Alexis Chaussinand (agrandissement du mariage  de Louis Ferrand,1936) Archives familiales
Alexis Chaussinand le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.363 » à Auschwitz

Alexis Chaussinand : né en 1907 à Saint-Florent-sur-Auzonnet (Gard) ; domicilié à Ivry (Seine) ; pâtissier ; responsable syndical, communiste ; arrêté le 24 octobre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt en décembre 1942.

Alexis Chaussinand est né le 20 mai 1907 à Saint-Florent-sur-Auzonnet (Gard). Il habite 4, place Philibert Pompée à Ivry, au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Esther Lardeur, née en 1880 à  La Vernarède (Gard) et de Pierre Chaussinand, né le 15 novembre 1876 au Cros de Géorand en Ardèche, ouvrier-mineur dans le Gard, puis employé aux PLM, lorsqu’il « monte » en région parisienne (en 1928, il indiquait encore mineur comme profession).
Alexis Chaussinand vient, avec sa famille, habiter les premières HBM d’Ivry dès 1928 (au HBM du 2 bis, place Philibert-Pompée.  Il y côtoiera plusieurs militants communistes qui y sont logés : Gaston Cornavin, Venise Gosnat «président de l’Union fraternelle des HBM de la place Philibert-Pompée»,
Auguste Havez, Eugène Duchauffour, Auguste Deshaies (1).

Il effectue son service militaire comme matelot sur le torpilleur Sirocco.
En 1931 Alexis Chaussinand travaille comme pâtissier chez Colpin, dans le 16ème. Il habite alors chez ses parents au 2 bis, place Philibert Pompée, avec son frère cadet, Gilbert, né en 1925 au Martinet (Gard) et ses deux sœurs, Amandine, née en 1910, et Gabrielle, née en 1912, toutes deux à St-Florent. Son père est employé au PLM dans le 11ème. L’une de ses sœurs est mariée avec Robert Beier, né en Pologne en 1902, peintre. Le couple a un garçon, Robert, qui naît en 1930. Tous les huit vivent au logement n°174.

Brochure PCF Ivry

Alexis Chaussinand est adhérent à l’Union Sportive du Travail d’Ivry, club affilié à la FST (ancêtre de la FSGT), comme Raymond Blais et  Auguste Deshaies, tous deux déportés avec lui à Auschwitz, mais aussi d’autres sportifs du club qui seront déportés comme Jacques Deshaies (fils d’Auguste), Jules Vanzuppe ancien conseiller municipal et comme 14 autres membres de l’UST d’Ivry morts dans les camps français ou déportés en Allemagne.

Lucienne Carria
Alexis et Lucienne Chaussinand

Il épouse Lucienne Carria le 5 juillet 1932 à Ivry-sur-Seine. Elle est née comme lui dans le Gard, le 2 janvier 1911 à Saint-Martin-de-Valgagues et travaille comme vendeuse. Militante communiste active (3). lire dans le Maitron sa notice biographique Chaussinand Lucienne [née CARRIA Lucienne] – Maitron. 
Sur sa fiche au DAVCC figure la mention d’un enfant, Alain (4), ainsi que sur sa notice publiée par le Maitron.
A cette époque il est ouvrier pâtissier.
Alexis Chaussinand, adhérent au Parti communiste, est alors membre du Bureau de la cellule Sauffroy-Balagny du 17ème arrondissement de Paris.
Alexis Chaussinand est un militant syndical chevronné. En 1932, il est membre du Conseil exécutif de la Fédération unitaire de l’Alimentation et trésorier général, en 1933, de la Chambre syndicale ouvrière des pâtissiers-biscuitiers du département de la Seine.
En 1933, il est trésorier général permanent à la bourse du travail du syndicat CGT des pâtissiers-biscuitiers. De 1938 à 1939 (jusqu’à la dissolution du syndicat par les décrets Daladier en septembre 1939), il est secrétaire de l’Union syndicale CGT de la Pâtisserie, Biscuiterie, Glacerie, Pâtes alimentaires et Produits de régime.

Alexis Chaussinand est témoin au mariage de Louis Férrand à la mairie du 13ème , le 6 août 1936. Au premier rang assis de gauche à droite : Emilienne Desfosses-Galicier, ancienne députée du Nord, Combattante volontaire de la Résistance, elle assura la liaison avec Marcel Paul, Louis Ferrand mort à Auschwitz, Madame Ferrand, blessée dans un bombardement le 17/6/1940, comme Emilienne Desfosses, Alexis Chaussinand. Debout : Raymonde Barbier, (Combattante volontaire de la Résistance), Roger Barbier, déporté à Dachau, à l’époque mari d’Emilienne Desforges, Lucienne Chaussinand (Ravensbruck). La légende de la photo est de Roger Arnould.

Depuis au moins 1935 (il est inscrit sur les listes électorales cette année-là, avec la profession de boulanger) le couple habite au 60, rue Sauffroy à Paris 17ème. Appartement 1004.  En 1936 (recensement) il travaille comme pâtissier-boulanger chez André Harlicot, dans le 9ème.
Alexis Chaussinand est témoin au mariage de Louis Férrand à la mairie du XIIIème, le 6 août 1936.
En 1936, ses parents ont déménagé au n° 4, de la place Phillibert Pompée à Ivry : ils y vivent appartement n°153, avec Gilbert, né au Martinet en 1925(Gard).

Au premier trimestre 1939, les Chaussinand ont déménagé au 24, rue Sauffroy.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Alexis Chaussinand est arrêté le 24 octobre 1940 vers 22 heures par la police française. Prévenue que des militants communistes devaient se réunir clandestinement à son domicile, le commissaire des Renseignements généraux et plusieurs inspecteurs se présentent chez lui. Ils ne trouvent qu’Alexis Chaussinand. Mais les policiers découvrent dans le poêle des tracts communistes et des documents à demi calcinés (3 feuillets de bloc-notes, écrits au crayon dont les 2 premiers semblent être un projet d’article concernant les chômeurs et destiné au journal clandestin ‘La France au travail« .
Il est écroué à la Santé. Le Parquet décide de ne pas poursuivre et la relaxe doit intervenir le 15 janvier 1941. Mais sur réquisition du directeur de la Police judiciaire, Alexis Chaussinand est placé sous détention administrative et transféré le 17 janvier 1941 au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Le 11 février, Alexis Chaussinand fait partie d’un groupe de 29 internés qui sont transférés d’Aincourt à Compiègne (la liste est datée du 9 février 1942) / (2). Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 11 février 1942. Il y reçoit le matricule 3571.Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

A Compiègne, André Tollet, un des évadés du 22 juin 1942 se souvient de ces centaines de copains qui n’ont pu s’enfuir avec eux  « ce récit nous fait penser à Chaussinand, chef de la baraque, qui donnait des vivres pour deux, ayant deviné une fuite. Or les deux hommes couchaient à côté de lui, et ils risquait d’être tenu pour responsable de leur évasion« .

Depuis le camp de Compiègne, Alexis Chaussinand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Alexis Chaussinand est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45363 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

A Birkenau, il est affecté au Block 7 avec Robert Gaillard (témoignage). On ignore la date exacte de sa mortPlusieurs de ses camarades de déportation se souviennent qu’il est mort le crâne fendu par un de ses gardiens. Ensanglanté, il est jeté hors du Block par une température inférieure à 30 degrés. « il allait encore en Kommando après Noël ». Lire dans le site le récit de Georges Dudal : Noël 1942 à Auschwitz

Témoignage de Georges Dudal sur la mort d’Alexis Chaussinand

Selon Georges Dudal, rescapé, il est mort autour du 28 décembre 1942. Il a témoigné de cette mort dès sa libération, dans une lettre écrite à ses parents depuis Dachau le 8 mai 1945. C’est la date qui a été retenue par l’état-civil.

Sa femme, Lucienne (3), agent de liaison de la direction clandestine du PCF, est déportée à Ravensbrück. Après la guerre, elle siégea comme adjointe au maire au conseil municipal de Saint-Ouen.

Plaque au cimetière d’Ivry

Le titre de «Déporté politique» a été attribué à Alexis Chaussinand. La carte a été attribuée à son père. Son dossier présenté par son épouse au service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 124406) pour l’obtention du titre de Résistant au titre de l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL), n’a pas été homologué par la commission de l’époque.

Plaque de rue à Ivry

Il a été néanmoins été déclaré « Mort pour la France« .

Le conseil municipal d’Ivry a donné son nom à une rue de la ville, le 27 juillet 1945.
En outre, le lycée professionnel d’Yvry est situé au 4, rue Alexis Chaussinand, un stade et un plateau d’évolutions sportives sont au numéro 11 de la rue et honorent la mémoire d’Alexis Chaussinand. La rue parallèle à la rue Chaussinand honore le nom de Georgette Rostaing, une des déportées du convoi du 24 janvier 1943, dit des « 31.000 ».

M. Jean Jacques Tribes (4) est présent chez Lucienne Chaussinand, lorsqu’elle découvre  une lettre de Guy Moquet, dissimulée dans une doublure des rideaux de la salle à manger. La lettre a été confiée au Parti communiste.  La cellule Chaussinand-Moquet semble avoir fait une exposition avec ces lettres (document ci-contre).

l’ex Place Philibert Pompée
  • Note 1 : La place Philibert Pompée a été rebaptisée en 1945 «Place de l’Insurrection d’août 1944». L’ensemble de HBM «à cour commune» réalisé par les architectes Henri et Robert Chevallier en 1927 pour le compte de l’office public d’H.B.M. d’Ivry, comprenait 290 logements et 11 boutiques. Y ont habité
    avant-guerre : Gaston Cornavin, député communiste, déporté en Algérie. Venise
    Gosnat
    , syndicaliste, est interné à Baillet, Yeu et Riom. S’évade et devient responsable de la Résistance en Bretagne jusqu’en 1942. Le 19 août 1945 il reprend la Mairie. Président du CPL, il sera 1er adjoint d’Ivry en 1945. Auguste
    Havez
    , militant communiste, arrêté le 30 mars 1942, déporté à Mauthausen,
    rescapé (voir biographie du Maitron. Charles Duchauffour receveur à la TCRP, engagé dans l’armée belge des partisans, participe à de nombreux sabotages. Il est exécuté à la citadelle de Liège le 7 juin 1944. Auguste Deshaies «45464».
  • Note 2 : Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles
    (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger.
  • Lucienne Chaussinand après son retour des camps

    Note 3 Son épouse est membre du Parti communiste français en 1934 ou 1935, milite dans le 17ème, suit une école régionale et siège au comité régional en 1937. En mai 1938, elle est secrétaire de la région parisienne du Rassemblement mondial des femmes contre la guerre et le fascisme. En 1940, elle est l’un des principaux agents de liaison de la direction du Parti communiste clandestin. Elle fut une des responsables de l’activité des femmes en zone sud. Arrêtée avec Juliette Dubois le 25 novembre 1941 par la police française, quai des Célestins à Lyon, elle était en possession de nombreux documents servant à la propagande communiste. Condamnée, le 5 mai 1942, par le tribunal militaire de Lyon aux travaux forcés à perpétuité. Déportée le 18 avril 1944, vers Ravensbruck et Beendorf. Libérée et rapatriée par la Suède. A la Libération, elle est secrétaire nationale de l’Union des femmes françaises de 1953 à 1957 et maire adjointe de Saint-Ouen de 1953 à 1959 (in Le Maitron, notice de Jean-Pierre Besse).

  • Note 4 : Selon M. Jean Jacques Tribes, le couple Chaussinand n’a pas eu d’enfant. En effet, M. Tribes, né en 1939, est le fils de Jeanne Carria décédée en 1946, sœur de Lucienne Caria. Au décès de sa sœur, Lucienne Chaussinand a l’a recueilli, au 60, rue Sauffroy. Il a donc bien connu sa tante. Il nous signale par contre que celle-ci a bien eu un garçon, Michel Goilard, né en 1948.

Sources

  • Supplément au numéro 1319 du « Travailleur » d’Ivry (PCF).

    « Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France », supplément au numéro 1319 du « Travailleur », brochure de 120 pages, Ivry, 1970.

  • Photo du mariage de 1936 : reproduction papier d’une photo de famille par les services de documentation de la FNDIRP. Légende manuscrite au verso par Roger Arnould. Agrandissement du visage d’Alexis Chaussinand et colorisation © Pierre Cardon
  • © Photo noir et blanc in © Ivry94.frIvry94.fr
  • Arbre généalogique de Daniel Mastrangelo.
  • Témoignage de Georges Dudal, rescapé du convoi.
  • Témoignage d’André Tollet, dans la préface du livre de Charles Désirat « Nous nous sommes évadés de Compiègne« , Ed. du Secours populaire.
  • Dossier « statut » des archives des ACVG, Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Biographie succincte publiée sur le site de la Mairie d’Ivry.

Notice biographique rédigée en novembre 2002 (installée en août 2010, complétée en 2017 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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