Matricule « 45.713 » à Auschwitz  

Fernand Lafenêtre : né en 1904 à Saint-Maixent l’Ecole (Deux-Sèvres) ; domicilié à Boulogne-Billancourt (Seine) ; électricien ; communiste ; arrêté comme otage le 28 avril 1942 ; ; interné au camp de Compiègne ;  déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 24 août 1942.

Fernand Lafenêtre est né le 8 février 1904 à Saint-Maixent l’Ecole (Deux-Sèvres).

Le 21, rue d’Aguesseau

Il habite au 21, rue d’Aguesseau à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts de Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marguerite, Juliette Bizard, 26 ans (née en 1875), sans profession et d’Arthur Lafenêtre, 34 ans (né en 1869), boucher, son époux. Ses parents habitent au 33, place du Marché à St Maixent-l’Ecole.

En 1925, il s’inscrit sur les listes électorales de Boulogne Billancourt : il est électricien, domicilié au 20, rue d’Aguesseau, avec ses parents, qui y demeurent encore en 1936. Son père est alors mécanicien.
Il épouse Yvonne, Julienne Auber le 29 octobre 1938 à Boulogne-Billancourt (elle est née le 19 mars 1900 à Lille. Elle décède en 1953 à Paris 10ème).

Fernand Lafenêtre est électricien aux « Glacières de la Seine », 45, rue de Meudon à Boulogne-Billancourt. On sait qu’il est connu comme militant communiste par la police française en raison de sa date d’arrestation.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Il est arrêté comme otage communiste par 4 soldats allemands le 28 avril 1942. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le
département de la Seine : elle vise des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris.
Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Le 6 juillet 1942, il est dans le même wagon que Louis Boccard qui commence à écrire une lettre à son épouse en gare de  Compiègne. Il la jettera sur le ballast et elle sera ramassée par des cheminots, et postée. Lire dans le site l’article : les Lettres jetées du train. « 9 heures moins le quart et le train
s’ébranle à l’instant, ainsi que l’écriture. Nous sommes 45 par wagon, avec deux petites ouvertures et un vieux bidon pour nos besoins. Cà va sentir bon
plusieurs jours comme çà. Enfin faut pas s’en faire et le moral est toujours excellent
. Il donne les noms de camarades qui sont dans le même wagon que
lui : Burette (Léopold Burette), Moyen (Raymond Moyen), un petit gars  de la Chaussée du Pont nommé Guilbert (Marcel Guilbert, dit « Mickey »), un
de la rue d’Aguesseau
(il s’agit de Fernand Lafenetre), Platteaut (Marcel Platteaut),Henri Duplat (Henri Duplat) etc…etc… »

Depuis le camp de Compiègne, Fernand Lafenêtre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

la porte d’entrée du camp d’Auschwitz

Fernand Lafenêtre est très probablement enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45713». En effet, selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, le déporté qui porte ce numéro, et dont le nom manque, est mort à la même date que Fernand Lafenêtre. Or compte tenu de
l’ordre alphabétique celui-ci devait logiquement recevoir ce numéro.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Fernand Lafenêtre meurt à Auschwitz, le 24 août 1942 d’après le certificat de décès rédigé au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 685). Jusqu’à cette année, le ministère de la Défense n’a pris en compte, ni sa déportation, ni sa date de décès à Auschwitz.

Sources

  • Acte d’état civil (naissance) de Saint-Maixent-l’Ecole.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Val de Fontenay et Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d’Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .

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