Gaston Jouannet : né en 1896 à Bouray-sur-Juine (Seine-et-Oise ; domicilié à Notre-Dame-du-Thil (Oise) ; cheminot ; communiste ; arrêté le 16 juillet 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 4 septembre 1942.
Plaque de rue à Notre-Dame-du-Thil

Gaston Jouannet est né le 23 avril 1896 à Bouray-sur-Juine (Seine-et-Oise / Essonne).
Il habite au 9, rue de l’Ancienne Ecole à Notre-Dame-du-Thil (Oise) aumoment de son arrestation.
Il est le fils de Clémentine Perrin, 30 ans, sans profession et de Léopold Jouannet, 33 ans, journalier, son époux. Il a 3 sœurs, Eugénie (née en 1889), Marie
(née en 1899) et Raymonde (née en 1904).
Selon sa fiche matricule militaire Gaston Jouannet mesure 1m 61, a les cheveux bruns et les yeux marrons, la bouche petite, les lèvres minces, le
menton rond. Il a le front moyen et le nez rectiligne. Il a le visage plein. Il a une petite cicatrice au front.
Au moment du conseil de révision, il travaille comme bûcheron à Bouray (canton de la Ferté-Allais, Seine-et-Oise / Essonne). Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, Gaston Jouannet est mobilisé par anticipation en 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe après la déclaration de guerre. Il est affecté au 39ème Régiment d’artillerie le 12 avril. Il arrive au corps le 13 avril 1915. Après l’instruction militaire et « à l’intérieur », le 2ème canonnier conducteur Jouannet sera envoyé « aux armées » le 26 mai 1916 et y restera dans des régiments successifs jusqu’au 11 novembre 1918 (les services proches du front ou au front comptent double).
Le 1er octobre 1917, il « passe » au 234ème Régiment d’artillerie de campagne. Le 19 avril 1918, il est transféré  au 104ème Régiment d’artillerie lourde. Après l’armistice, nouveau transfert, au 4ème escadron du Train le 1er janvier 1919 et le 14 septembre 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation (9ème échelon) par le dépôt de démobilisation du 20ème escadron du Train et « se retire » à Bouray.
Le 6 octobre 1919, il est embauché comme manœuvre par la Compagnie des chemins de fer d’Orléans. Cet emploi le fait alors « passer » en tant que réserviste de l’armé active, à la 3ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit), et ce du 1er juin 1920 au 31 mars 1922. Il quitte la région orléanaise et vient travailler dans le Beauvaisis.
Le 16 octobre 1920, il épouse Germaine, Louise Laine à Sainte-Geneviève (Oise) à une vingtaine de kilomètres de Bauvais. Le couple aura deux enfants, nés en 1921 et 1924.
Le 10 février 1921, la commission de réforme militaire de la Seine lui reconnaît une invalidité inférieure à 10 % pour « troubles douloureux au niveau de la colonne dorsale, rattachés à une chute en juillet 1919 ».
En mars 1922, Gaston Jouannet a été embauché à la Compagnie des chemins de fer du Nord à Beauvais (numéro d’agent : 44374). Il est donc à nouveau « affecté spécial » pour la réserve de l’armée à la 4ème section des chemins de fer de campagne. Puis à la 5ème en juillet 1923 en tant que personnel rémunéré au tableau A, et en décembre 1924. En septembre 1927, il est « affecté spécial » comme « chauffeur de route » à Beauvais (Oise), où il habite au 3 rue Becquet. Il est alors inscrit à la « liste M » (liste matricule) sous le numéro 210.
Il est « réformé définitivement n°2 sur pièces » le 10 juillet 1931 par la commission de réforme d’Amiens pour « A.T.D. Adénites cervicales multiples opérées ». Et de ce fait il est rayé de l’affectation spéciale le même jour.
Militant actif du Parti communiste, Gaston Jouannet est secrétaire de la cellule locale de Notre-Dame-du-Thil en 1938.
« Dès le début juin 1940, l’Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’Occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la
Libération au service de l’occupant
 » (Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »). Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Gaston Jouannet est arrêté à son domicile par la police allemande le 16 juillet 1941 (« il professait des idées avancées » selon le rapport des Renseignements généraux). Dans la même période sont également arrêtés Paul Crauet (4541) Georges Gourdon (45622), Marcel Bataillard (45203) et André Gourdin (45621), Gustave Prothais (46018), tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122),  fin juillet 1941. Il y reçoit le matricule « 1458 ».
Le 13 avril 1942, le commissaire principal aux renseignements généraux (1) de Beauvais a transmis au Préfet Paul Vacquier 66 fiches individuelles concernant des internés au Frontstalag 122 à Compiègne, que le Préfet transmet au Feldkommandant. Parmi ces fiches on peut lire celle de Gaston Jouannet «« Militant actif du Parti communiste. Distributeur clandestin de tracts. A été inculpé en 1941 dans une affaire de reconstitution d’un Parti dissous » ». 18 autres de ces militants au passé communiste signalés les RG seront déportés à Auschwitz.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gaston Jouannet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45692 ?? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Et quoique la description de son livret matricule puisse correspondre avec le visage de la photo du matricule « 45692 » publiée ci-dessus, elle ne saurait être validée sans sa reconnaissance par sa famille ou des connaissances.

Le « panier fleuri » de Gaston Jouannet selon Roger Arnould

De la même manière, nous ignorons, faute de texte explicatif, pourquoi lors d’une rencontre avec Roger Arnould (archiviste à la FNDIRP qui a commencé les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942), Jean Thomas, cheminot comme Gaston Jouannet, a dessiné sur un bout de nappe  un «panier fleuri» avec le numéro « 45692 » reproduisant celui qu’il disait avoir tatoué pour Gaston Jouannet. Jean Thomas s’était tatoué ce même panier fleuri autour de son propre numéro matricule. Etant tous deux cheminots, il ont pu se croiser  à Compiègn, voire être dans la même baraque (mais Jean Thomas n’y arrive qu’en mai 1942 et on ne connaît pas le numéro de sa baraque)… Peut-être étaient-ils aussi dans le même Kommando à Auschwitz, mais Jean Thomas a dit avoir fait ces tatouages pour ses camarades au Block 11, une période où ils ne sont plus soumis aux travail en Kommando (14 août 1943 – 12 décembre 1943) … Et Gaston Jouannet est mort en septembre 1942.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Gaston Jouannet meurt à Auschwitz le 4 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 520). Le registre d’état civil de Beauvais, en date du 24 octobre 1946, mentionne son appartenance aux F.F.I. : « des forces françaises de l’intérieur, décédé à Auschwitz le 30 novembre 1942« . Cette différence de date s »explique par les conditions d’après guerre.

Afin de donner accès aux titres et pensions pour les familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d’un mois estimé) sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation (peut-être Georges Gourdon (45.622) et Jean Thomas (46.144) qui se souvenaient de lui.
La mention «Mort pour la France» lui est attribuée (1946).

Une plaque offerte par les cheminots est déposée sur la tombe familiale. La mention « mort à Auschwitz » qui y figurait a été retirée à la demande d’un « descendant par alliance ».
A Beauvais Voisinlieu, dans la cité des cheminots, une rue porte son nom.

Photo © Géneanet

Son nom est gravé sur le monument aux morts de sa ville de naissance

  • Note 1 : Georges Gourdon, rescapé du convoi, porte plainte à la Libération contre l’ancien commissaire de police de Creil et son secrétaire qui ont pris part à son arrestation et celle de Marcel Bataillard, Paul Crauet, André Gourdin,  Cyrille De Foor, Marc Quénardel. Les deux policiers sont condamnés à 15 ans de prison (ce type de peine sera levé au début des années 1950 par les lois d’amnistie votées par le Parlement).

Sources

  • Correspondance avec Jean Pierre Besse, chercheur à Creil, collaborateur du Maîton (communication de ses recherches aux archives départementales de l’Oise séries M et W).
  • Mme Benoit-Mauroy, enseignante (communication de l’avis de décès daté du 24 octobre 1946). Courriers en septembre et novembre 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en octobre 1993 au Val de Fontenay).
  • Registres matricules militaires.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007, complétée en 2011, 2018 et  2021. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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