Matricule « 45380 » à Auschwitz

Marcel Couillard : né en 1900 à Sanvic (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; domicilié à Sainte-Adresse (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; câbleur, ajusteur, mécanicien de marine, inscrit maritime ; militant  CGT et Parti communiste ; arrêté le 27 janvier 1941, condamné à 13 mois de prison ; écroué au Havre ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 9 septembre 1942.
Juin 1936. Les Inscrits maritimes CGT du Havre manifestent.

Marcel Couillard est né le 18 juin 1900 à Sanvic (commune devenue un quartier du Havre en 1955), il est domicilié au 9, rue de la Solitude à Sainte-Adresse, au moment de son arrestation (commune rattachée au Havre en 1955 (Seine-Inférieure – Seine-Maritime).
Il est le fils de Marie, Charlotte, Hortense Follet et de Stanislas, Hyacinthe Couillard son époux.
Ses parents habitent 7, passage des Moulins à Sanvic.
Il a deux frères ainés : Antoine, né en 1892 et Georges, né en 1898.
Selon sa fiche matricule militaire, Marcel Couillard mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux bleus, le front ordinaire, le nez cave et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire élevée).
Il a un doigt de la main cassé.  Au moment du conseil de révision, il travaille comme câbleur au Havre (il habite à Sanvic). Son père est décédé.
Il est ajourné pour « faiblesse » au conseil de révision en 1920 et 1921.

Le paquebot Ile de France

Câbleur, puis ajusteur, il est mécanicien de marine et « inscrit maritime » n°9027, le 18 janvier 1922.
Il est membre du Parti communiste et syndicaliste CGT.
En 1934, ajusteur, il est domicilié au 7, rue Gambetta à Sanvic.
Le 19 février 1934, à Sanvic, Marcel Couillard, 33 ans, épouse Suzanne,
Blanche, Augustine Boizet. Elle est née le 27 mars 1905 à Auxerre (Yonne). 28 ans, sans profession, elle est domiciliée également au 7, rue Gambetta.
La fiche d’otage de Marcel Couillard, rédigée le 6 mai 1942 à partir des renseignements fournis par la police française, indique qu’il est un «communiste convaincu, a participé à la direction de la grève du 30 novembre 1938 sur le paquebot «Ile-de-France».
Il est ensuite embauché par la compagnie France-Navigation. « On sait que les ports jouaient un rôle de premier plan dans le fonctionnement de l’Internationale communiste (komintern). C’était le cas du port du Havre et Maurice Vernichon ainsi que ses collègues, navigants ou dockers, Roger L’HévéderAugustin GruenaisÉmile Famery, Charles Domurado*, Henri NicolMarcel ToulouzanCouillard étaient rattachés à l’IMD (Internationale des Marins et Dockers). Leur rôle international les amenait à occuper dans l’organisation communiste une place particulière avec parfois des missions directement commanditées par l’IC ou la direction centrale du PCF. Cette activité politique parallèle tenait les marins et dockers en marge des structures locales du Parti. On évoque à ce sujet la notion de double appareil. La guerre d’Espagne accentua ce phénomène avec la création de la compagnie maritime France-Navigation, la « société rouge » au pavillon français qui possédait plusieurs navires au port d’attache du Havre, recrutait des équipages entiers de militants communistes, en vue d’aider la République espagnole en péril à s’armer. In Le Maitron, notice de Maurice Vernichon par Gilles Pichavant.
Marcel Couillard est veuf et père de 2 enfants, âgés de 6 et 8 ans au moment de son arrestation.

Les troupes allemandes entrent dans Le Havre le jeudi 13 juin 1940, et transforment la ville et le port en base navale (on comptera jusqu’à 40.000 hommes de troupe). Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, et Rouen. Une Kreiskommandantur est installée à L’Hôtel de ville du Havre. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Il est arrêté le 27 janvier 1941 pour distribution et possession de tracts communistes, (le même jour et pour les mêmes motifs que ses camarades, Bellenger, Granjon et Vernichon).

Fiche d’otage de Marcel Couillard

Le motif d’arrestation qui figure sur la fiche d’otage de Marcel Couillard est identique à celui de ses
trois camarades arrêtés le même jour : «possession et distribution de tracts communistes dans la rue et à ses camarades de travail, en décembre 1940 et en janvier 1941».
Ils sont condamnés le 19 mars 1941 à 13 mois de détention par le tribunal français du Havre. Il purge sa peine à la prison du Havre. A l’issue de celle-ci, il est remis à leur demande aux autorités allemandes.
Marcel Couillard est transféré avec ses trois camarades le 28 février 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La mention «Geiselliste» (liste d’otage) qui figurait sur sa fiche d’otage a été barrée et remplacée par «Sühneliste» (liste de répression), suivant l’ordre du 6 mars 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Couillard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Marcel Couillard est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45380» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Il meurt à Auschwitz le 22 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 186).

Son nom figure sur le monument aux morts et le monument commémoratif 1939-1945 de Sainte-Adresse, ainsi que sur le monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation, dans les jardins de l’Hôtel de ville du Havre : « Le 29 avril 1990, l’urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument« .

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier. 

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

Sources

  • Fiche d’otage de Rouen FK 517 (CDJC, XLV42).
  • « 30 ans de luttes » p. 53 (brochure publiée par la fédération du Parti communiste de Seine Maritime en 1964).
  • Récit de Jean Quellien, ancien professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Caen, ancien directeur de l’UFR d’Histoire à l’Université de Caen, in La résistance normande beaucoudray.free.fr/gestapo.htm. Note : l’inspecteur de police Louis Allie qu’il cite s’est mis au service des Allemands et, par son zèle au sein des Brigades spéciales, a causé la mort de nombreux résistants communistes. Il est fusillé le 27 février 1944.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb». Relevé Thierry Prunier (Le Havre), Fabrice Cavelier (Ste Adresse).
  • Photo du paquebot Ile de France, de la Compagnie Générale Transatlantique, lancé en 1927.© Site www.antiqmarine.fr/
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudierin «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants dela CGTfusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie parla CGT de Seine Maritime.
  • Fiche d’otage : CDJC, XLV – 42.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • AD 76, acte de mariage 1934 à Sanvic.
  • AD 89 : acte de naissance de Suzanne Boizet

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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