René Cronier © Michel Tricot
René Cronier : né en 1907 à Neuilly-Plaisance (Seine-et-Oise) où il habite ; comptable ; communiste ; arrêté le 6 mars 1941 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 16 octobre 1942.

René Cronier est né le 23 novembre 1907 à Neuilly-Plaisance (Seine-et-Oise / Seine-Saint-Denis).  Il habite au 35, rue Boureau Guérinière à Neuilly-Plaisance, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Souaille, sans profession, 40 ans, née en 1867 à Chantenay et de Désiré Cronier, 46 ans, né en 1871 à Cousy le Château, cantonnier, son époux.
Il a un frère et deux sœurs : Germaine, née en 1892 à Chantenay et Yvonne, née en 1900 à Nogent sur marne et Marcel né en 1895 à Nogent-sur-Marne. En 1911 la famille  habite 11, rue de la Rivière à Neuilly-Plaisance.
René Cronier est comptable.
Il est appelé au service militaire en 1927 (18 mois ramenés à un an en mars 1928).
Il se marie le 9 juillet 1932 avec Gabrielle, Marie, Cappellin à Neuilly-Plaisance. Elle est née le 12 mai 1911 à Paris 17° (elle est décédée le 20 avril 2002 à Brives la Gaillarde). Le couple a une fille, Mireille, qui naît le 20 avril 1931.  La famille habite un pavillon au 35, rue Boureau Guérinière à Neuilly-Plaisance, au moment de l’arrestation de René Cronier.

Gabrielle Cappellin épouse Cronier

« A l’époque de leur mariage Gabrielle avait une vingtaine d’année et travaillait chez Kodak à Vincennes, maman à été leur seul enfant » (témoignage de Mireille, fille de René Cronier recueilli par son fils Michel Tricot).

Gabrielle, René et une tante

René Cronier est membre du Parti communiste depuis 1937. Il est adhérent et membre du bureau de la cellule n° 2 de Neuilly-Plaisance.

Mireille, Gaby, René

Après la déclaration de guerre en 1939, René Cronier est « rappelé à l’activité » et mobilisé le 25 août 1939 peu avant la déclaration de guerre du 3 septembre.

Le 13 juin 1940 les premières troupes allemandes entrent dans la commune de Neuilly-Plaisance.
Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la

Mireille, Gaby, René

« révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

René Cronier est démobilisé en août 1940.

Suivant les instructions de Vichy, et devant la recrudescence de distributions de tracts et d’inscription dans l’Est parisien, la police surveille systématiquement les militants communistes connus avant-guerre de ses services.
René Cronier est suspecté de poursuivre des activités avec le Parti communiste clandestin, en particulier par des distributions de tracts (ceux-ci sont imprimés au domicile du docteur Chassigneux, ancien médecin au service central des Brigades internationales, qui sera arrêté le 3 juillet 1941). Il est convoqué par le commissaire de police de Neuilly-Plaisance le 26 novembre 1940 qui note : « Cronier m’a déclaré que maintenant il désavouait l’ex-Parti communiste et qu’il ne voulait plus s’occuper de politique. Je ne le crois pas ». Le jour même, René Cronier écrit au Préfet de Seine-et-Oise pour réfuter la suspicion « d’activité communiste » émise par le commissaire « j’ai cessé toute relation avec l’ex-parti communiste ». Une distribution de tracts du Parti communiste clandestin a lieu dans la localité.

René Cronier est arrêté à son domicile le 6 mars 1941 (date au DAVCC) par les hommes du commissaire Bonalet (commissaire central par intérim).

Michel Tricot : « Le jour de l’arrestation, ma mère s’en souvient très bien (pourtant elle n’avait qu’une dizaine d’année) : deux flics ont sonné à la porte, dont un de ses meilleurs copains avec qui il buvait souvent l’apéro. Quand  quand ma grand-mère les a vus de loin, elle aurait dit à mon grand-père de se sauver par le jardin derrière la maison et de sauter chez le voisin, mais celui-ci a refusé par peur de représailles sur sa femme et sa fille et ils l’ont emmené et l’on connaît la suite. Après l’arrestation, elles sont restées toutes les deux à Neuilly, ma grand mère est obligée de continuer à travailler. Elles lui ont rendu visite par leur propres moyens au camp de Compiègne et ensuite ma grand mère est descendue en Corrèze, pour placer ma mère dans de la famille à Naves par mesure de sécurité ».

Le 11 mars 1941, le commissaire Bonalet propose au Préfet de Seine-et-Oise l’internement administratif de quatre militants dont René Cronier. Ordre est donné par le Préfet de les arrêter et de les transférer au camp d’ Aincourt.

Le camp d’Aincourt (in blog de Roger Colombier)

René Cronier est conduit au “Centre de Séjour Surveillé” d’Aincourt (Seine-et Oise / Val-d’Oise). Lire dans le site Le camp d’Aincourt.

Cet internement administratif, sans jugement, est ordonné en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1).
Dès le 18 mars, il envoie à un nouveau courrier au Préfet de Seine-et-Oise, lui
rappelant son courrier précédent et lui demandant de diligenter une enquête qui apportera la preuve de son innocence.

Selon le commissaire de police spécial Andrey, directeur du camp, dont les méthodes et l’anticommunisme sont bien connus, René Cronier fait preuve  du « plus mauvais esprit ». Il émet un avis défavorable sur le formulaire
trimestriel de révision du dossier des internés concernant l’éventualité d’une mesure de libération (2), considérant que René Cronier s’est vu « infliger une peine de deux jours de cellule pour incorrection à l’égard d’un maréchal des logis-chef » et qu’il conserve « toutes ses sympathies à l’égard du Parti
communiste dont il (…) est un des éléments les plus agissants au Centre
 ».

Le 27 juin 1941, René Cronier est transféré avec quatre-vingt-sept internés d’Aincourt au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122, via l’hôtel Matignon. Ils ont tous été désignés par le directeur du camp avec l’aval du préfet de Seine-et-Oise (mémoire de maîtrise d’Emilie Bouin). Ils vont y rejoindre à la même date des centaines de communistes ou syndicalistes arrêtés dans le cadre de l’opération : «Aktion Theoderich» (4).

René Cronier est enregistré à Compiègne sous le matricule n° 825. Il passe sa première nuit aux bâtiments de réception (C5, D, et I). Puis il est affecté au bâtiment A6 le 4 décembre 1941.

Dans une lettre envoyée clandestinement (3) à sa femme le 20 septembre 1941, Georges Fouret agriculteur arrêté le 23 juin 1941 et interné comme  René Cronier à Compiègne, il lui demande : «…Si vous pouvez (…) envoyer un colis agricole à la femme d’un de mes amis d’ici (…), madame Cronier René à Neuilly-Plaisance : fayots, patates, carottes, navets. Vous joindrez la facture au colis, au minimum bien entendu. Cet ami m’a rendu de réels
services 
».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Michel Tricot : « Pas de trace de correspondance depuis le train de déportation ou de l’administration Allemande, mais mon frère possède une lettre daté du 5 juillet 42, la veille du départ du terrible convoi ».
Depuis le camp de Compiègne, René Cronier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz L’arrivée
au camp principal, 8 juillet 1942
 et 8
juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »
.

Le numéro «45415 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre sous-listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
D’après le témoignage de Raymond Montégut, « Il est resté à Raisko » nom sous lequel certains détenus  désignaient le camp de Birkenau.

Dessin de Franz Reisz, 1946

René Cronier  meurt à Auschwitz-Birkenau le 16 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 187 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). L’arrêté ministériel du 24 novembre 1987 portant apposition de la mention Mort en déportation sur ses actes de décès et paru au Journal Officiel du 2 février 1988 a porté la mention « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) », l’état civil français ayant fixé des dates de décès souvent fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.

René Cronier est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».

Cours de l’hôtel de ville, situé 6 rue du Général de Gaulle on peut lire une inscription sur le monument : « Aux héros, résistants et déportés, qui ont offert leur vie pour la libération de Neuilly-Plaisance et de la France, 1940-1945« , suivie d’une croix de Lorraine. Au pied du monument, une plaque : « Déportés, internés, résistants, patriotes. Section de Neuilly-Plaisance. En souvenir des nocéens morts en déportation, victimes de la barbarie nazie« , comportant 13 noms, dont celui de René Cronier.

  • Note 1 :L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes
  • Note 2 : Les « internés administratifs » à Aincourt en 1940 et 1941 n’ont en effet pas été condamnés : la « révision trimestrielle » de leurs dossiers est censée pouvoir les remettre en liberté s’ils se sont « amendés »… Andrey, dont l’anticommunisme est connu, a émis très peu d’avis favorables.
  • Note 3 : La correspondance est interdite pendant les deux premiers mois de l’internement à Compiègne.
  • Note 4 : A partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de 1000 communistes avec l’aide de la police française. D’abord amenés à l’Hôtel Matignon(un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés à Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Le camp de Royallieu à Compiègne (Oise) est administré par la Wehrmacht, ancien camp de prisonniers de guerre, il est transformé en juillet 1941 en camp d’internement des «ennemis actifs du Reich».

Sources

  • Informations communiquées par M. Christian Demuynck, maire UMP de Neuilly Plaisance, conseiller général de Seine-Saint-Denis (courrier du 22 août 1992).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Liste des 88 internés d’Aincourt (tous de l’ancien département de Seine-et-Oise) remis le 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation
  • Archives du CSS d’Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Compiègne 1939-1945 André Poirmeur (Imp. Tellier, Compiègne, 1968).
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 241 à 3800) (DAVCC).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992 et octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial © Pierre Cardon
  • © Google Street view.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courriel de son petit-fils, M. Michel Tricot (octobre 2018) pour le prénom de sa mère, Mireille.
  • Gabrielle, Marie Cappellin-Cronier

    Envoi de photos et de souvenirs de © M. Michel Tricot (janvier 2019).

Notice Biographique mise à jour en 2014, 2018, 2019 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, Paris 2005 et 2015, et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»,
éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter
ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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