Roger Houdard le 8 juillet 1942

Matricule « 45.668 » à Auschwitz

Roger Houdard : né en 1911 à Versailles (Seine-et-Oise) ; il habite à Paris 20ème ; employé de commerce ; communiste ; arrêté le 18 janvier 1941, condamné à un an de prison (Fresnes) ; interné aux de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt

Roger Houdard est né le 17 janvier 1911 au domicile de ses parents 19, route de la Reine à Versailles (Seine-et-Oise / Yvelines). Au moment de son arrestation il habite au 148, rue d’Avron à Paris (20ème), un petit immeuble de 12 logements dans le quartier Charonne.
Il est le fils d’Hélène, Louise Villars, 28 ans, sans profession et de Georges, Léopold Houdard, marchand boulanger, son époux.
Il a une sœur aînée, Geneviève, Henriette née en 1903 (décédée en 1997). Ses parents qui ont eu un autre enfant en 1907, Roger, décédé en 1908, lui ont donné le même prénom. Roger Houdard est titulaire du Certificat d’études primaires.
Il est employé de commerce jusqu’à la guerre de 1939. Conscrit de la classe 1930, il effectue un service militaire de 12 mois (Il est appelé au service militaire en 1930 (matricule n° 1998).
Le 3 juin 1935, à Béton-Bazoches, il épouse Lucienne, Gabrielle Gagneny. Elle est née le 16 mars 1913 à Béton-Bazoches (Seine-et-Marne / Elle décède en 1992). Le couple a un garçon, Jacques, René, qui naît le 13 juillet 1936, à Paris 9ème.
Roger Houdard adhère au Parti communiste en 1936, et en reste membre, à la cellule « Hachette » des messageries, rue Réaumur, jusqu’à la dissolution des organisations communistes le 26 septembre 1939. En 1938, la famille Houdard vient habiter au 148, rue d’Avron à Paris 20ème. Roger Houdard s’inscrit sur les listes électorales de l’arrondissement. A la déclaration de guerre, il est mobilisé en 1939. Il effectue un service armé et obtient une citation à l’ordre de son régiment.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
Démobilisé, Roger Houdard retrouve du travail comme «manœuvre spécialisé, au salaire horaire de 8 francs 50 ».  En septembre 1940, il rencontre son ancien camarade Pierre Bertolino qui a été contacté par Raymond Luauté (1) et ils décident de participer à l’action clandestine du Parti communiste dans le 20ème.  Deux autres militants habitent l’immeuble voisin du sien, au 144, rue d’Avon : Robert Vonet et René Faure .
Roger Houdard assiste à plusieurs réunions tenues le dimanche matin au domicile d’un autre militant, Victor Buyse, au 109 rue des Grands Champs, avec Roger Houdard, Raymond Luauté, Gaymard, Robert Vonet beau-frère de Pierre Bertolino, René Faure et Paul Clément. Avec ces trois derniers camarades, il aurait distribué des tracts sur le marché de Montreuil (RG). Il distribue des tracts sous les portes, tracts qui lui sont remis par paquets de cent par Victor Buyse et il colle également des papillons gommés. Le matériel de propagande découvert chez lui par la Brigade Spéciale montre le degré de son engagement.

PV de saisie chez Roger Houdard (manuscrit)

Roger Houdard est arrêté le 18 janvier 1941 à 6 h 30 pour activité communiste (« dans le cadre de l’affaire Luauté »), par les inspecteurs « He… » et « Be… » de la Brigade spéciale : lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.

En effet, lors des filatures suivies de perquisitions domiciliaires et de l’arrestation la veille de six militant(e)s communistes soupçonnés d’animer la propagande communiste clandestine dans le 20ème, les inspecteurs de la BS ont trouvé une liste de noms au domicile de Raymond Luauté. Ils sont dès lors certains que Roger Houdard a fréquenté les réunions clandestines qui se tenaient au domicile de Victor Buyse et « ancien membre du parti communiste, il était inscrit à la cellule Hachette, et se livrait depuis un certain temps au transport de tracts clandestins en vue de leur distribution dans le 20èmearrondissement ».

L’Humanité clandestine du 14 décembre 1940

Lors de la perquisition à son domicile, les inspecteurs de la BS trouvent un nombre important de tracts et brochures clandestines du Parti communiste clandestin. Ils sont répertoriés comme suit par les inspecteurs de la BS : « 11 exemplaires imprimés d’un tract intitulé « La Tribune des cheminots » (décembre 1940, 38 exemplaires imprimés du tract « L’Humanité, n° spécial décembre 1940 », 18 exemplaires ronéotés « lettre à un camarade emprisonné », 7 exemplaires ronéotypés « La Vie Ouvrière » fin décembre 1940, 10 exemplaires ronéotés « L’éveil du 20ème », 38 affichettes « A bas le gouvernement des ploutocrates Pétain-Laval », 6 brochures ronéotypées « recommandations et directives aux militants », 6 brochures ronéotypées « quelques conseils aux diffuseurs », 2 brochures imprimées « La doctrine communiste de Marx, Engels, Lénine, Staline » cours n° 1 et 2. »

Au cours de ses interrogatoires, Roger Houdard qui ne cite que des prénoms (« Gaston », « René ») qui ne sont pas ceux de ses camarades, qui sont Pierre (Bertolino) et Paul (Clément), en réponse aux demandes d’identification des inspecteurs, cherche également à disculper sa femme de toute complicité en déclarant « elle n’admettait pas de me voir effectuer ce travail de
propagande 
».

Extrait du PV d’interrogatoire de Roger Houdard

Roger Houdard est inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Il est conduit au Dépôt à la disposition du procureur le 21 janvier.
Il est écroué à Fresnes le 19 avril 1941. Le 31 mars 1941 il est condamné à un an de prison par la
13ème chambre correctionnelle de Paris, peine qu’il effectue à Fresnes. Il fait appel de sa condamnation, mais celle-ci est confirmée par la cour d’appel le 3 juin 1941.
A sa levée d’écrou, Roger Houdard est maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris, puis il est interné au CSS de Rouillé (2), en application de la Loi du 3 septembre 1940, sur décision du préfet de police de Paris, François Bard.

le camp de Rouillé © VRID

Roger Houdard est transféré au camp de Rouillé le 10 novembre 1941 avec un groupe de
57 autres militants communistes parisiens.
Roger Pélissou, rescapé du convoi, se souvient bien de lui : « un garçon assez grand, pas gros, brun, avec les tempes assez dégarnies, nez courbé et qui à Rouillé distrayait nos compagnons sous le déguisement de « Méphisto » (lettre du 22 mars 1964 / Fresnes).

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp de Compiègne.
Le nom de Roger Houdard (n° 100 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Roger Houdard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Roger Houdard est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45668». Sa photo d’immatriculation (3) a été identifiée le 30 avril 1948 par des rescapés et Mme Bertolino.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Roger Houdard meurt à Auschwitz le 21 août 1942 selon la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau et d’après le certificat de décès (orthographié Hondard) établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 463, et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Un arrêté ministériel du 4 novembre 1992 paru au Journal Officiel du 24 décembre 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Roger Houdard porte une date erronée : « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait
souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible
depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français)Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Roger Houdard est homologué  comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 296409.

Hommage de Jacques Duclos à Raymond Luauté (Wikipédia)

Lors de l’inauguration, dans les années cinquante, de la plaque en l’honneur de Raymond Luauté par Jacques Duclos au 86, rue de Bagnolet, le dirigeant communiste rend hommage à ses camarades du 20ème, fusillés (comme Robert Vonet, évadé de Rouillé, repris et fusillé le 26 janvier 1944), ou déportés comme Roger Houdard.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Béton-Bazoches en Seine-et-Marne.

  • Note 1: Raymond Luauté, ouvrier typographe, adhère au PC en 1931. Il suit l’école internationale
    Léniniste pendant deux ans à Moscou. Ancien secrétaire de la section du PC du 20ème, collaborateur du Comité central et proche de Jacques Duclos. Il sera condamné à 18 mois de prison après son arrestation le 17 janvier 1941. Déporté à Sachsenhausen, il meurt dans ce camp en février 1945. Lire ses biographies sur le site Wikipédia et dans Le Maitron.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Etat civil de Versailles, listes électorales de Paris.
  • Archives de la Préfecture de police,
    Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbal de l’interrogatoire de Roger Houdard, PV de perquisition, d’interreogatoire et de mise à disposition.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote RésistantN° 20).
  • Madame Bertolino, âgée de 87 ans, qui l’avait connu dans le 20ème, a identifié sa photo à Auschwitz.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté par Mme Diatta. Juillet 2000).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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