Charles Godot le 8 juillet 1942

Matricule « 45.613 » à Auschwitz 

Charles Godot : né en 1908 à Clichy (Seine / Hauts-de-Seine) ; domicilié à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; peintre sur verre ; communiste, secrétaire du syndicat CGT «fer et métaux» de Rouen ; arrêté le 7 octobre 1940, condamné à un an de prison ; ;  écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 janvier 1943 .

Charles Godot est né le 22 décembre 1908 à Clichy (Seine / Hauts-de-Seine). Il habite au 6, rue de l’Ecole, puis au 7, bis rue du Faubourg Martainville à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Alphonsine, Emilie Dumais, 22 ans, journalière et de Charles, Emile, Marie, 24 ans, employé des chemins de fer, son époux.
Il est peintre sur verre (« Glasmaler » mentionne sa fiche d’otage).
Le 7 février 1929, il épouse Raymonde, Flore, Jourdain (1909-1995) à Gournay-en-Bray (Seine Inférieure). Elle est née le 27 mai 1909 à Grumesnil (Seine-Inférieure). Il est père de quatre enfants dont Henriette, âgés de 7, 9, 11 et 12 ans en 1940.
Leur mariage sera dissous le 10 décembre 1940).

Poème de Charles Godot, in Avenir Normand du 20 février 1946

Charles Godot a écrit des poèmes avant-guerre.
L’un d’eux est reproduit en 1946 sur les murs d’une des baraques blanches occupées par l’Union Départementale CGT et de la salle qui porte son nom à Rouen, place du 39ème .

Militant communiste, Charles Godot est secrétaire du syndicat CGT «fer et métaux», à Rouen en 1939 (source : Roger Arnould). Il est secrétaire de la section peinture à l’Union départementale.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dès le 31 août 1940 les Allemands arrêtent des otages au Trait et à Duclair à la suite de sabotages de lignes téléphoniques. A partir de janvier 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Fiche d’otage de Charles Godot

Charles Godot est arrêté le 7 octobre 1940 par les autorités françaises pour «distribution de tracts communistes» ainsi que l’indique sa fiche d’otage du 25 février 1942 (ci-contre).
Avec lui sont arrêtés d’autres militants : Laurenco, Mary, Gobelin, Eugène Prout selon le témoignage de la fille de celui-ci, Mme Jacqueline Vigor.
Il est condamné le 26 novembre 1940 à un an de prison et à 100 F d’amende pour détention de tracts et activité communiste par le tribunal correctionnel de Rouen (ci-contre,
extrait du jugement. Cliquez pour agrandir le document) concernant
plusieurs militants : Levillain, condamné à 6 mois de prison  et Eugène Prout «46020», Godebin, Laurenco, Lemarchand, Mary et Louis Creignou (le
frère de Jean «46229» et Valère), tous condamnés à un an de prison et à 100 F d’amende, et Lemarchand, condamné à 18 mois et 200 francs d’amende).Il est interné à la
prison «Bonne Nouvelle» de Rouen. Lire dans le site « La prison Bonne Nouvelle de Rouen. Témoignage d’André Pican, fusillé au Mont Valérien ». Il est condamné le 26 novembre 1940 à un an de prison et à 100 F d’amende pour détention de tracts et activité communiste par le tribunal correctionnel de Rouen (voir en annexe de la notice les extraits du jugement concernant plusieurs militants dont Charles Godot).

Son mariage avec Alphonsine Dumais est dissous le 10 décembre 1940
(jugement de divorce du tribunal de Rouen).

A l’expiration de sa peine, Charles Godot est remis aux autorités allemandes et transféré au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122) le 23 octobre 1941. Il y reçoit le matricule n°1921 (son camarade Eugène Prout, condamné en même temps que lui le 26 novembre 1940 reçoit le n° 1923).

Charles Godot, Otage déportable vers l’Est

Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le
but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est, la Feldkommandantur 517 de Rouen établit une liste de 28 communistes : «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est. Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941». Son nom y figure (documents ci-contre et ci-dessus). Il est également sur la liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf : liste se référant à un ordre du 8 février 1942 (document ci-contre).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Charles Godot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé 45.613 à Auschwitz le 8 juillet 1942

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45613» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

A Auschwitz, il entre à l’infirmerie en octobre 1942.
Il quitte celle-ci le 29 octobre, mais il meurt le 17 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 357).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 13 septembre 1993, paru au Journal Officiel 24 octobre 1993). Cet arrêté porte une date fictive : décédé à Auschwitz en juillet 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Extrait du jugement (verso)

Extraits du jugement d’Eugène Prout le 6 novembre 1940 : dans le récapitulatif de la peine, le nom de Charles Godot apparait, ainsi que celui de ses autres co-accusés.  « Levillain, condamné à 6 mois de prison, Eugène Prout, Godebin, Godot, Laurenco, Lemarchand, Mary et Louis Creignou (frère de Jean Creignou «46229» et Valère), sont tous condamnés à un an de prison et à 100 F d’amende, et Lemarchand, condamné à 18 mois et 200 francs d’amende« .

Charles Godot a été homologué «Déporté Politique».

Avenir Normand du 20 février 1946

En février 1946, son nom est donné à l’une des salles des baraques blanches occupées par l’Union Départementale CGT à Rouen, place du 39ème.
Sur les murs y sont reproduits certains de ses poèmes, ainsi que son visage énergique écrit le journal.

En mars 1949, dans le cadre de la campagne des élections cantonales, la propagande du Parti communiste est liée au recrutement de nouveaux adhérents : une cellule est créée dans le quatrième canton du Havre avec 23 nouveaux adhérents et une moyenne d’âge de 30 ans. Elle porte le nom de Charles Godot (in l’Avenir Normand du 4 mars 1949 .

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Son nom est honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ». Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Témoignages de Jacqueline Vigor, fille d’Eugène Prout «46020» recueillis entre 1987 et 1990.
  • Copie de l’extrait du jugement du 26 novembre 1940 (Jacqueline Vigor).
  • Liste d’otages du 8 décembre 1941 : Centre de documentation juive contemporaine, (XL
    III – 56).
  • Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste se référant à un ordre du 8 février 1942). Centre de centre de documentation juive contemporaine, XL III – 46.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz,
    Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national consulté en juin 1992 et dossier « Etat civil n°43000 » du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 30,
    page.117
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (DAVCC. Ausch 3/T3).
  • Liste des déportés ayant reçu des médicaments à l’Infirmerie de Birkenau entre le 1ernovembre 1942 et le 28 mars 1943.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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