Matricule « 46.177 » à Auschwitz

Alexandre Varoteaux : né en 1905 à Cuirieux (Aisne) ; domicilié à Paris 20ème ; chef de station TCRP, communiste ; arrêté le 28 avril 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 26 janvier 1943.

Alexandre Varoteaux nait à 8 heures, le 7 mars 1905 à Cuirieux (Aisne). Au moment de son arrestation, il habite au 102, boulevard Davout à Paris (20ème), un immeuble de type HBM, à 500 m du métro Porte de Montreuil.
Il est le fils de Maria, Léonie Collier, 27 ans, ménagère, née le 29 janvier 1878 à Cuirieux, et de Louis, Narcisse Varoteaux, 32 ans, né le 3 janvier 1873 à Chivres-en-Laonnois, domestique de culture, son époux. Il a trois sœurs (Simone, Léonie et Ernestine) et trois frères (Moïse, Pierre né en 1910, Louis, Emile né en 1913 et Amédée)
Alexandre Varoteaux épouse Fernande, Marcelle Proust le 10 septembre 1927 à Clamart. Elle a 21 ans, femme de chambre, née le 24 août 1906 à Marboué (Eure-et-Loir).  Elle est domiciliée au 116, rue Marie Fichet à Clamart. Alexandre Varoteaux a 22 an, est « employé du Métropolitain » et habite au 54, cours de Vincennes à Paris 12ème. Le couple aura 8 enfants.

D’après le témoignage de Georges Gallot rescapé du convoi, lui-même employé à la STCRP depuis 1937,
Alexandre Varoteaux est employé du Métro, chef de station à la station Gambetta (la STCRP, Société des transports en commun de la région parisienne qui deviendra la RATP).
Sa mère, Maria Varoteaux décède en 1936.

Le couple vient habiter le 102, boulevard Davout après le recensement de 1936, sans doute en 1937, puisque

Le 102, Bd Davout

c’est à cette date qu’Alexandre Varoteaux est inscrit sur les listes électorales de l’arrondissement. Ils habitent non loin du domicile d’Emile Reinhard, un des responsables du 2ème Rayon de Paris, qui sera déporté avec Alexandre Varoteaux à Auschwitz et du domicile clandestin (au 119) de Félix Cadras, membre du Comité central du Pcf, fusillé au Mont Valérien le 30 mai

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Avec l’Occupation, une importante activité clandestine se développe au sein du personnel de la STCRP dont les conditions de travail sont considérablement dégradées et en direction des usagers : les longs couloirs et les correspondances du Métro favorisent les inscriptions et les graffitis. Des réseaux de Résistance se développent dès 1940, comme le réseau Noël. Des sabotages et des attentats ont lieu en 1941 (le plus célèbre étant celui de Fabien le 21 août 1941). La police et les occupants réagissent brutalement à de nombreuses reprises (Lucien Noël est fusillé le 24 janvier 1942).
Alexandre Varoteaux militant communiste connu de la direction de la STCRP et des Renseignements généraux, est surveillé, comme ses camarades anciens communistes (plusieurs d’entre eux arrêtés dès octobre 1940 et juin 1941 seront déportés à Auschwitz).
Alexandre Varoteaux est arrêté sur son lieu de travail au Métro le 28 avril 1942 dans le cadre de la même grande rafle qui concerne Georges Gallot et Miguel Martin du 20ème. La rafle vise des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).
Alexandre Varoteaux est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), où il reçoit le matricule « 4232 ».  Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Son épouse effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (1) au DAVCC).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
A la mi-juillet son épouse  reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi :
« Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d’autres nouvelles du détenu« .

Depuis le camp de Compiègne, Alexandre Varoteaux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Alexandre Varoteaux est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46177» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Alexandre Varoteaux restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Alexandre Varoteaux entre à plusieurs reprises à « l’infirmerie » de Birkenau (les 1er et 27 novembre, le 8 décembre 1942). Il meurt à Auschwitz-Birkenau le 26 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1273 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Un arrêté ministériel du 2 mai 2001 paru au Journal Officiel du 8 juillet 2001 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait« mort le 6 juillet 1942 »à Compiègne porte encore une date erronée « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz », soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz. Les 6 mois de calvaire qu’il passe à Auschwitz avant son décès le 26
janvier 1943 doivent être pris en compte par un nouvel arrêté reprenant la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau et site internet du Musée d’Auschwitz). Lire dans le site Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.
Alexandre Varoteaux est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1957.

Lire l’article du site : Ceux de la « TCRP » (RATP en 1949)

12 employés de la TCRP sont déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942 : BIFFE Joseph , DELAUME Edmond , JARDIN Victor , GALLOT Georges, GAUDEFROY Elie , GAUDY Gaston , GUILLOU Alexandre , KERMEN Joseph , MONTAGNE André , PELISSOU Roger , PLATTEAUT Marcel , VAROTEAUX
Alexandre

  • Note 1 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.

Sources

  • Témoignage de Georges Gallot recueilli par (1973).
  • Mairie de Cuirieux (1993), acte de naissance.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Wikimédia
  • © Street wiew
  • © Site Internet Généanet.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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