Roger Chaput à Auschwitz

Matricule « 45 352 » à Auschwitz

Roger Chaput : né en 1911 à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis), où il est domicilié ; paveur ; communiste ; arrêté comme otage le 28 avril 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 13 août 1942.

Roger Chaput est né le 15 octobre 1911 à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis).
Au moment de son arrestation il habite au 16, rue des Châteaux à Saint-Ouen, un petit pavillon situé dans un ensemble pavillonnaire, aujourd’hui partiellement remplacé par une cité HLM.
Il est le fils de Catherine, Eugénie Taupin, 27 ans, ménagère et d’Ernest, Léon Chaput, 28 ans, paveur, son époux.

Le 11 février 1933, il épouse à Saint-Ouen, Suzanne, Marie, Valentine, Augustine Tessier.
Elle est née le 16 mars 1912 à Paris 8è . Elle est décédée le 15 mars 2011 à Maisons-Laffitte, Yvelines (source INSEE).
Le couple a une fille, Christiane qui naît en 1933. Ils vivent chez les parents de Suzanne (le beau-père est ébéniste à la Compagnie d’état à Paris 8è , et la belle-mère est employée aux finances à Paris 15ème ).
Appelé du contingent de la classe 1931 (service militaire de 12 mois), il est vraisemblablement mobilisé à la déclaration de guerre à partir de septembre 1939.
En 1936, Roger Chaput travaille comme paveur, comme son père, a la Société La Productrice à Saint-Ouen.
Membre du Parti communiste, il est un « camarade de résistance parisienne » selon Pierre Monjault, rescapé du convoi pour Auschwitz du 6 juillet 1942.

Le 13 juin 1940 l’armée allemande occupe Saint-Denis, puis Saint-Ouen. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A l’automne 1940 des militants communistes de Saint-Ouen diffusent les tracts et journaux du Parti clandestin. Fin octobre 1940, les services de police notent une recrudescence de la propagande communiste et perquisitionnent aux domiciles des communistes connus. Le commissaire de police de Saint-Ouen qui a signalé Roger Chaput « comme devant être interné en cas de troubles intérieurs graves » le fait interpeller et fait procéder à une perquisition à son domicile le 24 octobre 1941. Cette « visite domiciliaire » n’apporte aucun élément matériel.

Mais Roger Chaput est désormais sur les listes de  suspects. Aussi, lorsque les Allemands ordonnent des représailles à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff), Roger Chaput fait partie des 387 militants arrêtés comme orages le 28 avril 1942. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine.
Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres, comme Roger Chaput sont connus ou suspectés par les services de police de poursuivre une activité clandestine.

Roger Chaput est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Roger Chaput est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Roger Chaput le 8 juillet 1942

Roger Chaput est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45 835» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ». Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Roger Chaput est ramené à Auschwitz I, ce qui signifie qu’il exerçait une profession qui intéresse les ateliers de la SS.
Il est affecté au Block 14 avec Lucien Penner, ajusteur, Raymond Montégut, serrurier, Camille Nivault, menuisier.
Le 7 août 1942, malade, il entre au Block 20 (le Block de l’Hôpital d’Auschwitz réservé au traitement des maladies infectieuses et à la tuberculose).  Il meurt dans la nuit du 12 août 1942. En relevant ces dates sur le Totenbuch (livre des morts) André Montagne a noté qu’il y a ce jour-là 205 morts dans les kommandos à l’appel du soir et 44 à l’appel du lendemain matin. Parmi eux treize « 45 000 » le 12 août et cinq le 13 août dont Roger Chaput.
Lire dans le site : 80 % des « 45 000 » meurent dans les six premiers mois

Roger Chaput meurt à Auschwitz le 13 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 164) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 29 octobre 2009 paru au Journal Officiel du 27 décembre 2009 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 25 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45 000 » à Auschwitz.

Il est homologué « Déporté Politique ». Roger Chaput est homologué (GR 16 P 120192) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.

La stèle dans le square des 45000 et des 31000

Une plaque sur la sépulture familiale au cimetière ancien d’Eaubonne célèbre son souvenir. Ses parents Ernest (1883-1941) et Catherine (1884-1970) y reposent.
À Saint-Ouen, son nom est gravé sur le Monument de la Résistance et de la Déportation du cimetière communal, et sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz-Birkenau », inaugurée le 24 avril 2005 dans le Square des « 45.000 » et des « 31.000 » (le convoi du 24 janvier 1943).

  • Note 1 :522 photos d’immatriculation des « 45 000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis devenu après-guerre directeur du Musée d’Etat d’AuschwitzBirkenau) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Archives en ligne de Saint-Ouen, état civil et recensement de 1936.
  • ACVG juin 1992
  • Liste de l’Infirmerie d’Auschwitz
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd, p. 439.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée à partir d’une notice succincte pour le 60è anniversaire du départ du convoi des « 45 000 », brochure répertoriant les “45 000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002, complétée en novembre 2007 (2014,  2019, 2020, 2022 et 2024) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45 000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45 000 », éditions Autrement, Paris 2005 (dont je dispose encore de quelques exemplaires pour les familles).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

2 Commentaires

  1. Il y a une erreur sur la date de décès de l’épouse (1911) et sur le matricule en en-tête (1chiffre de trop).
    Cordialement.

    1. Bonjour, merci de votre mail. J’ai corrigé le matricule et supprimé l’année de décès de l’épouse, plutôt que de laisser une erreur manifeste, n’ayant plus accès au logiciel correspondant pour la retrouver.

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