Fernand Barthélemy (© Solange Filloux)
Fernand Barthélemy le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45 200 » à Auschwitz 

Fernand Barthélemy : né en 1911 à Paris 4è ; domicilié  à La Garenne-Colombes (Seine) ; contrôleur d’aviation ; délégué CGT, communiste ; arrêté le 20 mars 1940, s’évade de la colonne de Cépoy en juin 1940 ; arrêté le 9 novembre 1940 ; interné au camp d’Aincourt, à la maison d'arrêt de Fontevrault, à la centrale de Clairvaux, aux camps de Rouillé, Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Fernand Barthélemy est né le 25 mars 1911 à Paris (4è ).
Il habite au 28, avenue Joseph Froment à La Garenne-Colombes (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Flore Rimlinger, 23 ans, brodeuse au 9 rue d’Arras. Il est légitimé par le mariage de sa mère avec Auguste Barthélémy le 4 août 1915 à Argenteuil. Il a une sœur, Solange (épouse Filloux).
Il est métallurgiste (contrôleur d’atelier) chez Renault et aux Compteurs de Montrouge. Sur sa fiche au DAVCC, on lit « contrôleur aviation ».

Les citations suivantes sont tirées du Maitron (notice, Claude Pennetier, René Lemarquis) : « Fernand Barthélemy, titulaire du certificat d’études primaires commença à travailler en février 1925 comme apprenti puis ouvrier coutelier-orfèvre place Vendôme, jusqu’en 1931, année où il se retrouva au chômage. Après avoir été employé au nettoyage à la gare Saint-Lazare, il entra comme OS chez Renault, sur recommandation d’un oncle qui occupait une fonction de maîtrise, en mai 1932, puis il passa contrôleur en juin 1933. Il fut exempté de Service militaire en raison de son état de santé. Il épousa, en juillet 1938 à La Garenne-Colombes (Seine) une ouvrière spécialisée de chez Renault, Renée Robert, membre du Parti communiste, qui avait été à la commission exécutive de la section d’entreprise du Comité mondial des femmes. Ils élevaient en 1939 un enfant de neuf ans (ce qui étonna alors la commission des cadres, car dans son autobiographie de 1937, Barthélemy était dit célibataire). Il avait appartenu en 1933 à l’Athlétique club Citroën, affilié à l’UVF, et participé à quelques épreuves cyclistes. Dès 1932, Fernand Barthélemy fréquentait les réunions électorales du Parti communiste, mais c’est en avril 1936 qu’il adhéra pleinement. Sollicité par des camarades de La Garenne, il s’occupa de la trésorerie d’une permanence du quartier du PC et participa activement à la campagne des législatives de 1936 sous la direction de Bison secrétaire de la cellule locale à laquelle il adhéra. Dès juin 1936, à la demande de Mulenbach (dit Rivière), il concentra son activité sur l’entreprise Renault appartenant successivement aux cellules Langumier(n° 46926) puis Jules Guesde (n° 44196) de la région Paris-Ouest. Membre du comité et du bureau de section, il fut chargé de l’état statistique des adhésions et de la diffusion du journal L’Étincelle. En juillet 1937, il fut nommé trésorier général de la section. Il remplissait la même fonction à la section de la fédération des techniciens de la métallurgie CGT, au bureau de laquelle il appartenait après avoir été membre du comité de grève en 1936. Il fut souvent délégué, en cette année 1936, aux conférences de son parti, du rayon de Boulogne-Billancourt, de la section Renault, de la région Paris-Ouest et à la conférence nationale de Hygens. Il fut même délégué au congrès national d’Arles de 1937 mais il n’obtint pas l’autorisation de s’absenter. F. Barthélemy déclarait n’avoir suivi aucune école du parti jusqu’en mai 1937 et la commission des cadres le classe AS (à suivre), classement positif qui impliquait de l’orienter vers des écoles. Aussi suivit-il une école de section et une école régionale de quinze jours. Il y apprécia particulièrement les excellents cours d’Arthur Dallidet* et de Jean Baillet*, à partir desquels il fit lui-même deux cours aux membres du service d’ordre d’Argenteuil et d’Asnières sur « la provocation ». Il dénonçait le « travail de désagrégation des trotskistes, des pivertistes, des amicalistes, des doriotistes » chez Renault. « j’ai voté disait-il en février 1939, l’exclusion de Kléman, Lejeune, Lequien sans arrière-pensée ». Renvoyé des usines Renault « en novembre 1938 comme agitateur communiste dangereux à la suite des grèves et des occupations… ». A partir du 13 mars 1939, il fut engagé comme vérificateur de fabrication aux usines Breguet à Aubervilliers. Arrêté le 1er avril suivant pour infraction au décret loi du 26 septembre 1939, il fut écroué à la prison de la Santé. Un rapport de police précise à son sujet : « Il est toujours un adepte des théories moscoutaires ; il participait à la propagande clandestine de l’ex-parti communiste et, à Aubervilliers où il a été secrétaire de cellule, il est considéré comme extrêmement dangereux pour l’ordre national ». L’inspecteur spécial Gattefossé à Monsieur le commissaire de police, 19 avril 1940. Alors délégué du personnel, Barthélémy cessa le travail lors du lock-out du 24 novembre 1938 et sa femme connut également le licenciement à la même date. Il fut trésorier puis secrétaire de la section communiste de Renault en 1939.

Lire dans ce site : 27 militants communistes et syndicalistes des usines Renault de Boulogne-Billancourt déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942.

Le journal de Seine et Marne, 28 avril 1934

Sportif, il pratique le vélo. En avril 1934, il chute dans la côte de Quincy et se fracture la clavicule gauche, lors de la course cycliste Paris-Meaux.

Il épouse Renée Robert (Emilie, Marie) le 30 juillet 1938 à La Garenne-Colombes. « Ils élevaient en 1939 un enfant de neuf ans ». Le Maitron.
Délégué syndical CGT, trésorier selon sa femme (le Maitron indique  » trésorier puis secrétaire ») de la section communiste de Renault, à Billancourt (ancien département de la Seine) en 1939, il est arrêté le 20 mars 1940 selon sa femme, le 1er avril 1940 selon le Maitron et inculpé d’activité communiste.

Il est placé au Dépôt puis à la maison d’arrêt de la Santé : en juin 1940, 584 détenus « politiques » composent à près de 47 % les effectifs de la « prison militaire de Paris » (les prisons de la Santé et du Cherche-Midi). L’instruction de Fernand Barthélemy et de ses camarades a été diligentée par le tribunal militaire de Paris (commandant Vimard, juge d’instruction au 2ème tribunal militaire et juge Benoit-Stain). Il s’évade de la colonne d‘évacuation des prisons de Paris en juin 1940 (note 1).

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. La nuit du 14 au 15 juin, de nombreuses troupes allemandes arrivent à Nanterre et Colombes.
Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Après l’armistice, il rentre chez lui et trouve du travail à Aubervilliers aux taxis «Autoplace». C’est là que Fernand Barthélemy est de nouveau arrêté, le 9 novembre 1940 par la police française.
Il est interné au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Lire dans le site Le camp d’Aincourt.

Document des renseignements généraux (montage à partir du début de la liste, Pierre Cardon).

Puis il est interné à la maison d’arrêt de Fontevraud le 4 décembre 1940. Il est transféré à celle de Clairvaux le 21 janvier 1941.
Lire dans le site : La Maison centrale de Clairvaux
Il est à nouveau transféré le 25 septembre 1941, cette fois-ci au au camp de Rouillé. Puis au camp de Voves le 4 mai 1942.
Lire dans le site :le-camp-de-Rouilléet  Le camp de Voves

Voves, l’entrée du camp

Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres «Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande». Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir
des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise.
Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 20 mai 1942, le Frontstalag 122, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Fernand Barthelémy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942.
Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Fernand Barthelémy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45 200 ».

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

On ignore la date réelle de son décès. Celle du 15 août 1942 portée sur l’acte de décès du 26 juin 1946 est approximative. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé la date de son décès sur la base des déclarations de deux de ses compagnons de déportation.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué le 22/9/1952.
La carte est attribuée à son épouse Renée, domiciliée au 28, avenue Joseph Froment à La Garenne-Colombes.
Il a été déclaré « Mort pour la France » (7/12/1949).

  • Note 1 : la Prison militaire de Paris est évacuée sous escorte armée entre le 10 et le 12 juin 1940, sur ordre de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur. Ils sont 1865 au départ de Paris. Le repli  a pour but de transférer les détenus dangereux » de la « prison militaire de Paris » au camp de Gurs (arrondissement d’Oloron) puis à Mauzac. Ils sont évacués par autobus de la TCRP, le 11 juin 1940. A Orléans, les gardiens du convoi apprennent que la maison d’arrêt est bondée ; le convoi repart donc jusqu’au camp des Grouës, proche de la gare des Aubrais, où 825
    prisonniers, dont Fernand Barthélemy, sont débarqués. Prisonniers et gardiens y resteront quatre jours, du 11 au 15 juin harcelés par les bombardements allemands au cours desquels plusieurs détenus s’évadent (…) Le 15 juin, tout le monde repart. Mais cette fois, plus question d’autobus, le transfert se fera à pied et de nuit. Ils rejoignent le lendemain à Jouy-le-Potier des camions qui les conduisent à la base aérienne 127 d’Avord, près de Bourges. Ils y retrouvent un autre groupe d’Ile de France venu du camp de Cépoy, près de Montargis (Loiret). (…). Gardiens et détenus n’y restent que quelques heures, puis repartent en autobus jusqu’à Bordeaux, Mont-de-Marsan, Orthez et Gurs. Ils arrivent au camp en deux groupes, les 21 et 23 juin. Ils y resteront plusieurs mois, jusqu’au début de l’hiver (in © Amicale du camp de Gurs).
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Lettre de sa sœur, le 30 août 1988

    Courrier avec photo. Envoi de sa sœur, Madame Solange Filloux (1988).

  • Témoignage de Jean Thomas de Boulogne (matricule « 46 144 »), rescapé.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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