Gabriel Puech © Maurice Nilès, maire de Drancy
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 46.025 » à Auschwitz

Gabriel Puech : né en 1899 au Pré-Saint-Gervais (Seine) ; chaudronnier, galochier, employé municipal comme régisseur ; arrêté le 5 octobre 1940 ; interné aux camp d’Aincourt, de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Gabriel Puech est né le 29 avril 1899 au Pré-Saint-Gervais (Seine / Seine-Saint-Denis). Il habite au 17, rue Pierre Curie à Drancy au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Anastasie, Rosa Raban et de Jean, Baptiste Puech, 28 ans, sellier. Déclaré par son père à sa naissance, il est légitimé et reconnu par leur mariage le 21 décembre 1917. Il habite alors chez ses parents au 31, grande-rue au Pré Saint Gervais.
Son registre matricule militaire nous indique qu’il mesure 1m 71, a les cheveux châtain foncé, les yeux marron, le front rectiligne et le nez vexe. Lors du premier conflit mondial, conscrit de la classe 1919, matricule « 5008 », il devance l’appel et s’engage dans la Marine le 3 octobre 1917 à la mairie du 8ème arrondissement de Paris. Il est incorporé au 5ème dépôt des équipages de la flotte à Toulon. Il passe matelot de 2ème classe puis 1ere classe mécanicien. Il est embarqué à bord d’un sous-marin. Il est « en mer » du premier janvier au 11 novembre 1918. Il est démobilisé le 3 octobre 1920, certificat de bonne conduite accordé.

Croix du combattant volontaire

Il est décoré de la Croix du combattant volontaire. Il revient alors habiter chez ses parents au 31, Grande-rue au Pré Saint Gervais.
Il travaille comme chaudronnier, puis galochier (artisan fabriquant de galoches, sabot au dessus en cuir et à la semelle en bois), puis mécanicien. Gabriel Puech est chaudronnier en 1921.

Il épouse Aimée Claire, Marie, le 3 décembre 1921 au Pré-Saint-Gervais. Elle est sans profession, née à Paris 19ème. Elle est comme ses parents, galochiers, domiciliée également au 31, Grande rue Pré Saint Gervais. Le couple a deux enfants (dont Robert né en 1922).

La Platrière des frères Letellier © Dessin Rossi

Gabriel Puech travaille d’abord chez les Frères Letellier, fabricants de plâtre à Claye-Souilly, localité où habite le couple au 61, rue Gabriel Voisin.

Il est adhérent au Parti communiste.  Gabriel Puech est embauché comme employé communal (ouvrier d’entretien) à Drancy le 1er septembre 1935, ville où la liste du Parti communiste a été élue le 5 mai 1935 au premier tour avec 4511 voix. Il devient ensuite régisseur du garage municipal. En 1936 les deux parents et Robert sont domiciliés au 16, rue de la République à Drancy.

Gabriel Puech, père de famille de deux enfants, réserviste ramené à la classe 1914 pour cette raison est rappelé sous les drapeaux à la déclaration de guerre et mobilisé le 2 septembre 1939 : il est affecté à une formation territoriale (Compagnie de sapeurs-ouvriers de la Seine 17).

Le 14 juin 1940, l’armée allemande occupe Drancy et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). L’ancienne cité de la Muette est occupée dès le 14 juin par les troupes allemandes : les lieux servent de camp d’internement pour des prisonniers de guerre et des civils étrangers (Frontstalag 111). La Préfecture de police y crée le 20 août 1941 un camp destiné aux Juifs. 4.230 hommes dont 1500 Français, raflés à Paris entre le 20 et le 25 août, sont les premiers internés juifs du camp de Drancy.

Gabriel Puech est démobilisé fin juillet 1940 et reprend son travail à la Ville de Drancy. Il reprend contact avec ses anciens camarades et participe à la propagande communiste clandestine à Drancy. Comme il était un militant communiste connu, il est surveillé par le commissariat de police de Drancy – appliquant les directives du Ministre de l’Intérieur Peyrouton – comme sont surveillés d’autres communistes drancéens, notamment les anciens élus.

Aincourt : Motifs de son arrestation, note des Renseignements généraux

Le 5 octobre 1940, Gabriel Puech est arrêté par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont
regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars au camp d’Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940 (lire dans le site : Le camp d’Aincourt).

Gabriel Puech  est révoqué le 12 octobre 1940… il est déjà interné au camp d’Aincourt

Gabriel Puech est interné administrativement (1) ce même jour avec deux cheminots communistes drancéens, Albert Beugnet et Henri Gateau et un conseiller municipal, Roger Pigalle. Il est également possible qu’un autre employé communal, Pierre Médrano (il est mentionné par Claude Pomier, président de l’ADIRP Drancy, fils de Jean Pomier), ait été arrêté ce même jour (il est déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen, où il meurt le 13 mars 1943).

Gabriel Puech est affecté à la chambre 46 à Aincourt. Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7).
Pour Gabriel Puech on lit : « Ex employé communal sous la municipalité communiste. Se livre à la propagande clandestine ». Albert Bostviger, qui le 4 octobre 1939 est le premier adjoint de la « Délégation spéciale » désigné par le Conseil de Préfecture pour remplacer le Conseil municipal élu, est nommé maire de Drancy par Vichy : il prétexte de l’arrestation de Gabriel Puech pour le révoquer le 10 octobre, supprimant ainsi son salaire à sa famille.

A Aincourt, le commissaire Andrey, le directeur du camp dont le zèle anticommuniste est connu, émet un avis négatif à une éventuelle mesure de
libération le concernant (la durée de l’internement administratif est à la discrétion des préfets), explicitant ce refus comme il le fera pour une
majorité d’internés : s’il lui reconnait une « attitude correcte »… il considère qu’il  « suit les directives du Parti communiste ».
Le 10 mars 1941, Marie-Aimée  Puech sollicite une autorisation de visite du préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevalier.

Camp de Rouillé : les motifs arrestation envoyés par les RG

Le 6 septembre 1941 Gabriel Puech est transféré au Centre d’Internement Administratif (CIA) de Rouillé pour l’ouverture de ce camp, au sein d’un groupe de 150 internés. Lire dans ce site :  le camp de Rouillé ‎.
Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des
internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui de Gabriel Puech. Ces
dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre 1941 (doc
C-331.24). Les motifs renseignés sont identiques que ceux envoyés au directeur
d’Aincourt (avec l’emploi de l’imparfait au lieu de présent « se livrait ») : « Ex employé communal sous la municipalité communiste. Se livrait à la propagande clandestine ».

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Gabriel Puech (n° 151 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il est transféré arrive au camp de Royallieu à Compiègne. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gabriel Puech est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «46025 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules.
Ce numéro a pu être validé en comparant la photo en civil de Gabriel Puech et celle du déporté « 46025 », photographié le 8 juillet 1942.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp Gabriel Puech est affecté à cette date, ni sa date de décès.

Dans les années d’après-guerre, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 15 décembre 1942 sur la base du témoignage de compagnons de déportation. Son décès survient avant la mi-mars 1943 (date à laquelle les survivants de Birkenau du convoi du 6 juillet
1942 sont ramenés à Auschwitz I).
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et donne une date fictive pour son décès « 15 décembre 1942 à Auschwitz ». Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire un mois probable de décès.

Gabriel Puech est homologué (GR 16 P 493169) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .

Plaque en Mairie
Ancienne rue de Saigon

Après-guerre, le Conseil municipal de Drancy donne son nom à l’ancienne rue de Saigon. Il est également honoré sur la plaque commémorative intitulée « le personnel communal à leurs camarades morts pour la France ».

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 3: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 63.
  • Renseignements et photo en civil, courrier du Maire, Maurice Nilès, février 1991.
  • Mémoire : La vie des Drancéens de 1939 à 1945. Edition Papyrus Drancéen, section Dimémé. P. 132, photo de l’arrêté de licenciement.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Aincourt, premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Archives du CSS d’Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuel consultés en octobre 1992.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • ©Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2014,  2019, 2020 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

2 Commentaires

  1. Bonsoir
    Merci pour cette biographie de mon grand père Gabriel…..je peux éventuellement vous donner d’autres compléments d’informations si vous le désirez
    Bien à vous
    Catherine PUECH

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