Maurice Alexis  (fiche de police)
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45162 » à Auschwitz

Maurice Alexis : né à Clichy (Seine / Hauts-de-Seine) ; domicilié à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis) ; typographe ; arrêté le 26 avril ; condamné à 6 mois de prison, maisons d'arrêt de Fresnes et de Poissy, interné le 28 avril 1941 au camp d’Aincourt, puis de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 8 décembre 1942.

Maurice Alexis est né au domicile de ses parents, 48, rue Martre, le 3 juillet 1910 à Clichy (Seine / Hauts-de-Seine).  Il habite au 29, rue Jules Massenet à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation. Il est le fils de Julienne Delfraysse, 38 ans, ménagère et de Jules, Henry, Alexis, 46 ans, chaudronnier.
Maurice Alexis est typographe et habite au 29, rue Jules Massenet à Saint-Ouen (Seine /Seine-St-Denis) depuis 1927 selon la fiche de la Sureté nationale. Toutefois en 1932, il s’inscrit sur les listes électorales de Saint-Ouen, et il est domicilié au 29, passage Eugène. Et il indique à l’époque le métier de mécanicien.

Maurice et  Madeleine Alexis (fiche de police)

Le 5 décembre 1939, il épouse à Saint-Ouen Madeleine Siguret, née le 29 octobre 1900 à Paris 18ème (mariage notifié sur l’acte de naissance de Maurice Alexis en octobre 1941 et l’acte de naissance de Madeleine Siguret n° 5146). Elle est mère d’un enfant, veuve en 1935 d’un mariage contracté en 1920 avec René Edmond Larue). Madeleine Siguret-Alexis est décédée le 20 avril 1960 à Créteil.
Maurice Alexis est membre du Parti communiste depuis 1938 selon la fiche de la Sureté nationale (cf ci-après).

Le 13 juin 1940 l’armée allemande occupe Saint-Denis, puis Saint-Ouen. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Fiche des Renseignements généraux

Connu comme communiste, il est arrêté pour «propagande communiste» à Saint-Ouen le 26 octobre 1940, par la Brigade Spéciale des Renseignements généraux, et inculpé de propagande communiste (infraction au décret du 26 septembre 1939).

Le registre journalier de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (lire  La Brigade Spéciale des Renseignements généraux) rapporte l’arrestation par 12 inspecteurs des RG de Maurice Alexis le 26 octobre 1940 en même temps que 6 autres militants : Marcel Algret, André B., Martial Charpentier (déporté à Sachsenhausen en 1943, rescapé), André J., Jean Pelletier (déporté « NN » à Mauthausen, décédé à Dora en mars 1945) et Maurice Massé (né en 1898, Maurice Massé est déporté « NN » en mai 1942 à Louvain, Aix-la-Chapelle puis Mauthausen. Rescapé).

Brigade spéciale des RG : main courante du 27 octobre

On notera le prénom de Julien pour Massé porté sur le registre. Mais il s’agit manifestement d’une erreur : les PV des renseignements généraux mentionnent le surnom de « Père Massé » pour l’homme qui reconnaît remettre des tracts à Marcel Algret et qui habite le même hôtel que lui. Julien Massé, déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942, est lui âgé de 19 ans, donc peu plausible pour être le  « Père Massé », habite Vitry et non Saint-Ouen et travaille dans le 13ème arrondissement de Paris.
Maurice Alexis est arrêté par la BS1 des RG. Il est conduit au Dépôt de la préfecture de police de Paris, puis écroué à la Maison d’arrêt de Poissy puis de Fresnes à la suite de sa  condamnation à 6 mois de prison.
A sa levée d’écrou, il n’est pas libéré : il est interné au camp d’Aincourt le 28 avril 1941 (arrêté d’internement du 18 mars 1941 signé par le préfet de police de Paris). Il est transféré le 18 septembre 1941 au centre de séjour surveillé de Rouillé (1).

CIA de Rouillé, montage photo à partir des documents du CDJC

Le 14 octobre 1941, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui de Maurice Alexis. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé  une liste d’internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122).
Le nom de Maurice Alexis y figure (n° 19 de la liste). C’est avec un groupe d’environ (2) 160 internés que Maurice Alexis arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.  Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire  «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Maurice Alexis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire: Le KL Aushwitz-Birkenau.
Maurice Alexis est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45162» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz (information recoupée à partir du registre de l’infirmerie). Lire  le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».

Sa photo d’immatriculation (3) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.

Maurice Alexis entre à l’infirmerie d’Auschwitz le 8 décembre 1942 (liste BAVCC Auschwitz 3/T3). Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date exacte de son décès à Auschwitz. Le 25 septembre 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 16 novembre 1942, vraisemblablement sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. Un arrêté ministériel du 24 mars 1987 paru au Journal Officiel du 24 mai 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès et inscrit la date fictive du « 15 novembre 1942 à Auschwitz ». Lire dans le blog l’article intitulé :Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Maurice Alexis est déclaré « Mort pour la France » et homologué «Déporté politique» le 4 mars 1948. Son épouse n’avait aucune nouvelle depuis son départ en déportation. Elle a fait en vain une demande de renseignements auprès de la brigade de gendarmerie de Rouen, en mai 1943.
Par un arrêté du 1er 1949 paru au Journal Officiel du 20 février 1949, il est homologué « adjudant à titre posthume » au titre de la Résistance intérieure française, avec prise de rang au 1er décembre 1940.

Square des 45000 et des 31000.

Le nom de Maurice Alexis nom est inscrit sur le monument de la Résistance et de la Déportation, dans le cimetière communal de Saint-Ouen.  Les déporté(e)s dyonisiens du convoi du 6 juillet 1942 (les 45.000) et du convoi du 24 janvier 1943 (les 31.000) sont honoré(e)s par un monument et une plaque dans un square de Saint-Ouen.

  • Note 1 : «Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944 ». In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
  • Note 3: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources 

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Mairie de Saint-Ouen : 9 avril 1992 et 5 juillet 1992.
  • Liste d’otages pour Compiègne – 22 mai 1942 (Centre de Documentation Juive Contemporaine, XLI-42).
  • Liste (incomplète) par matricules du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives de la Préfecture de Police de Paris. BA 2374, BA  2397, BS1.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (DAVCC. Ausch 3/T3).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Geneanet Relevé et photo Léa Filippi.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée en 2003, complétée en 2015, 2017, 2019 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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