Matricule « 45.347 » à Auschwitz

Paul Charton : né en 1912 à Saint-Amour (Jura) ; domicilié à Dijon (Côte d’Or) ; cheminot ; Cgt et communiste ; arrêté le 23 juin 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt  le 13 octobre 1942.

Paul Charton est né le 6 octobre 1912 à Saint-Amour (Jura). Il habite au 58, rue de Nuits Saint Georges à Dijon (Côte d’Or) (1) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie-Louise Bourgeois, 27 ans, sans profession et d’Émile Charton, 35 ans, employé à la gare de Dommartin en Saône-et-Loire.
Paul Charton, serrurier-ajusteur est cheminot au dépôt du Chemin de Fer du PLM de Dijon-Perrigny comme aide-ouvrier. Il est membre du Parti communiste, « un pur », dit de lui Gabriel Lejard.
Il est syndicaliste. Sportif, il pratiquait l’haltérophilie à la F.s.g.t. dit Gabriel Lejard. Adhérent à l’Union sportive des cheminots dijonnais, créée en 1932, il aurait été le président de l’une des 20 sections du club avant guerre.
Il participa (secrétaire adjoint) à la création de l’Union Sportive Ouvrière Dijonnaise (U.S.O.D.) en
novembre 1935. Le Club créé sous l’égide de la municipalité de front populairede Dijon résulte de la fusion du C.O.D. et du C.S.O.D (Le Populaire du 4/11/1935). Le Club compte 110 membres : force athlétique et musculation,
section cyclisme, dont Paul Charton est l’animateur et souvent « chef de route » lors des entrainements (mars 1939). Lire dans le blog dans la rubrique « témoignages », le discours de Gabriel Lejard pour l’inauguration de la salle Paul Charton de l’USOD : 
Gabriel Lejard : la mort de Paul Charton.
En 1936, il habite au 57, avenue Jean Jaurès à Dijon.
Le 20 juin 1936, à Dijon, Paul Charton épouse Jeanne Villeret. Elle est employée de bureau, née le 3 mai 1916 à Dijon. Le couple a deux enfants, Serge, né le 13 novembre 1937 et Yvette, née le 29 avril 1939. Très engagé dans le sport travailliste, il est secrétaire
régional de la FSGT en 1938 et organise les championnats inter régionaux de BFC, poids et haltères et de lutte. Dans La Bourgogne Républicaine, il donne comme adresse personnelle le 12, rue de Sérrigny à Dijon. 
En février 1939, il est responsable de l’organisation d’un chalenge cycliste à Chenôve. 

La Bourgogne Républicaine 9/02/1940
Il est mobilisé à la déclaration de guerre et se trouve « aux armées » le 9 février 1940. Soucieux de faire fonctionner le Club, il signe un article dans la « Bourgogne Républicaine », intitulé Le Cyclisme  à l’U.S.O.D. où il expose les activités du club qui se poursuivent, malgré la guerre.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 17 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Dijon et s’y installent. Interdictions, réquisitions, couvre-feu, l’armée allemande contrôle la ville. Dijon est durement touchée par la politique antisémite et les arrestations orchestrées par les troupes allemandes et l’administration de Vichy. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Paul Charton a certainement été fait prisonnier, puis libéré pour revenir travailler à la SNCF (ce qui correspond à la mention « Charton, en congé de captivité au titre de la SNCF » qui figure sur le document cité ci-après).
Le 25 juin 1941, le préfet de Côte d’Or envoie un courrier au commissaire divisionnaire de police mobile signalant trois « militants communistes qu’il serait souhaitable de voir internés« , parmi lesquels figure « Charton, en congé de captivité au titre de la SNCF« .
Il est entré dans la Résistance et a participé au sabotage du poste d’aiguillage de Perrigny n°2, entraînant le déraillement d’un train.
Paul Charton est arrêté le 23 juin (le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française,», plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
La SNCF le licencie le 9 octobre 1941 pour « activité antinationale».
A Compiègne, Paul Charton reçoit le numéro matricule « 1497 » (ou 1097 s’il s’agit d’une erreur de transcription, compte tenu du numéro « 1096 » de son camarade Louis Chaussard).
Son épouse a fait une demande d’informations auprès de la Délégation spéciale (dossier De Brinon / W 150).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre1942)  et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Paul Charton est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau.
Paul Charton est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45.347 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Brouillon de Gaby Le jard pour son discours à l’Usod

Affecté à Auschwitz-I, il est au kommando de la Sablière et au même Block que son ami Gabriel Lejard et Pierre Longhi, partageant « la même planche de 80 cm de large » dit Gaby Lejard qui a raconté sa mort :  « Autour du 13 août, à l’appel du soir, c’est la visite des jambes pour tous les détenus et nous savons ce que cela signifie. Il faut relever le pantalon aux genoux. Nous sommes côte à côte. Le major S.S. approche. Paul me chuchote « Je suis fichu ». Effectivement le major l’arrache des rangs et l’envoie monter dans un camion avec les sélectionnés pour la chambre à gaz. Un petit signe de la main et c’est fini. J’ai passé une nuit atroce mon camarade, mon ami était mort. Le lendemain matin je suis affecté à un autre commando, le déchargement des wagons. Je vois arriver une corvée de 2 à 300 détenus. Tout à coup au passage j’entends « Gaby » ! C’était Paul. Quelques phrases hachées seulement. – « Nous n’avons pas été gazés hier soir, mais nous le serons à notre retour de corvées. Je vais repasser tout à l’heure ». Je guettais anxieusement. Enfin les voilà. Et voici le dialogue : « Gaby, un Polonais m’a donné un morceau de pain, je te le lance dans le wagon » – « Non manges-le ». – « Pas la peine, dans une heure je serais mort. Adieu ».  Le pain tombe dans le wagon et Paul continue son chemin vers la mort. Il allait mourir lucidement, en martyr… ».
Paul Charton meurt à Auschwitz le 13 octobre 1942, d’après les registres du camp. (la date officielle retenue par les ACVG à la Libération est le 1er  septembre 1942.  

Lire dans le site, l’hommage que Gabriel Lejard prononce à l’USOD lors de l’inauguration de la salle Paul Charton. Gabriel Lejard : la mort de Paul Charton

Une rue à Chenôve porte son nom

Il est homologué au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance. Il est homologué « Déporté Résistant ».  

Le « Constitutionnel » 23/06/1948

En 1946, une épreuve cycliste sous le patronage de la municipalité et de l’USOD, honore son nom et celui d’un autre résistant, Maxime Guillot : celui-ci est manœuvre aux ateliers SNCF de Dijon-Perrigny, puis cafetier. Sous le pseudonyme de Charlie, officier OCM en 1943, il organise des groupes francs. Traqué par la Gestapo, il tombe dans une souricière à Chagny en janvier 1944. Blessé à une jambe, il parvient à s’échapper après avoir tué un agent de la Gestapo. 15 jours plus tard, il est dénoncé. Blessé aux jambes, il se suicide avec la dernière balle de son révolver pour échapper à la torture, après avoir tué deux allemands.
Le grand-prix Guillot-Charton perdurera au moins jusqu’en 1953 (La Bourgogne Républicaine du 13/05/1953).

  • Note 1 : on trouve une autre adresse dans le Maitron,  30, rue des Pétignys à Chenôve (Côte-d’Or), qui est l’adresse de son grand-père maternel.

Notice biographique rédigée en février 1998, complétée en 2017 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet docteur en histoire, auteure de deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) – et Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l’Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour compléter ou corriger cette notice, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.