Matricule «46.234» à Auschwitz   Rescapé

Louis Faure : né à Paris 14ème en 1921 ; domicilié à Issy-les-Moulineaux (Seine) ; imprimeur ;  communiste ; arrêté le 25 janvier 1941 ; condamné à deux ans de prison, ramenés à un an en appel ;  interné à Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Flossenbürg ; rescapé ; décédé le 19 mars 2005.

Louis Faure est né à Paris (14°) le 3 janvier 1921. Louis Faure habite au 24, avenue Ernest-Renan à Issy-les-Moulineaux (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il habite au 27, rue Juge à Paris 15ème à son retour des camps.
Il est le fils de Marie, Louise Jabin et de Jacques, Eugène Marie, Faure, son époux. Son père, né à Sardent (Creuse) le 1er mai 1891, est cocher.
Il habitera au 27 rue Juge à Paris 15ème à son retour des camps (ce logement est occupé en 1936 par Edouard Faure, né à Royan en 1912, et sa famille (recensement de 1936), logement dont Jacques Faure (son père) donne l’adresse en 1935 lors de son inscription sur les listes électorales du 15ème ).
« Petit-Louis » est ouvrier imprimeur à Issy-les-Moulineaux, chez Desfossés, 13 quai Voltaire, où il travaille avec Henri André, qui sera arrêté le même jour et déporté comme lui dans le même convoi vers Auschwitz.
Louis Faure est membre du Parti communiste et va continuer à militer après l’interdiction du Parti communiste et l’Occupation allemande. Conscrit de la classe 1941, il n’est pas mobilisable à la déclaration de guerre.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

25 janvier 1941 : registre journalier des RG

Un inspecteur des Renseignements généraux, en collaboration avec le commissariat de la Porte Saint-Martin, l’arrête rue Letellier dans le 15ème arrondissement le 25 janvier 1941. 

A une rue de distance se trouve – rue Fondary – l’imprimerie La Néogravure, où Maurice Petit et Fernand Lyauté fabriquent des faux papiers pour le P.C. clandestin depuis septembre 1940.

Tickets d’alimentation © musée de la Résistance virtuel

Les inspecteurs des RG. enquêtent sur une filière de fabrication de faux tickets d’alimentation impliquant des imprimeurs et ouvriers imprimeurs (à l’époque le Parti communiste clandestin utilise ces tickets comme vecteur de propagande en direction des jeunes chômeurs).
Ils trouvent également des tracts anti-allemands au domicile de Louis Faure.
Le commissaire de police l’inculpe de « vol de tickets d’alimentation et possession de tracts communistes » et d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute) puis le défère au procureur. En attente de jugement, Louis Faure est placé en détention provisoire au Dépôt de la Santé.
Le 17 mars 1941, la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à deux ans de prison et 100 F d’amende. Il fait appel de la sentence.

Le 5 (ou le 25 avril), Louis Faure est transféré et écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes. Le 26 mai 1941, la Cour d’Appel de Paris (10ème chambre) réduit sa peine à un an de prison et 100 F d’amende (émettant un avis favorable à la réduction de peine, car le vol n’a pas été effectué pour appropriation personnelle). Au lieu d’être libéré à sa levée d’écrou, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne le 25 octobre 1941 son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1).

Liste du CSS Rouillé

Le 10 novembre 1941, Louis Faure, qui a été maintenu entre temps au Dépôt de la préfecture de Paris est interné au CSS de Rouillé (2).  Il est transféré à Rouillé avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.

CSS de Rouillé © VRID

Le 18 mars 1942, il fait partie d’un petit groupe de 15 jeunes communistes du camp de Rouillé qui – à la demande des autorités allemandes – sont transférés au camp allemand de Royallieu à
Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otages. Il s’agit d’Henri André, Marcel Algret, Maurice Alexis, Jean Bach, Roger Desjameau, Louis Faure, René Faure, Georges Guinchan, Gaston Jouy, Henri Migdal, René Louis, Marcel Nouvian, Roger Tessier, qui seront tous
déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Jean Valentin sera déporté à Buchewald. André Giraudon sera fusillé à Compiègne le 10 mai 1942.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Louis Faure est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6

Depuis le camp de Compiègne, Louis Faure est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Louis Faure est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46234» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras
gauche quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s’en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…) Pierre Monjault.
Imprimeur de métier Louis Faure est affecté à Auschwitz 1 au Kommando Druckerei (imprimerie). Il est témoin de l’horreur au quotidien,
décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz). La plupart des « 45000 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l’année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943.

En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Louuis Faure, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz (140 « 45000 » environ), reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du site  « les 45000 au block 11.  Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois d’un régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, les « 45000 sont, pour la plupart, renvoyés dans leurs Kommandos et Blocks d’origine.

Louis Faure affecté au Kommando Druckerei (imprimerie), imprime « en six exemplaires – des fiches d’arrestation, des avis de décès et un nombre incalculable d’imprimés  destinés aux SS et à leur administration » (René Besse).

Même s’il y est souvent battu, il y est au chaud. Il s’y retrouve avec trois autres 45000 » également imprimeurs de
métier, Clément Brioudes et Marcel Claus (René Besse y arrivera après la quarantaine au Block 11). Devenus des « vieux numéros », les Kapos les laissent tranquilles.

Le 13 septembre 1944, date confirmée par les historiens, ils sont témoins du bombardement de Monowitz par les Alliés. Une bombe tombe sur un des bâtiments d’Auschwitz où travaillaient des tailleurs et des cordonniers Juifs. Tous sont tués, sauf l’un d’entre eux, qui a la jambe cassée et que René Besse met à l’abri après l’avoir sorti des décombres.

Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le site , « les itinéraires suivis par les survivants ». 

Camp de Flossenbürg

Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.

D’Auschwitz, Louis Faure est transféré à Flossenbürg. Le 31 août 1944 il y reçoit le n° matricule « 19896 ». Le 28 décembre 1944, il est affecté à l’un des 73 Kommandos extérieurs : Altenhaummer. Louis Faure reste au camp jusqu’à sa libération le lundi 23 avril par les soldats du 538ème régiment
de la 90ème division d’infanterie américaine.
Son rapatriement, via Longuyon, s’effectue le 4 mai 1945.
A son retour à Paris il vient habiter au 27,  rue Juge à Paris 15ème, logement de ses parents.

Le 27 septembre 1947, il épouse Simone, Jeanne, Angèle Orain à Paris 15è.
Il a été homologué Déporté politique le 27 juillet 1961.

Louis Faure est homologué (service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 217922) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL).
Il habite à Saint-Maurice-sur-Aveyron (Loiret) dans les années 1980 selon Georges Dudal.
Des recherches effectuées par M. Daniel Depaux, premier adjoint au maire du bourg, ami de mon mari, n’ont pas permis d’en trouver mention.

Louis Faure est décédé le 19 mars 2005 à Trocy-en-Multien (Seine-et-Marne).

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.

Sources

  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992 et dossier individuel, novembre 1993.
  • © Photo des renseignements concernant Louis Faure extraite de la Liste des militants communistes internés administrativement au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941. Archives de la police /C – 331 – 24.
  • Archives de la Préfecture de Police, juin 2012.
  • « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Les Ardents éd. 2009.
  • Tickets d’alimentation © ADD fonds Vincent-Beaume
  • Le CCS de Rouillé. In site © Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  •  Camp de Flossenbürg, History of Holocaust.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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