Bousquet – Laval – Pétain © Roger Violet
René Bousquet est sous-préfet à Vitry-le-François (Marne) en avril 1938. Il est nommé en 1939 secrétaire général de la préfecture de Châlons-sur-Marne. Après la débâcle et l'armistice du 22 juin 1940, Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s'est octroyé le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il nomme Bousquet préfet de la Marne le 17 septembre 1940 (jusqu'à août 1941), puis préfet de la région Champagne d'août 1941 à avril 1942. En avril 1942, il devient le secrétaire général de la police du régime de Vichy dans le deuxième gouvernement de Laval.

Son accession à ce poste entraîne un renforcement de la collaboration de la police française avec la police allemande à la suite des accords qu’il signe en juillet 1942 avec le représentant de Himmler, l’Obergruppenführer, chef de la SS et de la Police pour la France, Carl Oberg .

Bousquet et Carl Oberg à gauche de l’image

Par ses fonctions et par son activité, Bousquet a joué un rôle très important dans la déportation des Juifs de France (en particulier dans la Rafle du Vel d’Hiv et dans la déportation des enfants des Juifs déjà arrêtés).

Pour ce qui concerne les Marnais, son anticommunisme peut se déployer sans entrave.
Dès septembre 1940, il fait établir par commune, des listes de “communistes notoires” et effectue des enquêtes dans les entreprises. Ainsi, en décembre 1940, 200 militants sont identifiés et photographiés dans une trentaine de communes du département.
En octobre 1940, après qu’on eut découvert que des tracts signés « Thorez-Duclos » circulaient dans les ateliers SNCF d’Épernay, dix militants furent arrêtés, arrestations suivies de quatre condamnations à Épernay et à Reims ». Régulièrement dans les instructions adressées aux responsables de la police, il leur demandait « de redoubler de vigilance dans le dépistage et la répression des menées communistes » (18 décembre 1940). Le 23 décembre, il avisa les commissaires spéciaux que « la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînerait l’internement administratif immédiat de tous les militants communistes notoirement connus » et les commissaires de police de la Marne de « rechercher de la façon la plus active » les agissements susceptibles de tomber sous le coup de la loi du 24 septembre portant création d’une Cour martiale et « d’en déférer sans délai les auteurs à l’autorité judiciaire ».
Au lendemain de l’invasion de l’Union soviétique, il donne des instructions très précises pour la surveillance des « menées communistes ». En septembre 1941, avec l’institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française. On lira sur le net les articles consacrés à Bouquet par Jean-Pierre et Jocelyne Husson : « René Bousquet et la politique vichyste d’exclusion et de répression ». «En novembre 1941, les Allemand se font livrer 4 militants rémois qui sont lourdement condamnés par le tribunal allemand militaire de Châlons-sur-Marne. Trois seront fusillés comme otages, le quatrième, père de 7 enfants, André Crépin est acquitté, remis à la police française qui l’interne administrativement. Lorsqu’il s’agit de choisir des otages à déporter, le Feldkommandant l’inscrit sur ses listes. André Crépin est déporté à Auschwitz, le 6 juillet 1942 où il meurt le 19 septembre 1942, à l’âge de 36 ans

18 Marnais arrêtés le 26 février 1942

Le 26 février 1942 à Reims et Châlons-sur-Marne, 18 Marnais sont arrêtés par les autorités allemandes assistés par la police française en représailles à une action armée contre un soldat allemand à Dijon et des sabotages de voies ferrées à Chalons-sur-Saône, Le Creusot et Montceau-les-Mines.
La Feldgendarmerie arrête le même jour des militants syndicaux et politiques dont 8 rémois qui seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » : Marcel Gauthier, Jules Huon, Guy Lecrux, René Manceau, Félix Reillon, Maurice Roussel, Henri Roy, Roland Soyeux, ainsi que des membres de la communauté juive, dont Georges Simon, président de la section rémoise de la Ligue des droits de l’homme, qui fut déporté à Auschwitz dans le premier convoi d’otages juifs du 27 mars 1942 après son internement à Compiègne.
Les syndicalistes, sympathisants ou militants communistes marnais arrêtés puis internés à Compiègne font partie de ces « communistes notoires » dont le préfet René Bousquet a fait dresser des listes dès septembre 1940 et qui avaient été communiquées aux autorités d’occupation.

Sources

  • Jean-Pierre Husson, La Marne et les Marnais à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale
  • Azéma Jean-Pierre, Prost Antoine, Rioux Jean-Pierre Les communistes français de Munich à Chateaubriant Paris, Presses de la FNSP, 1987, chapitre 8, p.344. Presses universitaires de Reims, 2e édition, 1998, tome 1.

Cet article est la reproduction de 3 panneaux réalisés en décembre 2002 à l’occasion d’une exposition à l’IUFM de Reims (à l’initiative des Amis de la FMD de la Marne) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005.

Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du site : site : deporte-politiques-auschwitz.fr ) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cet article.

Un Commentaire

  1. Cela fait aujourd’hui 80 ans que mon père Maurice KREMER a été arrêté le 26 février 1942 à Châlons. Il a été arrêté à 6 heures du matin par les Feldgendarmes, est parti pour Compiègne le 5 mars et a été déporté à Auschwitz par le premier convoi le 27 mars ; il a été assassiné le 27 avril 1942.
    J’ai encore en possession une lettre de Bousquet, en réponse à une demande de ma mère, qui lui demandait des informations et de l’aide pour la libération de mon père. Il a répondu le 19 juillet 42 qu’il n’avait aucune information sur la question que ma mère avait bien voulu lui poser.
    La rafle du Vel d’Hiv a eu lieu le 16 et 17 juillet ! Bousquet était secrétaire nationale de la Police depuis le 18 avril 1942.

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