Auguste Gasrel @ U.L.Cgt du Havre

Matricule « 46.325 » à Auschwitz

Gasrel Auguste : né en 1894 à Saint Lunaire (Ille et Vilaine) ; domicilié à Graville Sainte-Honorine (commune rattachée au Havre en 1919 - Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; mécanicien, inscrit maritime ; communiste, membre du Secours Rouge ; arrêté le 22 octobre 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 24 août 1942.

Auguste Gasrel est né le 21 avril 1894 à Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine). Auguste Gasrel habite au 8, passage Coquelin l’Aîné à Graville-Sainte-Honorine, commune rattachée au Havre en 1919 (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Rosalie Gasrel, âgée de 16 ans, sans profession. Sa mère a épousé François Marie Hily le 2
février 1901 à Dinan (Côtes d’Armor). Auguste Gasrel aura 4 demi-frères et sœur (dont Germaine, Marcel, et Max).

L’en-tête de son registre matricule militaire

Son registre matricule militaire indique qu’Auguste Gasrel habite à Saint-Lunaire et qu’il est marin au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 69, a les cheveux châtain et les yeux noirs. Le menton saillant, le nez cave relevé, le front vertical et
grand, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).

Brest, l’arrivée des « bleus » au 2ème dépôt des Equipages

Conscrit de la classe 1914, Auguste Gasrel devance l’appel et s’engage dans la Marine en 1912. Le 16 janvier 1912, à Brest, il signe un engagement pour les équipages de la Flotte « jusqu’à l’expiration légale du service dans l’armée active de la classe 1914 à laquelle il appartient ».  Il arrive à la caserne du  2ème dépôt des équipages de la flotte (dans le quartier de Recouvrance) le même jour. Il passe électricien de 2ème classe le 1er octobre 1912.  Le décret de mobilisation générale du premier août 1914 le maintient sous les drapeaux. Il est « en mer » du 2 août 1914 au 26 juillet 1916, « à terre » du 27 juillet au 30 septembre « en mer » du 1er octobre 1916 au 27 octobre 1917, et « à terre » du 28 octobre au 15 juillet 1919, date à laquelle il est « mis en sursis illimité de démobilisation »  par le 1er dépôt des équipages de la flotte à Lorient, « certificat de bonne conduite refusé ». 

Auguste Gasrel épouse Jeanne, Alice Doffémont au Havre le 12 août 1919 (elle est née le 9 décembre 1900 à Paris 11ème).  Le 1er septembre, le jeune couple habite au 13, quai Videcoq, sur le bassin du Roi au Havre. Ils ont deux enfants : Jeanne, qui naît le 25 avril 1920 et Auguste, Louis, qui naît le 11 mai 1922.
Selon la «liste Boisard», il est mécanicien, et on sait par son registre matricule militaire qu’il est « inscrit maritime », le 24 mars 1922 (« inscrit définitivement sur la matricule des gens de mer, inscrit au quartier du Havre n° 9064 »).
Le 30 mars 1930, la famille Gasrel a déménagé au 22, rue Bazan (aujourd’hui rue Françoise Sagan) au Havre.
D’après la police, il est adhérent au Parti communiste en 1936 et 1937, membre du Secours Rouge, « notamment en collectant pour le gouvernement espagnol ». 

Le Havre occupé, 1941 AJPN DR

Les troupes allemandes entrent dans Le Havre le jeudi 13 juin 1940, et transforment la ville et le port en base navale (on comptera jusqu’à 40.000 hommes de troupe). Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, et Rouen. Une Kreiskommandantur est installée à L’Hôtel de ville du Havre. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Pendant l’Occupation, le domicile d’Auguste Gasrel est perquisitionné le 22 septembre 1941. Sans résultat.  Selon sa famille il pensait avoir été dénoncé par le directeur de la Défense passive du Havre, auquel il avait reproché « certains abus de feuilles de tickets de pain ».
Le 22 octobre 1941, à 4 heures du matin, Auguste Gasrel est arrêté chez lui par des agents du commissariat central du Havre.
Il est incarcéré à la Maison d’arrêt du Havre « sur ordre préfectoral ». Le 22 décembre, il est transféré avec Eugène Friot et remis aux autorités allemandes à leur demande. La « liste Boisard » indique qu’il est résistantLes autorités allemandes l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Auguste Gasrel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46325 « selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Il se déclare athée (glaubenslos) lors de l’interrogatoire d’immatriculation à Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 524 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Auguste Gasrel meurt à Auschwitz le 24 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 336).

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 29 septembre 1992. Son acte de décès porte toujours la date fictive de novembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Il est homologué (GR 16 P 245215) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et DIR (Déportés et Internés Résistants). Auguste Gasrel a été homologué «Déporté Résistant» n°1001-244363, le 24 janvier 1955, carte délivrée à Eugène, Louis Gasrel (cousin d’Auguste), Paris 8ème.

©Thierry Prunier / Mémorial Genweb

Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation du Havre «Le 29 avril 1990, l’urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument».

Un lointain petit cousin, Pete Gasrel né en 1969 aux USA m’a envoyé ce poème « I’ll Not Forget You, Augustin Gasrel », Je ne vous oublierai pas, Augustin Gasrel poème par June Paulette Gasrel-Tibbetts
http://www.poemhunter.com/best-poems/junepaulette-gasreltibbetts/i-ll-not-forget-you-augustin-gasrel/

Sources

  • « Liste Boisard » des « Habitants du Havre morts dans les camps de concentration et dont il a été possible de retrouver les noms« , établie en 1968 et fournie en 1973 par Louis Eudier à Roger Arnould, documentaliste à la FNDIRP.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne d’Ille et Vilaine, état civil et registres matricules militaires.
    Photo d’Auguste Gasrel avant-guerre © Union Locale Cgt du Havre, in exposition photographique de 78 militants CGT du Havre fusillés ou déportés. Remerciements à Pierre Lebas et Thierry Leballeur. Photo transmise par Jean-Paul Nicolas, collaborateur du Maitron (janvier 2015).
  • Photo des recrues à Brest  © https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2013/11/tonnerre-de-brest-recit-n5.html

Notice biographique rédigée en 2003 (complétée en 2012, 2016, 2017, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

2 Commentaires

  1. This man was my fathers' cousin who saved his-Eugene Gasrel from Saint Lunaire (my dads') life during the war. It took me many years to discover Auguste and I still am searching for many relatives in Brittany and France who were never heard from again. May we never forget their lives were cut short -May we never live in this kind of fear ever again. june gasrel-tibbetts

  2. Cet homme était le cousin de mon père qui a sauvé la vie d'Eugène Gasrel de Saint-Lunaire (mon papa) – pendant la guerre. Il m'a fallu de nombreuses années pour retrouver Auguste, et je continue à rechercher ses nombreux parents en Bretagne et en France mais qui n'ont jamais eu de nouvelles de lui. Puissions-nous ne jamais oublier que leurs vies ont été écourtées. Puissions nous ne jamais revivre dans ce genre de peur. June Gasrel-Tibbetts

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