Raymond Bouteiller le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.293 » à Auschwitz

Raymond Bouteiller : né en à Yerville (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; à Pavilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; journalier ; communiste ou sympathisant ; arrêté le 20 octobre 1941 ;  écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942.

Raymond Bouteiller est né le 4 juillet 1901 à Yerville (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite au 20, route de Sainte-Austreberthe à Pavilly, canton de Pavilly-arrondissement de Rouen) en Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Raymond Bouteiller est le fils de Marie, Rosalie Etancelin, 22 ans et d’Octave, Adolphe Bouteiller, 28 ans, journalier. Ses parents se sont mariés à Yerville le 28 janvier 1894.
Il a quatre frères et sœurs tous nés à Yerville : Georges, né en 1903, Marie Thérèse, née en 1907, Lucienne, née en 1908, et Bernard, né en 1911. Après le décès son père Adolphe Bouteiller le 6 avril 1911 à Yerville, sa mère s’est remariée avec M. Delahaye : il a quatre demi-frères et sœurs : Léon Delahaye, né en 1916, Denise Delahaye née en 1920, et Roland Delahaye né en 1922.
Raymond Bouteiller est journalier. Il effectue son service militaire au 97ème régiment d’infanterie du 12 avril 1921 au 1er avril 1923. Il participe à l’occupation des pays Rhénans du 12 avril 1921 au 22 juin 1922, puis en demi-campagne du 23 juin au 13 mars 1923.
Raymond Bouteiller a les yeux bleus, les cheveux châtain foncés et mesure 1 m 68 (registre matricule militaire).
En 1926, la famille Bouteiller-Delahaye habite Pavilly au n° 39 route de Sainte-Austreberthe. Il est journalier. Sa mère est tisseuse chez Galliard, Georges est tisserand chez Galliard, Marie-Thérèse est rentreuse chez Lang, Lucienne est tisseuse chez Galliard et Bernard est manœuvre chez Galliard. Le recensement de 1931 n’existant pas aux AD 76 et la famille Bouteiller-Delahaye n’étant pas recensée route de Sainte-Austreberthe, ils ont du déménager entre 1926 et après 1936.
Versé dans la réserve, il est affecté lors de la déclaration de guerre en 1939 au centre mobilisateur d’infanterie n°32, le 9 septembre 1939. Il est alors versé dans le «32ème travailleurs», surnommé «Les Normands».

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dès le 31 août 1940 les Allemands arrêtent des otages au Trait et à Duclair à la suite de sabotages de lignes téléphoniques. A partir de janvier 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Raymond Bouteiller est démobilisé le 31 août 1940 à Pavilly.
Pendant l’Occupation, son nom figure dans un rapport de la gendarmerie (le fait que son nom soit honoré sur le mémorial sis dans la cour du PCF à Rouen, peut laisser penser qu’il est soit communiste, soit sympathisant et surveillé par la gendarmerie).

Raymond Bouteiller est arrêté le 20 octobre 1941 : on ignore les circonstances de son arrestation. Mais son lieu de domicile (Pavilly), et la date d’arrestation, laisse penser qu’il a été arrêté en représailles au sabotage, le 19 octobre 1941, de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (au tunnel de Pavilly). Lire dans le site :  Le Havre, sabotages et attentats (avril 1941-février 1942) et Le « brûlot » de Rouen. La police recherche activement les auteurs du sabotage, à partir de descriptions d’un garde-barrière.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre 1941.
Il a été remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Raymond Bouteiller est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Le jour de l’immatriculation, 8 juillet 1942

Raymond Bouteiller est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45293» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Les barbelés d’Auschwitz I © Claudine Cardon- Hamet

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Raymond Bouteiller meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 124). La mention fictive portée comme de raison du décès est «entérite et phlegmon». Cent-quarante-sept autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, et un nombre
important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. Il est plus que vraisemblable qu’ils aient été tous gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, avec cette même date (parution au Journal Officiel n° 300 du 27 décembre 2009).
Raymond Bouteiller est déclaré «Mort pour la France» le 16 juin 1955 et homologué «Déporté politique» le 10 février 1955.

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».
Après guerre, son frère Georges entame des démarches pour son homologation comme « Déporté politique ».

  • Note 2 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). « Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948 », établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz. Liste Auch 1/7. (N°31851 et N° 49).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Claudine Cardon-Hamet, Les barbelés d’Auschwitz.
  • Recherches et courriels de Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français)
  • Registre matricule militaire de Raymond Bouteiller.
  • AD 76, Pavilly, recensements de 1926 et 1936.
  • Courriel de M. Joël Bouteiller. son petit-neveu.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.