Charles Barthelemy à Auschwitz, le 8 juillet 1942

Matricule « 45.199 » à Auschwitz

Charles Barthelemy : né en 1911 à Plainfaing (Vosges) ; domicilié à Colombes (Seine) ; ajusteur-outilleur ; communiste ; arrêté le 1er mars 1940 ; arrêté le 4 octobre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt, Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 septembre 1942. 

Charles Barthelemy est né le 22 avril 1911 à Plainfaing (Vosges).
Il habite au 6, rue Paul Bert à Colombes (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils de Joséphine Paulus (née en 1892, décédée en 1958) et de Charles Laurent Barthelemy (né en 1886, décédé en 1953) qui le reconnaît en 1911.
Il épouse Olga Baly en avril 1932 à Sénones (Vosges) (publication de mariage in L’Express de l’Est du 5 avril 1932). Elle est ouvrière d’usine à Moyenmoutiers (Vosges) où elle est née le 26 février 1913 (elle est décédée en 1999). Le couple a deux enfants : René et Gisèle, âgés de 8 et 7 ans en 1941.
Il est ajusteur-outilleur dans une usine d’aviation, chez SECM (Amiot), Société d’emboutissage et de construction mécaniques (151/179 boulevard du Havre à Colombes) au moment de son arrestation.

Charles Barthelemy est membre du Parti communiste. Il y travaille avec : Maurice Bertouille et Raoul Bertrand, et le jeune Lucien Preuilly qui seront déportés dans le même convoi.  Maurice Bertouille est arrêté en même temps que lui.
Compte tenu de son emploi à la SECM, il est pour l’armée de réserve « affecté spécial » le 20 novembre 1938 à la SECM.
Sans doute rayé de son « affectation spéciale » comme pratiquement tous les communistes et/ou syndicalistes, il est mobilisé le 26 juillet 1939, et il est affecté à la section spécialisée du parc 32-138 aux armées.
Selon un récapitulatif des déportés de la ville de Colombes (archives municipales), il est arrêté le 1er mars 1940, puis relâché. ll écrit lui-même avoir été « libéré provisoire » le 29 juillet 1940 par la Gendarmerie nationale de Colombes.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Dès le début de l’Occupation, Charles Barthelemy est arrêté le 4 octobre 1940, par des policiers d’Asnières dans une rue de Colombes en compagnie de deux militants communistes de cette ville : Maurice Bertouille et Roger Marchand. Roger Marchand portait un pot de minium et des craies, destinés à inscrire des mots d’ordre sur les murs.
Cette arrestation par la police française s’inscrit dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne (Seine et Seine-et-Oise) : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le site : Le camp d’Aincourt.

Charles Barthelemy à Aincourt, dessin du 24 décembre 1940 © D.r. René Barthelemy
Liste des communistes internés à Aincourt le 5 octobre 1940. Les RG ont utilisé son deuxième prénom, Joseph.

Il est interné administrativement au camp d’Aincourt le 5 octobre 1940 sur ordre du Préfet de la Seine (cf la liste des militants communistes internés le 5 octobre, avec son deuxième prénom). Depuis le camp, il envoie une lettre au directeur du camp en février 1941 pour demander la révision de son dossier. Un de ses camarades fait un dessin de lui le 20 décembre 1940. Ce « camp de séjour surveillé » a été ouvert le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes de la région parisienne arrêtés par le gouvernement de Vichy. On notera que c’est son deuxième prénom qui est indiqué sur la liste des renseignements généraux. Aucune confusion possible avec son homonyme, Fernand Barthélémy, puisque celui-ci est arrêté le 9 novembre 1940.

Aincourt © Roger Colombier

Charles Barthelemy est interné à la chambre DJ, la division des jeunes.

A la mi février 1941, Charles Barthelemy réagit à la lettre
circulaire du commissaire du CSS d’Aincourt en date du 7 février, portant sur
la révision trimestrielle des dossiers des internés. En effet, les « internés administratifs » à Aincourt en 1940 et 1941 n’ont pas été condamnés : la « révision trimestrielle » de leurs dossiers est censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont « amendés »… Le commissaire Andrey, dont l’anticommunisme est connu, a émis très peu d’avis favorables, même s’il reconnaît la plupart du temps la bonne tenue de l’interné !

Lettre au commissaire Andrey, février 1941

Charles Barthelemy argumente sur 4 points : Premièrement, il est interné administratif. 2ème il n’a pas été condamné. 3ème sa situation de père de famille de deux enfants en bas âge (7 et 8 ans) dont la plus âgée est malade depuis le 22 juin 1939, presque toujours à l’hôpital des Enfants malades et à Bretonneau, 4ème il est  bien noté par son employeur, la Société d’emboutissage et de constructions mécanique à Colombes. 5ème situation militaire : affecté spécial le 20 novembre 1938 à la SECM, mobilisé le 26 juillet 1939 et affecté à la section spécialisée du parc 32-138 aux armées. Démobilisé le 29 juillet 1940 par la Gendarmerie nationale de Colombes.

Il est ensuite interné au camp de Rouillé (le 6 septembre 1941 à l’occasion de l’ouverture du camp ou le 6 octobre 1941 suivant les sources).
Du camp de Rouillé, Charles Barthelemy est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 22 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.

Charles Barthelemy y reçoit le numéro matricule 5828 (Bâtiment C5, chambre 12).

Le 18 juin 1942, il écrit à sa femme une lettre qu’il fait passer «en douce», où il lui recommande de ne parler dans ses lettres – qu’elle a le droit de lui envoyer en franchise postale – que «des gosses et de toi».

Lettre du 18 juin 1942 à sa femme

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Barthelemy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Lettre envoyée clandestinement par un camarade resté à Compiègne

Le 10 juillet 1942, Olga Barthelemy est informée de son départ « pour une destination inconnue, en Allemagne avec 1200 de ses camarades, pour y travailler« , « c’est une déportation, mais pas dans le sens ce celles qui se sont déjà produites« , par une lettre envoyée clandestinement par un des camarades de son mari qui se présente comme un camarades doubiste de son mari (originaire du Doubs, département voisin de son lieu de naissance). Il insiste en écrivant qu’ils ne pourront pas tomber plus mal qu’ici, même mieux si on peut dire, puisqu’ils ne seront plus otages ». Il ne faut pas oublier en effet que les internés de Compiègne ont vu partir au peloton d’exécution de nombreux camarades.

Charles Barthelemy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45199 ».

Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés

Charles Barthelemy meurt le 18 septembre 1942 à Auschwitz d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz). Cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre, ainsi qu’un nombre important de détenus d’autres nationalités : il est probable qu’ils sont tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie. Les SS indiquaient des causes naturelles fictives sur les registres des infirmeries pour masquer ces assassinats collectifs.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. Il a été déclaré « Mort pour la France« . Il est homologué (GR 16 P 35775) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Courrier du 17 décembre 2008 de René Barthélemy, fils de Charles Barthélemy.
  • Documents fournis en 2008 par son fils René (une photo, un dessin, une lettre de Rouillé, une lettre d’un de ses camarades envoyée à son épouse depuis Compiègne le 10 juillet 1942), ainsi qu’une lettre de remerciements pour ma thèse et mon livre, qui m’a beaucoup touchée..
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne le 22 mai 1942, in Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives de Plaifaing (Vosges).
  • Lettre de Robert Guérineau (ancien résistant ayant effectué des recherches dans les registres d’état civil de la mairie de Colombes).

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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