Plaque rue de Belleville.  On notera l’erreur de date, il est arrêté fin 1940
Robert Houvin : né en 1904 à Paris 18ème ; il habite à Paris 20ème ; livreur ; arrêté en novembre 1940 ; condamné à 6 mois de prison (Santé, Fresnes et Poissy) ; interné aux camps d’Aincourt, de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 25 août 1942. 

Robert Houvin est né le 17 avril 1904 à Paris (18ème). Il habite au 12 ou 18, rue Lesage à Paris 20ème au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Henriette, Gabrielle Geiger, 36 ans, ménagère, et de Marcellin Houvin, 37 ans (né le 22/02/1867 à Doulens (Somme), serrurier, son époux. Ses parents habitent au 2 impasse du Ruisseau à Paris 18ème. Il est issu d’une fratrie de trois enfants : Marceline (1889-1968), Adrien (1895-1916), et trois autres décédés en bas âge : Raphael 1899), Georges (1902-1904), Louisette (1909-1910). Ils déménagent au 196, rue Championnet (Paris 18ème). Son frère aîné, Georges, âgé de deux ans, décède le 7 octobre 1904. Ses parents viennent habiter au 11, cité de la Moscova dans le 18ème.
Robert Houvin est employé de commerce (livreur).
En 1938, il habite au 15, rue de Belleville (quartier Combat), et s’inscrit sur les listes électorales de l’arrondissement.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Robert Houvin est arrêté fin novembre 1940 au 31, rue de Belleville à Paris 19ème, à une rue de son domicile par la « cour Lesage » (passage), pour
distribution de tracts. Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), il est alors conduit le 24 novembre au Dépôt.
Le 25 novembre 1940, il est condamné à 6 mois de prison par la 12ème chambre correctionnelle de Paris. Il est écroué à la Santé puis est transféré à la maison d’arrêt de Fresnes le 7 décembre 1940.
A la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, il est envoyé à la maison centrale de Poissy et le préfet de police de Paris ordonne son
internement administratif le 18 mai 1941 en application de la Loi du 3
septembre 1940 (fiche ci-dessous, qui indique « meneur particulièrement actif, a été condamné à 6 mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939″).

Fiche des RG adressée au directeur du camp d’Aincourt

Le 23 mai 1941, il est conduit au Centre de séjour surveillé d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val d’Oise) avec Louis Chestermann de Courbevoie, Marc Robert de Drancy et Joseph Tortora de Clichy-la-Garenne. Lire dans le site :  Le camp d’Aincourt .
Le 6 septembre 1941, Robert Houvin est transféré au camp de Rouillé (1) avec 150 internés d’Aincourt.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp
allemand de Compiègne (Frontstallag 122).
Le nom de Robert Houvin (n° 101 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942.
La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet1942.  A Compiègne, il reçoit le numéro matricule 5902.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Robert Houvin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

L’entrée du camp d’Auschwitz

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942
Le numéro «45669 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus
d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Robert Houvin meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 217).
Il ne figure pas au Journal Officiel comme mort en déportation.
Une plaque commémorative a été apposée sur l’immeuble où il a été arrêté au 31, rue de Belleville à Paris 19ème . Elle s’est trouvée «en dépôt à la mairie du 19ème», tout le côté de la rue de Belleville où se trouvait le n°31 ayant fait place à de grands immeubles neufs.

  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.

Sources

  • Archives en ligne de Paris, état civil, élections, recensement.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne le 22 mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Internés au camp d’Aincourt / Archives de la police / BA 2374
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d’Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • ©1940-1945, La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris, Ouvrage présenté par l’ANACR 19ème, Ed. « Le temps des Cerises ».

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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