Le convoi du 6 juillet 1942 a été constitué en première instance par les services du Commandant militaire en France (MBF) à partir du 20 avril 1942 puis après le 1er juin 1942, par ceux de la police de Sécurité (Sipo-Sd) communément désignée sous le nom de Gestapo) en vue de la "déportation vers l’Est " de mille otages communistes.

Cette déportation est à la croisée des deux grands axes de la politique hitlérienne en Europe au cours des années 1941 et 1942. L’un étant la conquête d’un « espace vital à l’Est » pour le peuple allemand, dans le cadre de la guerre menée depuis le 22 juin 1941, contre l’URSS, placée sous la bannière de la croisade contre « le judéo-bolchevisme ».
L’autre étant l’extermination de tous les Juifs d’Europe, camouflée sous le vocable de « Solution finale du problème juif en Europe » qui est planifiée le 20 janvier 1942 à la conférence de Wannsee.

Cette déportation d’otages s’inscrit dans le cadre de « la politique des otages » (selon l’expression de Serge Klarsfeld), mise en place à partir de septembre 1941, sur ordre de Hitler, par le MBF, Otto von Stülpnagel, en représailles des actions armées menées par des résistants communistes contre des officiers et les troupes des forces d’occupation.
L’Allemagne nazie riposte d’abord par de l’exécution massive par fusillade d’otages juifs et communistes à laquelle vient s’ajouter, au cours de l’année 1942, la déportation d’otages juifs et communistes vers Auschwitz.
Ainsi, en décembre 1941, pour atténuer l’effet désastreux sur l’opinion française des premières exécutions massives d’otage exigées par Hitler, Otto von Stülpnagel préconise la déportation d’otages communistes vers l’Est. Abetz, ambassadeur d’Allemagne en France, intervient alors pour que l’on déporte également des otages juifs, au moment où la « Solution finale du problème juif en Europe  » doit être généralisée à l’ensemble de l’Europe occupée.

Le projet initial du MBF, annoncé le 14 décembre 1941, d’une déportation de 500 jeunes communistes et de mille Juifs est suspendu à la demande du RSHA (Office central de Sécurité du Reich).
Seul un convoi de mille Juifs, arrêtés principalement en décembre 1941, est dirigé vers Auschwitz, le 27 mars 1942, sur l’insistance de Dannecker, chargé des affaires juives en France au sein de la police de Sécurité (Sipo-Sd).
Mais le 9 avril 1942, devant la multiplication des attaques communistes contre des officiers et des soldats de l’armée d’occupation, Hitler ordonne la déportation de 500 otages communistes, juifs et « asociaux » après chaque nouvel attentat, en plus des exécutions massives d’otages juifs et communistes.
Cinq autres convois « d’otages juifs », organisés par Dannecker partent alors pour Auschwitz en mai et juin 1942. En réalité, cette politique de représailles sert de prétexte, à Dannecker, pour hâter le départ vers Auschwitz des Juifs arrêtés à Paris en mai et août 1941.
Ne disposant plus d’un nombre suffisant de Juifs internés en France à déporter, il organise le départ des communistes et des derniers Juifs du camp de Compiègne (« Fronstalag 122″).

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Plus de 1100 otages communistes et une vingtaine « d’otages asociaux » choisis à partir d’avril 1942 par l’administration (militaire) du MBF, et les 50 derniers otages juifs du camp C de Compiègne sont appelés la veille du départ. 

Il en résulte un convoi de déportation singulier à bien des égards.
Avec le convoi de femmes résistantes du 24 janvier 1943, il est le seul convoi de répression destiné à Auschwitz-Birkenau a y être demeuré.
Il est le seul à mêler des Juifs – arrêtés en tant que tels – et des politiques, à l’exception des convois d’évacuation de 1944.
Il est le premier convoi de déportation par mesure de répression, sur le territoire dépendant du MBF, à quitter le camp allemand de Compiègne pour un camp de concentration nazi et le seul de l’année 1942.

A cette date, de très petits convois de répression l’avaient précédé à partir de 1940. Mais ils avaient été dirigés vers des prisons allemandes en vue du jugement dans le plus grand secret des résistants (classés NN) qui le composaient (voir l’article du site : Les déportations « NN » ou « Nacht und Nebel » (Nuit et Brouillard)

Claudine Cardon-Hamet

On trouvera ci-dessous les douze pages de présentation du convoi du 6 juillet 1942, sous ma signature, parues dans le bulletin n° 73 de juin 2012, de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Cliquer sur le lien suivant : https://fondationdeportation.files.wordpress.com/2015/02/mv73.pdf

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