Ange Macé : né en 1894 à Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) ; domicilié à Saint-Pierre-lès-Elbeuf (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; cheminot cantonnier, sémaphoriste ; membre du Parti communiste et de la CGT ; arrêté le 21 octobre 1941 ; écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 22 septembre 1942.

Ange Macé est né le 15 janvier 1894 au lieu-dit Le Feuil, commune de Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Ange Macé habite au 112, bis Route de Louviers à Saint-Pierre-lès-Elbeuf (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Louise Ramel, 31 ans, et de Pierre, Gustave, Macé, 40 ans, cultivateur.
Au moment du conseil de révision, Ange Macé habite Les Loges, dans le bocage Virois, en Basse-Normandie. Il y travaille comme cantonnier.

Son registre matricule militaire

Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front ordinaire, nez moyen et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1914, Ange-Marie Macé signe un engagement volontaire de 3 ans le 5 février 1912 à la Mairie de Fécamp. Il est incorporé au 7è régiment de chasseurs à cheval le 8 février. Le 12 juillet 1913, il se réengage pour un an à Rouen pour le 24è régiment de dragons, à Dinan.
Le décret de mobilisation générale est publié le 2 août 1914 : son régiment part « aux armées » le même jour. Il est engagé à Revigny (combat de Marville), puis aux combats de l’Yser, Ypres. Puis c’est l’Oise et l’Alsace, la Lorraine. La 9è division cuirassée ayant été dissoute en mai 1916, Ange Macé passe au 7è régiment d’artillerie le 25 juin 1916 qui est engagé dans le secteur du Mort-Homme (bataille de tranchées). Souffrant d’inflammations des ganglions lymphatiques (adénites cervicales, qui seront
reconnues « imputables au service »), il est évacué sur l’hôpital de Rennes le 27 juin. Il en ressort le 16 août. Il est à nouveau hospitalisé le 25 septembre à l’hôpital 114 de Rennes. Il en sort le 20 novembre, avec une convalescence de 30 jours. Le 6 décembre 1916, il est affecté au 38è régiment d’artillerie.
Le 16 décembre 1916 Ange-Marie Macé embarque à destination de Salonique (Macédoine) (1).Le 4 janvier 1917, il est affecté au 115è régiment d’artillerie (82è batterie). Il est évacué, malade, le 30 mars
1917 vers l’hôpital n° 9 de Salonique, au moment de l’extension des combats vers l’Albanie. Le 4 mai, il rejoint le 115è. Le 27 mai, il est affecté au 19è régiment d’artillerie, mais doit nouveau être évacué le 28 mai (hôpital n° 13 de Salonique). 
Ange-Marie Macé est rapatrié le 8 juillet et soigné à l’hôpital militaire n° 34 d’Avignon. Le 1er septembre, il en sort avec une convalescence de vingt jours. Le 22 novembre 1917, Ange-Marie Macé est affecté au 252è régiment d’artillerie de campagne. Le 14 août 1918, il « passe » au 53è régiment d’artillerie. Le 30 août 1918, il doit être à nouveau évacué vers un hôpital. Le 9 octobre 1918, il est affecté au 57è régiment d’artillerie. Le 23 mai 1919, la commission de réforme du Havre propose de le classer « réforme temporaire n° 1 » pour « polyadénopathie cervicale bilatérale », imputable au service et le démobilise, « certificat de bonne conduite accordé ».
En juin 1928, il vient habiter Sente de la cour d’Enfer, rue de Louviers, à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.
Le 24 mai 1929, Ange-Marie Macé épouse Marthe, Delphine Lassort aux Loges, village où il habitait déjà avant-guerre. Le couple aura quatre enfants.
Ange-Marie Macé est cheminot (cantonnier) à Graville-Sainte-Honorine (1927) puis à Saint-Pierre-lès-Elbeuf. En 1926, il est classé « affecté spécial » pour la réserve de l’armée, au titre d’employé des chemins de fer de l’Etat.
Le 8 mai 1932 (journal officiel), il est promu « sémaphoriste » au quatrième tour (le sémaphore est un signal ferroviaire pour l’espacement des trains, appelé cantonnement).
Il est membre du Parti communiste et de la CGT.
En février 1928 la commission de réforme militaire de Rouen (qui en 1921 ne l’avait classé que « service auxiliaire » sans pension d’invalidité), lui
attribue une pension définitive d’invalidité de 30 % pour « adénopathie chronique cervicale et axillaire ; sclérose pulmonaire droite ».
En décembre 1930 la famille Macé déménage au 112, bis Route de Louviers à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940 pendant que brûlent les bacs à pétrole de la Shell à Petit-Couronne.. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dès le 31 août 1940 les Allemands arrêtent des otages au Trait et à Duclair à la suite de sabotages de lignes téléphoniques. A partir de janvier 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Ange Macé est arrêté le 21 octobre 1941 par la police française à son domicile, comme «membre du Parti communiste». Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Ange Macé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Les barbelés d’Auschwitz I © Claudine Cardon-Hamet

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45809 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Ange Macé meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942. On ignore comment il est mort. En effet, son certificat de décès, établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 755) indique une cause fictive «Schwäche des Herzmuskels» (faiblesse du muscle cardiaque). Il faut savoir que les détenus chargés de remplir les certificats de décès à Auschwitz avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 1er juin 1994 (parution au Journal Officiel du 16 juillet 1994). Ange-Marie Macé est homologué «Déporté Politique».
Son nom est honoré sur le monument aux morts et sur une plaque commémorative à l’intérieur de l’église de Saint Pierre lès Elbeuf.

Mémorial PCF Rouen © Thierry Prunier / Mémorial Genweb

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ». Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

  • Note 1 : L’armée française d’Orient est engagée aux côté des alliés et de la « triple entente » (France, Grande-Bretagne, Russie, Grèce, Monténégro, Serbie, Japon) sur le front de Macédoine pour soutenir l’armée serbe, après l’invasion de la Serbie par les troupes de la « tripe alliance » (Allemagne, Empire
    ottoman, Autriche-Hongrie, Bulgarie).

Sources

  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine-Maritime.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle relevée par André Montagne en février 1992.
  • Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Archives de Caen du ministère de la Défense. « Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948« , établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz. Liste Auch 1/7. n°32326, n°223
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • ©  Archives en ligne d’Ille et Vilaine,
  • AD 76 , registres matricule militaire de Seine-Maritime.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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