André Marteau

André Marteau : né en 1922 à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), où il habite ; jeune communiste ; arrêté le 24 juin 1941 et condamné à 12 mois de prison ; prison de Tours puis camp de Compiègne, libéré le 14 janvier 1942 ; arrêté dans la nuit du 9 au 10 février 1942 comme otage ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 15 août 1942.

André Marteau est né le 18 mars 1922 à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), où il habite au 100, rue Paul-Vaillant-Couturier au moment de son arrestation (ancienne rue Jéricho).
Il est le fils de Juliette, Angéline Coulonnier, 28 ans, ménagère et d’Albert Marteau, 31 ans, son époux. Ses parents sont domiciliés au 40 bis, levée de la Loire à Saint-Pierre-des Corps.
Son père, surveillant à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, est conseiller municipal de la ville ; il le redeviendra après la guerre.
En 1931 la famille a quitté le 40 bis, levée de la Loire, qui est habitée par des cousins (Joseph Marteau, son épouse Germaine et ses fils Michel et Pierre (ce dernier, né en 1918 figure sur la photo de mariage en 1934).
André Marteau est célibataire.

André Marteau en 1934

Il est adhérent des Jeunesses communistes avant guerre.
En 1936, la famille habite au 100, rue Jéricho. Son père est employé au P.O. midi (compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans et du Midi.  A cette date, il est encore écolier.

Entre le 10 et le 13 juin 1940, Tours est la capitale provisoire de la République.
Une partie du centre de la ville est totalement détruite par des obus incendiaires allemands les 20 et 22 juin. La Wehrmacht entre dans Tours le 21 juin 1940.Le 22 juin, l’armistice est signé : la moitié nord de la France et toute la façade ouest sont occupées. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
André Marteau « fut actif dans l’organisation de la Résistance dès l’automne 1940 » (brochure « En parcourant les rues de St Pierre des Corps« .
Maxime Despouy témoigne « Le 22 juin 1941 l’Allemagne déclare la guerre à l’Union soviétique. Le 23 juin à 23 h, nous nous réunissons, dans la chambre de Lucien Chauveau rue de la fraternité à St Pierre des Corps, à plusieurs jeunes communistes pour étudier nos moyens d’action pour aider l’URSS. Il avait là Lucien Chauveau, Le Guellec, René Melin, Gilbert Seche, Fabienne Landy, André Anguille, André Marteau et moi. Il fut décidé de distribuer des tracts et de faire des inscriptions au goudron. C’est ce dernier travail dont je suis chargé en tant que responsable » (1). Il est 1 h 30, Le Guellec, Melin et Despouy en ont presque terminé avec pinceaux et goudron, lorsqu’ils sont aperçus par deux femmes (qui les connaissent de vue), et qui vont les dénoncer. Mais si elles ont reconnu Melin et Despouy elles confondent Le Guellec et André Marteau, dont la silhouette est assez similaire.
Le lendemain 24 juin 1941, entre 14 et 17 heures, André Marteau, Maxime Despouy et René Melin, tous trois appartenant aux Jeunesses communistes sont arrêtés par des Feldgendarmes qui les menottent. Emmenés à la Mairie de St Pierre-des-Corps, ils sont sévèrement « passés à tabac ». Conduits le soir au commissariat central de Tours le 25 juin. Sous les coups, ils signent tous trois des aveux, mais n’incriminent pas Le Guellec, qui reste libre.
Ils sont envoyés devant le tribunal civil le 25 juin, qui les défère devant le tribunal de guerre allemand de la Feldkommantur 588 à Tours.
Le 9 juillet 1941, André Marteau et René Melin, nantis d’un avocat collaborateur, sont condamnés à 12 mois de réclusion, Maxime Despouy à 2 ans, et ils sont incarcérés à la prison de Tours.
Le 30 juillet 1941, ils sont transférés au camp allemand de Compiègne jusqu’au 6 août 1941, date à laquelle ils sont à nouveau ramenés à Tours et enfermés en cellule jusqu’au 18 août.
A cette date, ils passent « du côté français dans une grande salle qui contenait une cinquantaine d’hommes. Avec plusieurs camarades nous créons une cellule du parti. Le 10 octobre une circulaire arrive déclarant séparer les réclusionnaires des prisonniers et chaque catégorie aura son régime spécial » (Maxime Despouy).
A Noël 1941, Poupon, Marteau, Melin et Despouy décident de présenter un recours en grâce.  Poupon et Marteau obtiennent une réduction de peine. André Marteau est libéré le 14 janvier 1942, Poupon le 13.
Mais il est de nouveau arrêté, comme otage, dans la nuit du 9 au 10 février 1942 à son domicile par la police allemande, à la suite de la mort d’une sentinelle allemande, abattue rue du Hallebardier à Tours (en cliquant sur ce lien, lire l’article du blog). 50 otages sont désignés (40 Juifs et 10 communistes).

A Fontevraud, 6 communistes sont exécutés le 22 février en représailles. A Tours, les otages communistes sont enfermés à la caserne du 501ème RCC au champ de Mars, puis transférés à la prison de Tours.
Maxime Despouy écrit « c’est là que je revis André Marteau plusieurs fois pour lui passer à manger. Je le revis avec plusieurs camarades, Chauveau Bernard, Mazein Jacques, Séguin et bien d’autres qui ne devaient jamais revenir ».  Les 10 otages communistes sont dirigés le 17 avril 1942 vers le camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en vue de leur déportation
comme otage.

Les 10 otages communistes sont dirigés le 17 avril 1942 vers le camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otage. Il s’agit de Maurice Hayot (41 ans), Bernard Chauveau (22 ans), André Marteau(20 ans), Jacques Mazein (22 ans), Roger Morin (30 ans), Stanislaw TamowskiRoger Legendre (40 ans), Gaston Letondu (44 ans), Hilaire Seguin dit Gaby (41 ans), Roger Huart et Marcel Rossignol (ancien Brigadiste, il s’évadera par un tunnel à Compiègne le 22 juin 1942 avec 18 autres internés). Jacques Levy et Roger Sommer, deux des 40 otages Juifs, qui sont internés au camp C à Compiègne, seront eux aussi déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

Ils sont dirigés le 17 avril 1942 vers le camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otages. « Marteau et Chauveau sont venus me causer à travers le guichet de la porte de ma cellule. Je ne devais plus les revoir». Témoigne encore Maxime Despouy. A Compiègne, André Marteau reçoit le numéro matricule n° 3863.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, André Marteau  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45838 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
André Marteau meurt à Auschwitz le 15 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (J.O. 1995p005170058). Sa fiche d’état civil établie en France après la Libération reprend cette date «décédé le 15 août 1942 à Auschwitz (Pologne)». Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz

19 mai 1945

Le titre de « Déporté Politique » lui a été attribué.

Dans la « Voix du Peuple » du 19 mai 1945 qui rend hommage aux 9 déportés d’Indre et Loire, Jean Mazein le père de Jacques Mazein signe un appel à « venger nos morts», où il dénonce l’indulgence à l’égard de Pétain, maréchal Félon, « qui doit être jugé par un tribunal du peuple et mourir comme un traître sous les balles d’un peloton d’exécution ».
Une plaque avenue de la République à St-Pierre-des-Corps porte son nom. 
La rue « André Marteau victime du nazisme » semble avoir été rebaptisée rue Danièle Casanova. Mais une « allée André Marteau » a été ensuite inaugurée.
Le site internet du PCF de Touraine honore sa mémoire.

La famille Marteau : madame Martine Vallon, m’écrit « La famille Marteau originaire de la Vallée du Cher et plus particulièrement de la commune de Saint-Romain est une famille de vignerons. Ils sont communistes dans les années 30 comme la plupart des vignerons de la Vallée du Cher. Mon grand-père, Maxime Marteau a trois frères et deux sœurs. Deux de ses frères : Albert et Joseph habitent Saint-Pierre des Corps, travaillent à la Compagnie des Chemins de fer et sont communistes. Le troisième, Moïse, Théophile est vigneron à Saint-Romain. Ces trois frères auront un fils militant communiste et résistant. 

Recherches de madame Martine Vallon. Les 3 cousins Marteau alors d’un mariage en 1934

Deux seront déportés, le troisième, dénoncé par une cousine qui fréquentait un officier allemand, sera arrêté, torturé et mourra à l’hôpital de Tours.
André Marteau, né à Saint-Pierre des Corps en 1922, fils d’Albert et de Juliette Coulonnier, sera déporté à Auschwitz où il mourra en 1942 . Il
fait partie du convoi des 45 000 du 6 juillet 1942 voir sa biographie par Claudine Cardon-Hamet.
Pierre Marteau né à Saint-Pierre des Corps en 1918 est électricien aux Chemins de Fer. Il est le fils de Joseph et de Germaine Pichon. Dénoncé par une cousine (…) qui fréquentait un officier allemand. Elle serait partie en Allemagne à Nuremberg. Il est arrêté, torturé et décède le 5 avril 1942 à l’hôpital Bretonneau de Tours.
Marcel Marteau né à Saint-Romain en 1920, fils de Moïse et de Romaine Tricot, il travaille à la ferme de ses parents. Il organise en juillet 1940, la première réunion de militants communistes dans la forêt de Saint-Aignan. Arrêté en avril 1943, il est déporté à Mathausen. Il est libéré après la libération du camp par les troupes américaines en mai 1945. Il continuera ses activités politiques mais il meurt en 1947 des suites de sa déportation. (voir la biographie du Maitron par Daniel Grason et Didier Lemaire).
Deux autres cousins plus éloignés sont aussi des résistants et sont morts en déportation : Désiré Marteau (1897-1945) Déporté le 27 janvier 1944 depuis Compiègne au camp de Buchenwald (commando Ellrich). Décédé en Janvier 1945. Matricule 44154, et son neveu Serge Marteau (1913-1942) Déporté à Auschwitz par le convoi des 45.000. Il meurt le 18/09/1942. Il était éclusier et passeur sur
le Cher. Matricule 45839 (voir la biographie par Claudine Cardon-Hame
t).

  • Note 1 Lucien Chauveau meurt à l’hôpital de Beaumont-la Ronce le 1er décembre 1942 pendant son internement, Fabienne Landy meurt le 4 mars 1943 à Auschwitz, déportée dans le convoi des « 31.000 », André Anguille est fusillé le 16 mai 1942 au Mont Valérien.

Sources

  • Enquêtes de Robert Guerineau (1980) et Jean-Claude Guillon (1980), (bibliothécaire retraité, membre de l’Institut CGT d’histoire sociale en région centre, collaborateur du Maitron)
  • Acte de naissance (copie 1980) et photo datant de 1937 transmise à Roger Arnould par Jean Claude Guillon.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Récit de Maxime Despouy, qui fut arrêté le même jour qu’André Marteau le 24 juin 1941 (fait à Poitiers le 24 octobre 1945). Document retrouvé en mairie de St-Pierre-des-Corps et transmis par Robert Guérineau.
  • Photo in « En parcourant les rues de St-Pierre-des-Corps » éditée par la municipalité de St Pierre des Corps à l’occasion du 8 mai 1982.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Service Historique de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991 et juillet 1992).
  • Mail de madame Martine Wallon, septembre 2020, recherche sur sa famille, avec une photo du mariage de ses parents en 1934, où figurent André, Pierre et Marcel Marteau, cousins et résistants.

Notice biographique rédigée en octobre 2010, complétée en 2017, 2020 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »« , éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Veuillez mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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