Albert Creuset
Albert Creuset : né en 1901 à Nibas (Somme), où il habite ; ajusteur limeur ; trésorier CGT du syndicat des métaux du Vimeu ; communiste ; arrêté le 23 octobre 1941 mai 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 20 octobre 1942.

Albert Creuset est né le 9 décembre 1901 à Nibas (Somme). Il habite à Nibas au 84, rue aux Juifs (par Fressenneville, canton d’Ault, (Somme) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Angéline, Philomène, Pauline Humbert, 26 ans, née en 1875 à Nibas ménagère et de Marie, Alfred, Origène Creuset, 32 ans, né en 1875, limeur, puis serrurier, son époux.
Il est le deuxième d’une fratrie de six enfants : Marceline, née en 1898, Madeleine, née en 1903, Marcelle née en 1911, Lucien, né en 1914 et Mireille.
Au moment du conseil de révision, Albert Creuset habite Nibas où résident ses parents.
Il travaille y comme serrurier.
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1 m 62, a les cheveux châtain foncé, les yeux châtain, le front moyen et le nez « tourné à droite », le visage rond.  Il a un niveau d’instruction « n°2 »
pour l’armée (i.e. sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1921, Albert Creuset est incorporé le 9 avril 1921 au 507èmerégiment de chars basé à Metz, où il arrive le jour même. Il est « renvoyé dans ses foyers » le 28 avril 1923, et se retire à Nibas.
Albert Creuset épouse Jeanne, Fernande, Léontine Derambure, le 5 juin 1926 à Nibas. Née à Vaudricourt (Somme) le 21 octobre 1905, elle est ouvrière d’usine (perceuse). Le couple a un garçon, Gilbert, qui naît le 11 avril 1929 (1).
Albert Creuset est alors ajusteur-limeur (tourneur sur cuivre) de profession.
En 1936, la famille habite à Nibas au 84, rue aux Juifs. Albert travaille comme limeur, chez Chapelet (recensement). Ses parents et une de ses sœurs habitent au 54 grande rue Rambehem : son père est serrurier chez Himbert.
Il est membre du Parti communiste. Syndicaliste, il est trésorier des syndicats des métaux CGT du Vimeu, dont le siège est à Friville-Escarbotin. Il assume cette responsabilité jusqu’à sa mobilisation, en 1939. « Avant la guerre, le Vimeu avait une vocation industrielle, dont le syndicalisme s’était fortement implanté après la crise de 1934-1936. » Ecrit Gilbert Creuset.

Albert Creuset © PCF du Vimeu
D’Amiens à La Villeneuve

Albert Creuset est « rappelé à l’activité » en vertu du décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939 et est affecté au 2ème escadron du train auto (compagnie motorisée n° 2) où il arrive le 5 du même mois.
Il a, sur 4 feuillets manuscrits, noté toutes les villes traversées depuis le 9 septembre par sa compagnie depuis le début de la guerre jusqu’au 25 août 1940.
Depuis Amiens, route de Hem à Moutier, en passant par Douaumont, Château Chinon, l’Allier, Montargis, Bellay, La Villeneuve, il connait le périple de nombreux régiments qui depuis la frontière Belge se replient dans l’Aube à l’armistice.

Amiens en juin 1940

La « drôle de guerre » prend fin le 10 mai 1940 avec l’attaque allemande aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Belgique. Après la percée allemande à Sedan, les troupes allemandes se ruent vers Amiens. Située sur la Somme elle est le dernier obstacle naturel avant la Seine et Paris : la ville est un nœud ferroviaire et routier de première importance. Le 19 mai 1940, les Allemands sont aux portes d’Amiens. Malgré une résistance acharnée des armées françaises, Amiens est prise le 20 mai. La prise d’Amiens ouvre à la Wehrmacht la route de Paris et lui permet de poursuivre son offensive vers le sud. Les conditions d’occupation sont très dures. Abbeville, est prise par les Allemands de la 2ème  Panzerdivision le 20 mai 1940 et Le Tréport le 10 juin. Dès l’été 1940, une poignée d’hommes et de femmes forment les premiers groupes de Résistance dans le contexte de la défaite militaire, de l’occupation, de la mise en place du régime de Vichy.
Au PCF, dans la clandestinité depuis septembre 1939, les premières structures de résistance sont opérationnelles à l’automne 1940, en particulier dans le Vimeu.

Après sa démobilisation, en revenant de zone libre, il ne retrouve pas d’emploi à l’usine et travaille alors comme journalier agricole.

© PCF du Vimeu et Gilbert Creuset

Albert Creuset est arrêté le 23 octobre 1941.

Lettre de Gilbert Creuset, 2 janvier 1992

Alors âgé de 12 ans, Gilbert Creuset se souvient de l’arrestation de son père,  « cette opération fut effectuée par des hommes en uniforme de la Feldgendarmerie, assistés d’un individu en civil de la Gestapo et de 2 gendarmes français de la brigade du secteur. Tout ce monde voyageait dans un camion bâché équipé de deux banquettes longitudinales. Le motif invoqué était la nécessité d’un interrogatoire. Après s’être présentés à la maison pour enlever mon père, ces gens là sont allés le chercher sur son lieu de travail. Ce jour-là, il travaillait dans une ferme du village« .
Gilbert Creuset pense toujours que cette arrestation eut lieu à la suite « d’une dénonciation indubitable« . Mais les activités syndicales et politiques antérieures de son père sont connues et l’ont désigné à l’attention des autorités.

© PCF du Vimeu et Gilbert Creuset

En effet, le même jour que lui sont arrêtés d’autres militants connus, Leducq Lucien, Desenclos Lucien, Briet Marius et Journel Orphée tous de la même partie du département (la vallée du Vimeu) (2).

Il est conduit rapidement, sans jugement, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), sans doute le 25 octobre, comme Lucien Désenclos et Marius Briet, dont nous connaissons la date d’arrivée à Compiègne.
Au début juillet 1942, sa dernière carte annonce à sa famille qu’il part pour une destination inconnue. « Dès lors aucune nouvelle ne nous est parvenue jusqu’à la fin des hostilités« .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Albert Creuset est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942.
Le numéro « 45413 ? – 46326 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz, qui aurait permis par comparaison de connaitre son numéro matricule, n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Albert Creuset meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 187). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz. Le registre d’état civil de Nibas mentionne « décédé à Auschwitz, Pologne, en octobre 1942 ».

A la libération, son camarade René Maquenhen, rescapé du convoi, a informé la famille de son décès, survenu selon lui à Auschwitz en octobre 1942 (« il est passé par la chambre à gaz et le four crématoire« .) C’est cette date qui figurait sur son acte de décès à la Libération. La mention « Mort en déportation » y a été apposée (JO du 2 février 1988). Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d’après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l’ouvrage « Death Books from Auschwitz » publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995.

Son nom figure au Monument aux Morts cimetière de Nibas. Une plaque a été apposée sur sa maison natale : « Maison natale de Creuset Albert, martyr du camp d’Auschwitz, 1901 – 1942« . Une rue de Nibas commémore son nom.

    • Note 1 : Gilbert Creuset est né le 11 avril 1929. Elu conseiller municipal le 21 mars 1965, il est maire de Nibas entre le 19 mars 1983 et le 15 mars 2008.
  • Note 2 : Achille Pruvost qui figure au centre de la carte est arrêté le 21 septembre 1941 à Tully (Somme), interné à Compiègne, puis déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen où il meurt le 17 juin 1943.

Sources

  • Gilbert Creuset, son fils, maire de Nibas
    Lettre de Creuset du 2 janvier 1992

    Lettre de son fils, Gilbert Creuset, maire de Nibas (2 janvier 1992). Deux cartes postales commémoratives éditées par la section du PCF du Vimeu, envoyées par M. Gilbert Creuset (16 juillet 2011).

  • Témoignages de René Maquenhen en 1945 et de Madame Leroy, sœur de Lucien Desenclos.
  • M. Sommillon, maire de Béthencourt (Somme).
  • Mairie de Friville-Escarbotin. M. Grandsire, ancien secrétaire de Mairie de Friville (1991). C’est grâce à leurs lettres que la présence d’Albert Creuset dans le convoi nous a été révélée.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d’Auschwitz.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courriel de Mlle Isabelle Morel, son arrière petite-fille (itinéraire d’Albert Creuset en 1939-1940).
  • Courriels de M. Maurice Derambure (septembre et octobre 2019) : acte de mariage Creuset-Derambure.
  • Certificat de naissance, portant mention du mariage et du décès.

Notice biographique rédigée en juillet 2011, complétée en 2015, 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.