Daniel Barberousse à Auschwitz
le 8 juillet 1942

Matricule « 45.196 » à
Auschwitz

Daniel Barberousseest né le 3 juin
1920 à Saint-Cyr-l’Ecole (Seine-et-Oise / Yvelines), où il habite, 11 Passage
Danton, au moment de son arrestation.

Il
est le fils d’Emilie Germain et d’Henri Barberousse, son époux.

Après
le certificat d’étudespratiques et deux ans de cours professionnels, Daniel
Barberousse obtient le Brevet professionnel. Il est embauché comme dessinateur
industriel aux établissements Eugène Bauche, au Chesnay. 

Daniel
Barberousse est adhérent des Jeunesses communistes. Il est secrétaire du cercle
des Jeunesses communistes de Saint-Cyr en 1939, jusqu’à la dissolution des
organisations communistes (26 septembre 1939)

N’étant
pas mobilisé, il poursuit son activité militante après l’interdiction des
organisations communistes. Il est filé par la police qui le soupçonne d’être à
l’origine des distributions de tracts dans la commune.

Le vendredi 14 juin 1940, l’armée allemande occupe Versailles. Le
grand état-major allemand du Maréchal Von Rundstedt s’installe à Saint-Germain-en-Laye.Une Kommandantur provisoire
est installée à Chatou, 20 avenue des Tilleuls dans les jours suivants. En
novembre 1940, elle est déménagée au 18-20 boulevard des Etats-Unis, au Vésinet.

Daniel Barberousse est arrêté le 25 décembre 1940 par la police française. Inculpé d’infraction aux
articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est mis à la disposition du
procureur de Versailles. Il est condamné par le tribunal correctionnel de
Versailles le 21 mars 1941 à 3 mois de prison
qu’il effectue à la maison
d’arrêt de Versailles. A la date d’expiration normale de sa peine
d’emprisonnement, le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevalier, ordonne son
internement au CSS d’Aincourt le 27 mars 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Il
y est transféré le 28 mars. Lire dans le blog : Le
camp d’Aincourt
.

Comité des loisirs du bâtiment A2

Le 27 juin 1941, quatre-vingt-huit internés d’Aincourt,
dont Daniel Barberousse, sont transférés au camp allemand de Compiègne(Le Frontstalag 122). Ils ont tous été désignés par le directeur du camp avec
l’aval du préfet de Seine-et-Oise. 

A Compiègne, il est
affecté au bâtiment A2 et reçoit le matricule 863.

Le
23 décembre 1941, son nom est inscrit sur la liste de recensement des 131
jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, «aptes à
être déportés à l’Est», en application de l’avis du 14 décembre 1941 du
commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV – 198).

Daniel Barberoussefait partie du Comité des Loisirs du bâtiment A2, comme
en témoigne le compte rendu reproduit ci-contre d’une réunion tenue le 29 avril
1942 (carnet de Guy Lecrux). Lire dans le blog : Le
« Comité » du camp des politiques à Compiègne
.

Pour
comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les
deux articles du blog :La politique
allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
et«une déportation
d’otages
».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Daniel Barberousseest
déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» 
(1170 déportés immatriculés à
Auschwitz dans la série des matricules « 45.000 » et
« 46.000 »). Ce convoi d’otages composé, pour
l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et
syndicalistes dela CGT)
et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur
enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles
allemandes destinées à combattre, en France, lesJudéo-bolcheviksresponsables, aux yeux de Hitler, des actions
armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et
des soldats dela Wehrmacht,
à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du
transport :Compiègne-Auschwitz
: 6-8 juillet 1942
.

Daniel Barberousseest
enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45196»
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens
polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.Lire dans le
blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée
au camp principal, 8 juillet 1942
  et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

L’entrée du camp

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal.  

Le 13 juillet il est
interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs
ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement
la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement
et à la construction des Blocks. Le 12 août 1942, il entre au Revier (« infirmerie » du Block 20, le block des contagieux). Daniel Barberousse meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp
d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 52 et©Mémorial et Musée
d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

L’arrêté
du 11 août 2006 paru au Journal Officiel du 17 octobre 2006 portant apposition
de la mention «Mort en déportation»
sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Daniel Barberousse porte une
date et un lieu erronés « décédé le
30 juin 1943 à Munich (Allemagne)
 ». Il serait souhaitable que le
ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son
certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire
dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite
dans les «Death books» et celle
portée sur l’acte décès de l’état civil français)Les dates de décès
des « 45000 » à Auschwitz
.

Une
rue de St Cyr honore son nom et Daniel Barberousse est cité sur le site de la
municipalité dans l’histoire de la ville : «Occupation allemande. La résistance s’organise… Petite ville,
Saint-Cyr-l’Ecole paiera un lourd tribut à la libération du territoire. Jean
François et André Cordier, 17 et 18 ans, fusillés, Daniel Barberousse, Roger
Henry, morts en déportation. Bernard Chappelier, tué en mission en 1944
».

Une
plaque honore son nom au cimetière de Saint-Cyr. Elle reprend la date
«officielle» erronée.

  • Note 1 : L’internement
    administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939,
    qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de
    nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé,
    « des individus dangereux pour la
    défense nationale ou la sécurité publique
     ». Il est aggravé par le
    gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le
    décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de
    « tous individus dangereux pour la
    défense nationale ou la sécurité publique
    « . Les premiers visés sont
    les communistes.

Sources  

  • Mémoire
    de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp
    d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université
    de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des
    Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Le Maitron, Dictionnaire
    biographique du mouvement ouvrier français
    , Claude Pennetier (dir), Edition
    informatique 2012.
  • Liste
    des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922,aptes à être déportés à l’Est 23/12/1941 (archives du CDJC.
    XLIV-198).
  • Death
    Books from Auschwitz
    (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau,
    1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de
    décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et
    le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier
    national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains
    (DAVCC), Ministère dela
    Défense
    , Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste
    (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les
    historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des
    victimes des conflits contemporains (Ministère dela Défense, Caen) indiquant
    généralement la date de décès au camp.
  • Témoignages
    de Guy Lecrux sur le camp de Compiègne.
  • Attestation
    de la mort de Daniel Barberousse (Henri Peiffer).
  • Fichier
    central ACVG, octobre 1993, Caen.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état
    Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.
  • © SiteLes plaques commémoratives, sources de Mémoire.

Notice biographique  rédigée par Claudine Cardon-Hamet,
docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6
juillet 1942
», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6
juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000
(épuisé), à l’occasion de l’exposition de l’association «Mémoire Vive» sur les
“45000” et “31000” des Yvelines. Installée sur le blog en 2013,
complétée en 2016 et 2018. Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle
de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous
pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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