Honoré Brieu © Max Valentin

Matricule « 46.225 » à Auschwitz

Honoré Brieu : né en 1889 à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), domicilié à Maromme (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; tailleur d’habits, douanier ; prisonnier de guerre en mars 1918 ; militant du Parti communiste, adhérent CGT ; arrêté en 1940, arrêté comme otage le 21 octobre 1941 ; écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 8 août 1942.

Honoré Brieu naît le 17 août 1889 au 62, rue Saint-Nicolas à Rouen à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Au moment de son arrestation, le 21 octobre 1941, il habite au 17 rue de la Marne à Maromme. Il est alors douanier en retraite.
Il est le fils de Marie, Joséphine Leballeur, 38 ans, sans profession et de Jacques, Honoré Brieu, 29 ans, tailleur d’habits, son époux.
Avant 1910, Honoré Brieu travaille comme « tailleur d’habits ». Conscrit de la classe 1909, il est incorporé le 4 octobre 1910 au 119ème régiment d’infanterie.
Il est libéré le 25 septembre 1912, titulaire d’un certificat de « bonne conduite ».
Honoré Brieu est classé « affecté spécial » comme employé permanent de l’administration des douanes de Rouen du 19 juillet 1913 au 2 mars 1915.
A cette date, il est mobilisé et rejoint le 119ème R.I. Le 30 octobre 1916 il est blessé par des éclats d’obus, devant le fort de Douaumont (plaie à la joue et au médius gauches).
Alors qu’il est sous les drapeaux, il épouse à Troyes (Aube) Julia Camille Dhotel, le 3 février 1917. Bonnetière, elle est née le 6 janvier 1891 à Saint-Dizier (Haute-Marne). Le couple a une fille, Jacqueline, née à Laon (Aisne) en 1920.

Le camp de Langensalza

Le 24 mars 1918, il est fait prisonnier par l’armée allemande. Il est interné au camp de Langensalza, camp principal de prisonniers situé dans la province de Saxe, près d’Erfurt, jusqu’au 11 décembre 1918.
Il est rapatrié par le centre du CR de Montigny-les-Metz et arrive le 11 décembre 1918 au dépôt de transition des isolés de la 20ème région. Le 11 janvier 1919, il rejoint le 37ème R.I. Le 25 février 1919, il est cité à l’ordre du régiment (O.J. N° 576) : « Soldat très brave, fusiller mitrailleur, a, le 23 mars 1918, tout au cours d’une attaque, que pour enrayer un retour offensif d’un ennemi supérieur en nombre, fait preuve d’une belle qualité de courage et de dévouement. Blessé en combattant ».
Entre 1921 et 1925, la commission de réforme de Caen lui attribue une pension d’invalidité de 10 % (raideur du coude droit de 80° à 145° et légère diminution de la supination de l’avant-bras).
Le 26 juillet 1919, il est démobilisé et se retire au 21, rue Lecat à Rouen.
Le 19 septembre 1921, le Journal Officiel annonce sa nomination à un emploi réservé (Douanier).
En avril 1930, Honoré Brieu loge rue Sainte-Nicole, à Caen.  En décembre 1932, il habite rue de l’Église à La Mailleraye-sur-Seine en aval de Rouen.
Par un décret du 23 mars 1934, Honoré Brieu est décoré de la Médaille militaire avec traitement (avis du directeur des douanes du 14/4/34).
Le couple se sépare par jugement de divorce prononcé le 2 novembre 1934.
Le 27 février 1935 et jusqu’à la date de son arrestation, Honoré Brieu est domicilié avec sa fille Jacqueline au 17, rue de la Marne à Maromme (Rouen).

L’Avenir Normand du 29 mai 1949

Honoré Brieu est membre du Parti communiste depuis 1938 (selon sa fiche d’otage) et militant à la CGT (d’après Louis Eudier).
Dans l’hommage rendu le 26 mai 1949 par Roland Leroy aux déportés et fusillés de Seine-Inférieure, celui -ci souligne son engagement militant « un des meilleurs vendeurs des publications de notre Parti, ayant placé une année, 1000 billets à lui tout seul , de la fête de l’Avenir Normand, organisée par André Pican« .
Le Journal Officiel du  18 mars 1939 publie le décret approuvant sa pension avec jouissance au 1er mars 1938 (soient 2.518 F avec indemnité pour charge de famille : pour services militaires 6 ans, 4 mois, 26 jours, campagnes 8 ans 2 mois, service civils 21 ans 4 jours).

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Cliquez sur la fiche d’otage pour l’agrandir

Il est arrêté une première fois en 1940 (pas de date dans le document allemand) par la police française et condamné à 70 jours de prison pour avoir distribué des tracts communistes.
Il est arrêté de nouveau le 21 octobre 1941, comme otage communiste. Fernand Chatel, dans son ouvrage «30 ans du lutte…» mentionne son arrestation en même temps que celle de Léon Poyer (n° 2090 à Compiègne, déporté et mort à Auschwitz), François Hubler (n° 2025 à Compiègne, déporté et mort à Buchenwald) et Raymond Duflo (fusillé le 31 janvier 1942). Julien
Villette
, également de Maromme, est aussi arrêté la même nuit.
Leur arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre 1941) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (au tunnel de Pavilly) Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre.
Écroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.

Liste de représailles de la Werhmacht

Son nom est inscrit sur quatre listes d’otages établies en représailles aux attentats et sabotages successifs dans la région de Rouen (Liste de représailles de la Feldkommandantur 517 (CDJC XLV-41), liste d’otages du 29 octobre 1941 (XLIII-66), liste d’otages du 8 décembre 1941 (XL-III 56), liste en date du 8 février 1942 (XLII-46), qui mentionnent à chaque fois son arrestation en 1940 et sa condamnation pour distribution de tracts communistes.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Honoré Brieu est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46225».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 524 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Honoré Brieu meurt à Auschwitz le 7 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz  (in Death Books from Auschwitz, tome 2, page 133). (Son nom y est orthographié, par erreur, Brien ainsi que sur le site du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Il ne figure pas sur le site non officiel les morts dans les camps répertoriant, à partir des arrêtés du Journal officiel, le nom des déportés pour lesquels la mention « mort en déportation » doit être inscrite sur leurs jugements et actes de décès.

Vallée du Cailly, Carte PCF
Carte éditée par la section du PCF de la vallée du Cailly, verso

Ci-contre la Carte souvenir recto-verso éditée à la Libération sous le titre “ils aimaient la France” avec les noms de 9 militants de la vallée du Cailly, fusillés ou déportés. Le nom d’Honoré Brieu y figure, mais sa photo, de mauvaise qualité n’avait pas été reproduite.

Son nom est gravé sur le monument « aux Maronnais morts pour la France » avec celui de neuf autres déportés – dont quatre autres « 45.000 » et un fusillé.

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

Sources

  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Fernand Châtel : « 30 ans de luttes au service des Travailleurs Normands et de la Paix« , page 53 (brochure édité par la Fédérationde Seine Maritime du Parti communiste en 1964).
  • Archives du CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine): Liste d’otages et  du 29 octobre 1941 :  XLII-66,  Liste d’otages du 8 décembre 1941 : XLIII – 56 ; Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste en date du 8 février 1942) : XLIII – 46. Fiche d’otage :  XLV – 42.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19,liste officielle N°3(Bureau des archives des victimes des conflits
    contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Courriel de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron à propos de l’orthographe du patronyme de Honoré Brieu.
  • Archives en ligne de Rouen, acte de naissance et registre matricule militaire.
  • Photo d’Honoré Brieu, collection de Max Valentin, transmise par Alain Alexandre, co-auteur avec Stéphane Cauchois de « Résistance(s) :
    Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944)
    ». Editeur : L’écho des Vagues. 

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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