Roger Guy

Immatriculation à Auschwitz, 8 juillet 1942 

Photo identifiée par Georges Dudal

Matricule 45648 à Auschwitz

Roger, Gustave Guynaît le 23 août 1909 à Paris (6ème). 

Il habite un petit pavillon au 55, avenue des Familles, à Joinville-le-Pont (Seine / Val-de-Marne) au moment de
son arrestation. 

Il est le fils d’Elise Gaillot, née le 23 octobre 1881 à 19ème, couturière, et de Gustave Guy son époux. Son père est né le 1er août 1873 à Boujailles (Doubs). Il est caoutchoutier, puis avant la guerre 1914, il travaille à la Société du Gaz de Paris. Ses parents se sont mariés le 27 décembre 1904 à Paris.

La famille vit au 10, rue des Entrepreneurs à Saint-Ouen au moment de la naissance de Roger Guy. En 1907, ils déménagent au 232, rue de Crimée à Paris 19ème.

En 1908, ils habitent au 102, rue de l’Ourcq à Paris 18ème. En 1914, ils ont déménagé au 83, rue Ordener, toujours dans le 18ème.

Après guerre, ils reviennent au 102, rue de l’Ourcq.

Et en 1921, ils sont domiciliés rue Belliard dans le 18ème.

Célibataire, Roger Guy qui est « allé jusqu’au Brevet
élémentaire
 », est représentant pour une agence d’architectes (à Compiègne
et Auschwitz, Georges Dudal et Raymond Montégut le croyaient instituteur. « Un intellectuel, un chic type »dit Jojo
Dudal).

Il travaille à l’agence Mario Haymann 2, rue
d’Uzès à Paris 12ème (devenue en 1940 l’agence
Anger-Heymann-Puccinelli) au moment de son arrestation.

Roger Guy est secrétaire des Jeunesses
communistes de Joinville-le-Pont.

Il effectue son service militaire entre 1929
et 1930 (période d’un an).

En 1936, son père est retraité du Gaz. La famille est venue s’installer à Joinville-le-Pont, entre 1931 et 1936, dans un petit pavillon au 55, avenue des Familles.

Roger Guy est mobilisé à la déclaration de
guerre : il effectue un an de service armé (sa classe, 1909 et celles de 1910
et 1911 ont été libérées plus tôt que les autres).

Le 14 juin 1940, l’armée
allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population.
La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du
commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur
les Champs-Élysées. Elles occupent la banlieue parisienne les jours
suivants. 

Démobilisé le 28 juillet 1940, Roger Guy reprend
contact avec ses camarades communistes d’avant-guerre, notamment Robert Deloche
du même âge que lui (futur maire de Joinville à la Libération) et qui vient lui
aussi d’être démobilisé. Ils participent à la reconstitution du Parti
communiste à Joinville. Roger Guy est surveillé par les Renseignement généraux.

Il vit au moment de son arrestation avec sa mère, veuve, et impotente (elle décédera en 1967).

Roger Guy est arrêté le 5 octobre 1940par la police française dans le cadre
de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement
de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre
de la région parisienne : les militants parisiens sont
regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le
préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle
de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants
communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont
envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940.

Lire dans le blog Le
camp d’Aincourt

Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5
octobre 1940»
reçue par la direction du camp, figurent (ci-dessus) des mentions
caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Roger Guy on
lit : « 31 ans. Ex secrétaire des
Jeunesses communistes. Militant actif et propagandiste notoire s’emploie
à la reconstitution des anciennes cellules de Joinville et participe à la
propagande clandestine 
».

Il est inquiet du sort de sa mère et il écrit
en ce sens au Préfet de la Seine, Charles Paul Magny. Il lui signale les
difficultés qu’elle éprouve à s’acquitter des « prestations en nature »
auxquelles la contraint l’administration en place à Joinville en échange de l’allocation
de secours qu’elle lui verse.

Le commissaire de Police Andrey, directeur du
camp – qui n’est certainement pas suspect de complaisance à l’égard des
communistes – lui a confié l’encadrement des jeunes internés de moins de 20 ans…
Et se déclare satisfait de l’attitude de Roger Guy au point de transmettre au
Préfet de Seine-et-Oise un avis positif pour une libération. Fernand Devaux qui
fait partie du « dortoir des jeunes » à Aincourt dira « Roger Guy n’a fait aucun excès de zèle en terme
de discipline, restant un camarade très estimé
 » (citation recueillie par l’Association Mémoire Vive auprès de Fernand Devaux).

Le CSS de Voves © VRID

Le 5 mai 1942 il est transféré au CSS de
Voves (Eure-et-Loir) avec 148 autres internés en provenance d’Aincourt. Il y
est enregistré sous le matricule n° 401.

Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai
1942, le chef de la Verwaltungsgruppe
de la Feldkommandantur d’Orléans
envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de
Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à
la demande du commandement militaire en France. Roger Guy figure sur la première
liste.

Sur les deux listes d’un total de
cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du
camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes
pris en charge par l’armée d’occupation
.La prise en charge par les gendarmes allemands s’est
effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette
ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers
ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer
qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que
demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se
mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises.
Cinq
jours plus tard après son arrivée à Voves, Roger Guy est donc transféré au camp
allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).

A Compiègne, Roger Guy reçoit le matricule
5698. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour
comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les
deux articles du blog :La politique
allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
et«une déportation
d’otages
».

Cf Article du blog : Les
wagons de la Déportation

Depuis le camp de Compiègne, Roger
Guy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
 Ce
convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages
communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus
du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel
d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants –
de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits
communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées
à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables,
aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste
clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le
récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz
: 6-8 juillet 1942
. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet
1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet
1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros
« 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des
45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce
matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute
demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans
le blog : Le
KL Aushwitz-Birkenau
.

Roger Guy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420». 

Ce numéro a pu être validé en retrouvant le témoignage de Georges Dudal recueilli par Roger Arnould. « Jojo » qui était lui aussi au dortoir des jeunes d’Aincourt (la « DJ »), puis à Voves et Compiègne, a formellement identifié sa photographie d’immatriculation retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».

Après l’enregistrement, Roger Guy passe la
nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux
pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau,
situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est
interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs
ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement
la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement
et à la construction des Blocks.

Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée
par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de
savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Raymond Montégut situe son
décès vers l’automne 1942. Et de fait Roger Guy meurt
à Auschwitz le 30 septembre 1942
d’après le certificat de décès établi
au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 415 et le site internet©Mémorial et Musée
d’Etat d’Auschwitz-Birkenau
) où il est mentionné avec ses dates et lieux de
naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Roger Guy est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».

Un arrêté ministériel du 2 avril 1992 paru au
Journal Officiel du 23 mai 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et
jugements déclaratifs de décès de Roger Guy en reprenant la date de décès de
l’état civil d’Auschwitz.

Son nom est honoré sur le monument aux morts
du cimetière de Joinville.

  • Note 1: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à
    Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les
    archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André
    Montagne, vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources  

  • Recensement de la population à Joinville, 1931 et 1936.
  • Registre matricule militaire de son père aux archives de Paris.
  • Fichier national de la Division des archives des
    victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
    Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Témoignages cités de Georges Dudal et Raymond
    Montégut.
  • Archives de la Préfecture de police
    de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • CSS
    d’Aincourt, Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt
    d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone
    occupée. dir. C. Laporte. Université de
    Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des
    Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Stéphane Fourmas,Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 –
    mai  1944
    , mémoire de maîtrise,
    Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau,
    1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de
    décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et
    le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site InternetMemorialGenWeb.
  • Photo d’immatriculation à
    Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau /©collection
    André Montagne.

Notice biographiqueinstallée en novembre 2013 (mise à jour en 2020) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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