On lira également les deux articles du site qui exposent les raisons des internement, des fusillades et la déportation dite de « répression »

Châteaubriant : Le camp de Choisel

:La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Présentation du camp et récits 

En bistre des extraits du texte « Les 27 de Châteaubriant » in www.museehistoirevivante.com.expovirtuelle/les27/lecamp.htm.

En vert, des extraits de récits du camp de Choisel, dissimulés sous une couverture de la « Petite bibliothèque Nationale : La Rochefoucauld, Maximes« .

« En avril 1941, arrivent au camp de Choisel, (Centre de séjour surveillé de Choisel à Châteaubriant (Loire Atlantique) les premiers détenus politiques, opposants au régime de Vichy. En mai, 219 militants communistes de la région parisienne arrivent au camp. La plupart d’entre eux viennent de la Centrale de Poissy et une centaine de la prison de Clairvaux, plus tard d’autres viendront de la Santé. En octobre on compte 600 hommes et femmes détenues.Le régime du camp dirigé à sa création en février 1941 par

La couverture

un officier français des colonies, le capitaine Leclerc et surveillé par une quarantaine de gendarmes est assez souple (…).

Le 14 mai 1941, un convoi d’une centaine de communistes (selon Fernand Grenier, qui en fait partie) internés à la Maison centrale de Clairvaux par la Préfecture de police – est dirigé sur le camp de Choisel. La liste de transfert stipule : convoi composé uniquement des principaux meneurs considérés comme dangereux à la Maison centrale. Plusieurs d’entre eux seront fusillés à Choisel.

« Le régime se détériore suite au changement de direction intervenue après l’évasion de 4 dirigeants communistes, tous membres du comité central du PCF, les 18 et 19 juin (Fernand Grenier, Léon Mauvais, Eugène Hénaff et Henri Raynaud).

Le statut des détenus change à son tour au lendemain de l’attentat de Paris, le 21
août 1941 quand un jeune militant communiste âgé de 22 ans, ancien brigadiste
en Espagne, Pierre George, le futur colonel Fabien, abat un sous-officier
allemand à la station de métro Barbès. En représailles, le commandant du
« Gross Paris », le général Schaumburg signe une ordonnance en vertu
de laquelle les Français arrêtés sont dorénavant des otages susceptibles d’être fusillés. C’est dans ce contexte que, le 22 octobre 1941, 27 détenus sont fusillés par les Allemands dans la carrière de Châteaubriant, parmi eux plusieurs jeunes garçons dont Charles Delavacquerie, 19 ans et Guy Môquet âgé de 17 ans. Le 15 décembre 1941, 9 autres otages internés au camp de Châteaubriant sont exécutés au lieu dit la Blissière. D’autres exécutions auront lieu courant 1942 jusqu’à la 

Choisel : A gauche Louis Goudailler. © Dr

fermeture définitive du camp de Choisel le 9 mai 1942 ».

De Choisel à Auschwitz, via Compiègne

Neuf internés au camp de Choisel sont déportés à Auschwitz,
dans le convoi du 6 juillet 1942. Il s’agit de Joseph BiffeEdouard BonnetLouis Brenner,  Paul CailleAndré Gaullier, Louis Goudailler, Maurice GraffinMaurice GuyMarcel GouillardRoger Pinault.

Le 7 février 1942 et le 7 avril 1942, treize  internés du
camp de Choisel sont transférés comme otages au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) à la demande des autorités allemandes : il s’agit de François Borland (), Joseph Biffe, Jules Crapier (), Louis GoudaillerMaurice Guy, Maurice Léonard (), Corentin Cariou (), Pierre Rigaud (), Louis Thorez (), Henri Berlant (),André
Gaullier
, Roger Pinault, Maurice Graffin. Sept d’entre eux seront fusillés (
) et six autres déportés à Auschwitz, dans le convoi du 6 juillet 1942.
Ces transferts vers Compiègne sont racontés dans une brochure clandestine « A Châteaubriant, 23 octobre 1941″, dédiée à Mlle Y. M. »,
textes imprimés dissimulés sous une couverture de la « Petite bibliothèque Nationale : La Rochefoucauld, Maximes« .

Samedi 7 février 1942.

Aujourd’hui neuf de nos meilleurs camarades nous sont encore enlevés, soit disant déportés dans l’Est… C’est bien vague ce mot : Est. Combien d’entre eux  reverront le sol français ? Depuis quelques jours nous savions qu’il y aurait des déportations puisque, à la suite
d’un attentat et de troubles survenus à Paris, les autorités allemandes avaient annoncé dans les journaux que six membres des J. C. avaient été exécutés et que cent autres seraient déportés. Aujourd’hui, à sept heures du matin, la lumière nous est donnée. Cela nous étonne, car c’est chose rare, mais nous ne tardons baraques pour prévenir certains copains qu’ils doivent se préparer à partir dans une heure.
Ces copains sont CRAPIER Jules, THOREZ Louis, CARRIOU Corentin, LEONARD, BERLANT, RIGAUD, GUY, GOUDAILLER, BIFFE.  Ce dernier est à l’infirmerie et dans l’impossibilité de marcher (Biffe), notre charcutier lui ayant fendu un abcès ces jours derniers. Aussitôt, grand
branle-bas dans le camp. Nous nous hâtons, à la 7, de terminer le jus qui est prêt à bouillir et nous allons en porter un quart à chacun. Pendant ce temps, d’autres copains ramassent pour eux des conserves, des cigarettes et la bibliothèque leur offre des livres. On ne sait toujours pas où ils vont, des gendarmes français doivent les accompagner jusqu’à Paris. C’est tout ce que l’on sait… c’est peu. Un véritable remue-ménage s’établit dans les baraques. C’est à qui aidera les copains à faire leurs paquets. On vient les voir une dernière fois, tous les copains du 8,2 sont par ici car une fois encore on a tapé dans ce camp 8,1 qui en voit de dures et, chose curieuse, ces 
événements ont toujours lieu à sept semaines d’intervalle : 22 octobre ; 15 décembre ;

7 février. Que nous arrivera-t- il le 1er avril ? 

Le texte caché

Enfin, dans le tumulte, un ordre arrive. Les copains ne partiront qu’à midi vingt. Ce répit est pour notre brave recteur Rigaud l’occasion d’aller comme chaque matin faire sa toilette et se raser.
Mais un contre-ordre arrive à nouveau et c’est tout de suite qu’ils doivent partir. Chaque copain est donc aidé par d’autres pour mener ses affaires jusqu’au bureau et toute la foule des deux camps les suit.
Les gendarmes sont à leur poste de mitrailleurs, installé sur un grand mirador
et nous sommes étonnés que l’on ne nous fasse pas rentrer dans nos baraques.
Des Allemands arrivent au nombre de dix environ et nous voyons qu’on nous a
menti en nous disant que c’étaient des gendarmes français qui allaient les
convoyer. Les copains sont donc entrés au bureau prendre quelques papiers et
nous sommes tous Ià, à leur serrer la main et à leur souhaiter bonne chance,
ceci à travers le réseau de barbelés qui nous sépare du bureau. Rigaud n’est toujours pas là, il continue tranquillement sa toilette. Les huit copains qui sont là sont placés au milieu des Allemands et nous ne nous gênons guère pour leur dire ce que nous pensons: « C’est bientôt la fin, allez… – L’hiver travaille pour nous. Il n’y a que la fin qui compte – Ils ne doivent pas avoir chaud aux pieds, là-haut… etc…). Depuis le matin la neige tombe, clairsemée mais froide. Enfin, Rigaud
paraît et sa dernière recommandation est pour que l’on continue les cours, recommandation à laquelle on obéira de tout cœur.

7 avril 1942

Aujourd’hui encore, trois de nos meilleurs camarades nous sont enlevés, trois jeunes gars de vingt ans, originaires d’Orléans. Nous apprenons quelques jours plus tard qu’ils n’ont pas été fusillés, mais ce sursis durera-t-il ? Voilà les noms de ces trois petits
copains GAULLIER André, PINAULT Roger, GRAFFIN Maurice. Ils avaient été convoqués au bureau pour 8 h. 30 avec leur nécessaire de toilette et les Allemands sont venus prendre cette livraison de chair fraiche et leur mirent les menottes dans le dos. Nous n’avions presque pas eu le temps de nous rendre compte de ce qui nous arrivait, car nous étions tous préoccupés par une évasion manquée dans la nuit précédente de quatre de nos camarades Deloche, Botte, Brun et Chesme, pris par les gendarmes au moment où ils passaient la dernière rangée de barbelés. Encore une journée bien triste pour nous…

  • Note * : Jules Crapier, ancien secrétaire général de la CGTU et CGT cheminots, sera membre du conseil d’administration de la SNCF entre 1945 et 1948. Maurice Léonard, ancien Conseiller général de La Courneuve avant-guerre, en sera le maire entre 1944 et 1947. Corentin Cariou, membre du Comité central du PCF, est fusillé le 7 mars 1942 dans la forêt de Carlepont
    (près de Compiègne).
  • Pierre Rigaud, dirigeant des Jeunesses communistes à Paris et à Lyon, est fusillé le même jour à Carlepont.
  • Louis Thorez, frère cadet de Maurice Thorez, est fusillé au Mont Valérien, le 11 août 1942, repris le 10 juillet après son évasion réussie du Camp de Compiègne le 21 juin 1942.

Sources

  • «Les 27 de Châteaubriant» inwww.museehistoirevivante.com. expovirtuelle/les27/lecamp.htm.
  • Brochure « A Châteaubriant, 23 octobre 1941« , dédiée à Melle Y. M., dissimulée sous une couverture de la « Petite bibliothèque Nationale : La Rochefoucauld, Maximes » (pages 11, 12 et 14).
  • Départ de Châteaubriant pour Compiègne, témoignage de Mme Cécile Jouvin, fille de Joseph Biffé (1992).

Article installé en août 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).

En cas d’utilisation ou publication de cet article prière de citer : « Témoignage publié dans le site  « Déportés politiques à Auschwitz : le convoi dit des 45.000 » https://deportes-politiques-auschwitz.fr
Adresse mail :  deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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