Sa fiche à Buchenwald
Sa fiche à Dachau

Matricule « 45845 » à Auschwitz    Rescapé

Maurice Martin : né au Raincy (Seine) en 1913 ; domicilié à Gentilly (Seine) ; fumiste-chauffagiste ; communiste ; arrêté le 15 septembre 1941 ; interné à Rouillé, Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Buchenwald, Dachau ; rescapé.

Maurice Martin est né au Raincy (Seine / Seine-St-Denis) le 13 janvier 1913. Il habite dans les HBM du 162, rue de l’Haÿ (rue Gabriel Péri actuelle), à Gentilly Seine / Val-de-Marne au moment de son arrestation. Inaugurés en 1932, ces HBM sont la première cité ouvrière de la ville (il y habite après 1936). Il est le fils de Louise, Alexandrine  Demets, 22 ans, née le 16/11/1890 à Bondy, blanchisseuse et d’Albert, René Martin, 24 ans, né le 21/10/1888 à Villemomble, fumiste, son époux. Ses parents se sont mariés le 30/12/1911, à Romainville.

Les premiers HBM de Gentilly, 1932

Maurice Martin épouse Réjane, Aîmée Garrigaux, le 28 mars 1936 à Livry-Gargan. Le couple a un garçon, Jacques, né en 1936.
­Maurice Martin est fumiste-chauffagiste de profession, employé de l’Assistance Publique à l’Hôpital de Bicêtre (au Kremlin-Bicêtre, Seine / Val-de Marne).

Il est membre du Parti communiste après avoir été membre des J.C à Livry-Gargan (rapport des Renseignements généraux).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

Pendant l’occupation, en mai 1941, il est désigné comme « responsable du mouvement du Front National pour la banlieue Sud de Paris, en particulier au Kremlin-Bicêtre » (certificat de Maurice Meunier, 30 avril 1954). Après-guerre, Maurice Martin dit avoir participé à l’incendie de camions des Usines Panhard (Paris-13°) stationnés boulevard Masséna…
Maurice Martin est arrêté le 15 septembre 1941, à son travail, par des policiers des Renseignements Généraux, pour « réception, détention, distribution de tracts d’inspiration communiste« . Interrogé par des inspecteurs de la BS 1, ceux-ci, qui l’ont filé quelques jours auparavant, affirment connaître les lieux où il s’est rendu régulièrement pour des rendez-vous clandestins : mairie et jeux de boule. Ce qui est plausible… mais guère convaincant !
Maurice Martin est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute). Il est détenu au dépôt de la Préfecture. Lors de son procès, le 6 octobre 1941, il bénéficie d’une ordonnance de non-lieu : néanmoins, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif (1) au CSS de Rouillé le 18 octobre 1941 (2).

Fiche du CSS de Rouillé

Le 10 novembre 1941 il est transféré au camp de Rouillé avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Maurice Martin (n°125 de la liste) y figure et n’est pas rayé. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (3) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Maurice Martin dans un document figurant dans son dossier au DAVCC, a néanmoins situé son transfert à Compiègne le 24 février 1942. Sauf erreur de la part du service, il est donc possible que l’administration du camp de Rouillé n’ait pas supprimé son nom de la liste du 22 mai, comme elle l’a
fait pour d’autres militants. 

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Maurice Martin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens

responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitzle 8 juillet 1942 sous le numéro «45845» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal.

Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s’en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…) Pierre Monjault. Fumiste de profession, Maurice Martin est de ceux-là.
Il est témoin de l’horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz).

Dessin de Franz Reisz, 1946

La plupart des « 45.000 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l’année 1942, ils ne sont
plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943.

En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Maurice Martin, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le site : Le droit d’écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article « les 45000 au block 11.
Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, Maurice Martin est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être évacués vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent).

Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.Lire dans le blog , « les itinéraires suivis par les survivants »et les noms des
déportés de ces groupes.

 

Les mines de sel de Kochendorf

Maurice Martin est dans le deuxième groupe. Il est évacué sur le camp de Sachsenhausen le 29 août 1944. Puis il est évacué sur le camp de  Kochendorf (kommando dépendant de Natzweiler-Struthof), situé sur le Neckar à 50 km de Stuttgart, (mines de sel transformées en usines souterraines pour la construction des V2), où il arrive le 5 octobre 1944  avec Georges Gourdon, Henri Hannhart, Germain Houard, Louis Jouvin, Lahoussine Ben Ali, Guy Lecrux, Gabriel Lejard.

Alors que ses camarades seront évacués fin mars 1945 sur Dachau où ils arrivent le 8 avril 1945, Maurice Martin est transféré à Innsbruck (un des 123 kommando de Dachau) le 2 février 1945. Il y reçoit le matricule « 140 440 ». Concernant le camp de Kochendorf, lire dans le site les souvenirs de Gabriel Lejard. Récit : d’Auschwitz à Kochendorf et les marches de la mort de Kochendorf à Augsburg, puis Dachau

Plaque hôtel Lutétia

Le camp est libéré en avril 1945 par l’armée américaine. Maurice Martin est rapatrié le 21 mai et il arrive à Paris à l’Hôtel Lutétia. Sa fiche au DAVCC porte la mention « bon état général ».

Au recensement de 1946, il est indiqué chef de famille, vivant seul avec son fils, Jacques. Il a en effet divorcé d’avec Réjane Garrigaux, jugement de divorce prononcé le 5 juin 1946.

Maurice Martin épouse en secondes noces Yvette, Emilienne Barbedette, le 8 avril 1947 à Saint-Marceau (Ille-et-Vilaine).
Il a témoigné, avec Francis Joly, sur le sort de ses camarades de l’usine Sanders de Gentilly, et celui d’autres militants, comme Ernest Rossignol.
Il est homologué « Déporté résistant » (sa demande, qui lui est refusée en 1954, a été agréée en 1955. N° 1001 25 702).

Maurice Martin décède le 31 décembre 1968 à Saint-Hilaire-du-Harcouet (Manche). Il n’avait que 55 ans.

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. /In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François,
    Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit
    libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.

Sources

  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374Liste des « militants communistes internés administrativement, transférés au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941 ». C-331-24.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), par dérogation aux Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen décembre 1992, Val de Fontenay, novembre 1993. Au dossier, on trouve un rapport de Maurice Meunier, responsable du Front National, qui atteste de l’appartenance de Maurice Martin à ce mouvement « dès mai 1941 » (pièce datée du 30 avril 1954).
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Correspondance avec Monsieur R. Ossart, président de la FNDIRP de Gentilly, septembre 1989.
  • Photo des HBM rue de l’Haÿ (collection Pierre Cardon).
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Mines de sel de Kochendorf, AK Kochendorf, Steinsalzwerk, Schacht König Wilhelm II

Notice biographique installée en septembre 2013 (complétée en 2018 et 2020) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.