule « 45.616 » à Auschwitz

René Gondol le 8 juillet 1942
René Gondol : né en 1899 à Paris 18ème ; domicilié à Paris  6ème ; tailleur, puis vendeur dans l’alimentation ; syndicaliste, communiste ; arrêté le 26 juillet 1940, condamné à 4 mois de prison ; interné aux camps d'Aincourt, Rouillé, Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 12 septembre 1942.

René Gondol est né le 24 février 1899 à Paris (18ème). René Gondol habite au 86, rue du Cherche-Midi à Paris 6ème au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie, Léonie, Clémentine Martinet, 24 ans (née le 26 avril 1874 à Hérisson dans l’Allier, décédée le 2 mai 1945), couturière, domiciliée au 40, rue Trézel à Paris 18ème. Reconnu par sa mère à la mairie du 17èmearrondissement le 10 mars suivant, il est légitimé par le mariage de sa mère et de Jacques Gondol (né en 1863 à Paris 14ème) le 29 juin 1907 à la Mairie du 20èmearrondissement.
Son registre militaire nous apprend qu’il mesure 1m 69, a les cheveux châtains foncés, les yeux marrons, le front vertical, le nez rectiligne, le visage ovale. Au moment de l’établissement de la fiche, en 1920, il habite chez ses parents au 36, rue Feutrier à Paris 18ème. Il exercera plusieurs métiers : tailleur puis vendeur de commerce. Il a un niveau d’instruction n° 2 pour l’armée (sait lire et compter).
Conscrit de la classe 1919, il est recensé dans le département de la Seine (matricule 2991). Il est mobilisé
par anticipation (en vertu du décret de mobilisation générale) en avril 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est affecté le 15 avril 1918 au 82ème Régiment d’infanterie. Après l’Armistice, il est transféré à la 4ème section de C.O.A. (Commis et Ouvriers Militaires d’Administration, chargés du ravitaillement) le 7 janvier 1919, puis à la 6ème section de C.O.A.  Il est démobilisé le 19 mars 1921, « certificat de bonne conduite accordé». En raison de l’occupation de la Ruhr, il est « rappelé à l’activité » le 4 mai 1921 (en application de la Loi du 21 mars 1905) : en mai 1921, pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), le gouvernement français ordonne la première occupation militaire de la Ruhr par l’arméefrançaise. Les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent alors de 100.000 à 210.000 hommes : le gouvernement rappelle les réservistes, ce qui est le cas de René Gondol ou maintient les hommes libérables.
Il est « renvoyé dans ses foyers » le 30 juin 1921, « certificat de bonne conduite accordé ».
Il part à Dieppe (Loire Atlantique / Loire inférieure), où il habite au 6, rue Lamoricière en août 1921.
Il revient s’installer à Paris au 86, rue du Cherche Midi (6ème) en mars 1924. En 1926, il est tailleur. Sa mère est concierge et son père chaudronnier (il occupent le logement n°1). Ils ont des logements séparés (René Gondol occupe le logement n° 3).

Le 86 rue du Cherche-Midi

Il épouse Lucienne Dufaud le 27 juillet 1929 à la Mairie du 19ème. Elle est caissière. Née le 21 mai 1903 à Villebougis (Yonne), elle a été mariée en 1921 à Sens. En 1931, René Gondol est employé comme vendeur. Sa mère est toujours concierge, mais son père est sans emploi.
Le couple Gondol-Dufaud se sépare au cours de l’année 1936 (il habite seul le logement du 86, rue du Cherche Midi au moment du recensement). Le divorce est prononcé le 28 décembre 1936 (Lucienne Dufaud se remarie en octobre 1938).
René Gondol a une amie, Mathilde Goulet, une teinturière née en 1906 en Seine-et-Oise, qui habite avec ses parents en 1936 au 13, rue Jean-Jacques-Rousseau (Paris 1er). Elle lui écrira régulièrement à la prison de la Santé.
René Gondol est membre du Parti communiste (source renseignements généraux).
Il est 
membre du Conseil d’administration de son syndicat, le Syndicat général unitaire de l’Alimentation. Il est également adhérent à l’Association des Amis de l’Union Soviétique et membre de la Caisse nationale de solidarité ouvrière.
Son père décède le 6 février 1937.
Au moment de la crise dite des Sudettes (après l’annexion de l’Autriche, Hitler lorgne sur cette région de Tchécoslovaquie) René Gondol est « rappelé à l’activité » le 28 septembre 1938, en vertu de l’article 40, à la 22ème section de COA. Après les accords de Munich, il est « renvoyé dans ses foyers » le 1er octobre 1938.
En 1939, à la déclaration de guerre, il est à nouveau « rappelé à l’activité » (en application du décret du 1er mai 1939) et rejoint le dépôt du 22ème C.O.A. le 2 septembre 1939. Il est « réformé définitif n°2 » le 14 décembre 1939 pour des problèmes affections rénaux.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

René Gondol est arrêté le 26 juillet 1940. Le 26 juillet 1940, René Gondol est arrêté dans les locaux du Syndicat général de l’Alimentation de la région parisienne, en même temps que Georges Poursain (2), pour confection de tracts communistes (ordonnance du 20 juin 1940). La police confisque un duplicateur Gestetner électrique lors de la perquisition des locaux. Plusieurs tracts communistes sont saisis au domicile de
René Gondol.
Inculpé par le commissaire de Police du quartier d’infraction au décret du 26 septembre 1939, au motif de « confection de tracts communistes clandestins », il est conduit au Dépôt à la disposition du Procureur et emprisonné à la Santé, le 27 juillet 1940, en attente de jugement (1ère division, cellule 31). Il est condamné à 4 mois de prison. A la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, le Préfet de police de Paris, Roger Langeron, ordonne son internement administratif le 14 novembre suivant, en application de la Loi du 3septembre 1940 (1).
Le 21 novembre 1940, René Gondol est transféré de la Santé au « Centre de séjour surveillé » (CSS) d’Aincourt. Lire dans le site Le camp d’Aincourt.
Sur la liste des « militants communistes internés administrativement »  reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331). Pour René Gondol on lit : « Meneur communiste très actif. A été arrêté le 26.7.40 pour confection de tracts communistes clandestins ».
Le 6 septembre 1941, il est transféré au CIA de Rouillé (3) dans la Vienne, avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt. 

Camp de Rouillé, note des Renseignements généraux

Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24). Les Renseignements généraux transmettent le même document pour René Gondol : «Meneur communiste très actif. A été arrêté le 26.7.40 pour confection de tracts communistes clandestins».
Le 9 février 1942, René Gondol fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et
transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Gondol est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.  

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

René Gondol est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz (4).

Sa photo d’immatriculation (4) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

René Gondol meurt à Auschwitz le 12 septembre 1942 selon la liste partielle du convoi établie par le Musée d’Auschwitz, mais on ne
retrouve pas le nom de René Gondol dans Les Livres des morts d’Auschwitz.
L’arrêté ministériel du 12 septembre 2011 paru au Journal Officiel du 30 octobre 2011 porte apposition de la mention «Mort en déportation»
sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Gondol en reprenant cette même date.
On ne trouve aucun fichier de demande d’homologation pour l’obtention du titre de « Déporté politique » au DAVCC à Caen ni au Service historique de la Défense à Vincennes (il est divorcé, son père est décédé en 1937, et sa mère en 1945, et il ne s’était pas remarié).

  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Gorges, Emile Poursain, était secrétaire du syndicat et secrétaire de la commission de contrôle de la Fédération d’Alimentation. En octobre 1939, lors d’une réunion tenue à Orléans, il fut exclu du Comité national de l’Alimentation, comme communiste, sur proposition d’Auguste Savoie. Il resta néanmoins membre du syndicat et employé appointé comme permanent. Il est arrêté le 26 juillet 1940. Son fils Maurice Poursain, sera déporté à Auschwitz, dans le même convoi que René Gondol (d’après Le Maitron, notice de Claude Pennetier).
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles.In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Archives en ligne de Paris, état civil, recensements de populations.
  • Photo du 86, rue du Cherche-Midi ©  Google Street view.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374.
  • Archives départementales de la Vienne (109W75).
  • Liste de déportés du convoi (Archives de la FNDIRP).
  • Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau /©collection André Montagne.
  • Registres matricules militaires de la Seine.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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