Georges Mapataud D.r.
Georges Mapataud : né en 1922 à Paris 13ème ; domicilié à Créteil (Seine / Val-de-Marne) ; manœuvre : jeune communiste ; arrêté le 10 octobre 1940, condamné à 6 mois de prison (maison centrale de Fresnes) ; arrêté comme otage communiste le 28 avril  1942 ; interné au  camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942

Georges Mapataud est né le 9 juin 1922 à Paris (13ème). Il habite chez sa mère au 12, rue des Caillotins, aujourd’hui rue d’Estienne-d’Orves à Créteil (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Catherine Mapataud, ouvrière mécanicienne. Son père est décédé sans avoir reconnu ses quatre enfants. Georges a trois sœurs cadettes : Mathilde, Lucette, née le 5 mai 1924 à Paris 13ème, décédée en 1989 à Créteil, Yvette, Marguerite, née le 17 décembre 1932 à Paris 13ème, décédée en 2002 à Levroux (Indre), Denise, Nicole, née à Créteil le 28 juin 1938, décédée le 10 janvier 2020.
Georges Mapataud est célibataire et travaille comme journalier (manœuvre spécialisé) à Bonneuil-sur-Marne.
Il est membre des jeunesses communistes de Créteil.
Les JC « se réunissaient souvent au café « le poisson rouge » le bien nommé, avant leurs affrontements avec les héritiers des « Camelots du Roy » de « l’Action Française », écrit René Besse qui était membre du même cercle de la jeunesse communiste.

Le 13 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht occupent Créteil. Le 14 juin elles entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Fin septembre 1940, Paul Hervy ancien secrétaire des Jeunesses communistes de Créteil fait alors le tour des anciens adhérents : ils se retrouvent à six « à vouloir continuer (…), poursuivre l’action désormais clandestine » (René Besse). Outre René Besse il y a là Guy Camus, Paul Hervy, Raymond Le Bihan,  Roger Ménielle (ils seront tous déportés avec lui à Auschwitz), Marguerite (dite Margot) Camus et Raymond Labadie (déporté au Struthoff).

Ils vont manifester par tracts et affiches leur opposition à l’occupation. Les tracts sont tapés par Marguerite (dite Margot) Camus et imprimés sur la
ronéo cachée dans le pavillon chez le cousin de René Besse, Jean Vial, dit « Julot ». Raymond Labadie écrit en 2010 « les jeunes Résistants ne se méfient pas assez et diffusent leurs tracts à dates et heures fixes, au risque d’être arrêtés comme Georges Mapataud qui sera déporté».
Georges Mapataud et Roger Ménielle sont chargés de la diffusion de la propagande clandestine pour l’ouest de Créteil (René Besse, op. cit. p 81)

Georges Mapataud est arrêté le 10 octobre 1940 en même temps que Roger Mènielle pour « propagande communiste ». Emmené à la gendarmerie de Créteil, il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (interdisant le Parti communiste), et il est écroué le 13 octobre à la Maison d’arrêt de la Santé. Le lendemain, comme Roger Mènielle, la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à six mois de prison. Georges Mapataud est transféré à Fresnes le 26 octobre 1940.

Leur arrestation est racontée dans le Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier : « Le 10 octobre vers 21 heures, Roger Ménielle vint chez lui apporter des tracts, un autre militant, Duclos était présent. Tous les trois se partageaient les tracts et allaient dans la Grande Rue pour distribuer « Les masques sont tombés » et « L’Avant-Garde », les tracts étaient glissés sous les portes des habitations des deux côtés de la rue. Trois gendarmes interpellèrent les trois jeunes, profitant de l’obscurité Georges Mapataud s’enfuyait dans un passage et se réfugia dans le fond d’une cave. Appréhendé par les gendarmes, il était en possession de soixante-cinq tracts, dans un vieux récipient étaient découverts quarante autres tracts et une liste de souscription avec deux noms. Interrogé dans les locaux de la gendarmerie, il déclara qu’il participait pour la troisième fois à une distribution de tracts de l’organisation et ceci volontairement. Il reconnaissait sa participation quelques jours plus tôt à une diffusion de journaux ronéotypés dans la ville voisine de Bonneuil-sur-Marne, ville où il travaillait. Le procès-verbal de son interrogatoire était transmis au procureur de la République de Paris, au préfet de Police et à la Kreiskommandantur».
Ayant moins de 20 ans, Georges Mapataud est libéré à la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, sans être placé dans un camp d’internement, comme plusieurs de ses camarades.

Il est arrêté une deuxième fois le 28 avril 1942, comme otage communiste : ce jour là une rafle est effectuée par l’Occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de
représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un
autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Georges Mapataud est  interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira également l’article du site qui expose les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : «une déportation d’otages».
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Georges Mapataud est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45824 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. De plus, la photo du déporté portant ce matricule n’a pas été retrouvée et n’a donc pu être comparée avec la photo de Georges Mapataud dont nous disposons.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

La porte d’entrée du camp (Musée d’Auschwitz)

Georges Mapataud meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 775). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 14 septembre 1994, paru au Journal Officiel du 21 octobre 1994.

Georges Mapataud est homologué comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 390511.
Son nom est honoré sur les monuments aux morts de Bonneuil-sur-Marne et de Créteil.

Sources

  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Photo de Georges Mapataud, mairie de Créteil, 12 août 1992.
  • Raymond Labadie in « Creteil Se Raconte », avril 2010.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • Le Maitron, notice Daniel Grason, 2020.
  • Registres matricules militaires, Recensement de Paris 1926. Actes de décès Paris et Créteil.

Notice biographique mise en ligne en 2012, complétée en 2017, 2020 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.