Charles Bonnel, le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Charles Bonnel en 1932

Matricule « 45273 »
à Auschwitz

Charles Bonnel : né en 1906 à Paris 11ème ; plombier, communiste ; domicilié à  Rosny-sous-Bois (Seine - Seine-Saint-Denis) ; arrêté le 26 octobre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 12 août 1942.

Charles Bonnel est né le 7 novembre 1906 au domicile de ses parents au 30, rue Saint-Sébastien à Paris 11ème.
Il habite au 14, rue de Paris (aujourd’hui rue du 4ème Zouaves) à Rosny-sous-Bois (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation en 1940.
Il est le fils de Cécile, Marguerite Reymondaz, 20 ans, passementière et d’Émile, Henri Bonnel, 26 ans, estampeur, son époux. Il a un frère cadet, Jean.
La famille habite au 176, rue du Château (Paris14ème en 1907 et au 20, rue Jean Baudin, Paris 15ème en 1914.
En 1927, à la suite d’une confrontation avec la police, on lui donne le choix entre une peine de prison ou un engagement anticipé pour la Légion étrangère, ce qu’il choisit. 

Le 14, rue de Paris à Rosny

Libéré de la Légion, il devient plombier et il se marie le 29 novembre 1930 à Rosny-sous-Bois avec Marie Anne Kessler (1907-1989). Elle est née le 10 mars 1907 à Vieux Thann (Haut-Rhin). Le couple a un enfant.
En 1932, Charles Bonnel épouse à Rosny-sous-Bois Mireille Hachmann, née en 1907, âgée de 25 ans, militante communiste.

Charles Bonnel et Mireille Hachmann le jour de leur mariage

Syndicaliste, Charles Bonnel est actif au moment des grèves de 1936. Il est employé à l’Union des syndicats, 10, Boulevard Magenta à Paris 10ème.
Il semble avoir été un des secrétaires de la section communiste de Rosny.

Légende de la photo de famille : En haut à  gauche, Charles  Bonnel. Au centre, sa mère, Cécile, Marguerite Garrigues (remariée). En haut à droite son frère, Jean Bonnel. En bas à droite, sa demi-sœur, Gisèle Garrigues. Au centre la grand-mère maternelle, Laure Paux.
Le petit garçon est le fils de son jeune frère, Jean Bonnel, lui même se prénommant Jean (d’après la légende de madame Cratz Roalety, fille de Gisèle Garrigues).

On ignore si Charles Bonnel est mobilisé à la déclaration de guerre, mais sa classe (1926) est mobilisable.
Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Pantin. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Rosny dépend d’une Kommandantur installée à Nogent-sur-Marne. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Suivant les instructions du régime de Vichy, et devant la recrudescence de distributions de tracts et d’inscription communistes dans l’Est parisien, la police surveille systématiquement les militants communistes connus de ses services avant-guerre. On sait qu’au début de l’Occupation, il est connu des RG pour se livrer, selon leur formule « à une active propagande »…
Après la grande rafle du 5 octobre 1940, opérée par la police française avec l’accord de l’occupant à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne (plus de 300), la répression va continuer, car si les RG se sont félicité de ces arrestations, la propagande communiste a continué. Le 26 octobre une nouvelle rafle de 38 militants est décidée : 12 d’entre eux seront déportés à Auschwitz en 1942.

Charles Bonnel fait partie de cette deuxième rafle : il est arrêté par la police française à Rosny le 26 octobre 1940 après que le Préfet de la police de Paris ait signé son internement administratif  en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Dossier 103.823, il est alors conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise). Lire dans le site Le camp d’Aincourt. 

Son nom est indiqué sur une liste de transfert de détenus d’Aincourt prévus pour Compiègne. Le 11 février 1942, il fait partie d’un groupe de 21 internés (2)
qui est transféré d’Aincourt au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).

A Compiègne, il cache des outils pour le creusement d’un premier tunnel « qui ne vit pas le jour » (son nom est cité dans la préface signée par André Tollet du livre de Charles Désirat « Nous nous sommes évadés de Compiègne le 22 juin 1942« ). Lire dans le site à propos du tunnel qui permit l’évasion de 19 internés : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Charles Bonnel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Depuis le wagon à bestiaux qui l’emporte vers Auschwitz, Charles Bonnel fait comme de nombreux déportés : il jette sur la voie quelques feuillet au départ ou lors d’un des arrêts dans une gare française. Sa famille le recevra. Lire : Les lettres jetées du train par les déportés.
Il a écrit à son épouse sur deux feuillets, sur lesquels – comme pour la plupart de ceux que les familles nous ont transmis – il cherche à la rassurer, ainsi que ses proches.  

Lettre jetée sur le ballast / 1

Il écrit : « Compiègne, le 6 dans le train. Ma chérie. Aujourd’hui nous partons, transférés pour une destination inconnue, avec 6 jours de vivres. Ne te fais pas de mauvais sang, je suis en bonne santé, le moral est bon. Peut-être seras-tu pendant quelques temps sans nouvelles de moi. Un mois ou deux. Ne te désespères pas. Gardes toujours l’espoir de me revoir. Dis à Maman que je pense bien à elle, ainsi qu’à toute la famille. Donnes le bonjour à tout le monde. Reçois ma chérie, mille baisers de celui qui t’aime et ne t’oublieras ». Il note l’adresse de son épouse au milieu de la page, et poursuit en lui recommandant de parler à sa demi-sœur, Gisèle Cratz, née Garrigues :  « Embrasses bien Gisèle, et dis lui qu’elle soit bien gentille avec toit le monde, et que son frère ne faiblira pas ». 

La personne qui a trouvé les feuillets et qui les a postés, a ajouté ces quelques mots qui laissent à penser qu’il peut s’agir d’un cheminot qui a recueilli plusieurs messages et complété les informations.

« Lettre reçue d’un train qui est parti ce matin 6 juillet, vers 9 h 30. Destination vers l’Allemagne. Le train transportait 1200 prisonniers civils. 45 dans chaque wagon à bestiaux, presque complètement fermés. Chaque homme a reçu deux boules de pain, soit une ration pour 6 jours. Le moral est très bon en général. Ayez confiance et gardez l’espoir en la
victoire finale. Un français qui est de tout cœur avec vous
« .

Lettre jetée sur le ballast / 2
Mot de la personne ayant trouvé la lettre sur le ballast / 3

Depuis le camp de Compiègne Charles Bonnel est
déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» 
(1170 déportés immatriculés à Auschwitz dans la série des matricules « 45.000 » et « 46.000 », d’où le nom « convoi des 45000 » que les rescapés se sont donné).
Ce convoi d’otages composé, pour
l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et
syndicalistes de
la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht,
à partir d’août 1941. Lire dans site le récit des deux jours du transport :
Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

Il est immatriculé le 8 juillet 1942

Charles Bonnel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45273» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Son matricule sera tatoué sur son avant-bras
gauche quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Plombier de métier, Charles Bonnel retourne au camp principal. Assigné au Block 15, il est affecté au très dur Dachdecker-Kommando (Kommando des couvreurs) selon le témoignage de Georges Guinchan. Il y travaille avec celui-ci, Edouard Beaulieu (père) de Rosny, Marcel Delozanne, Louis Jouvin.
Auguste Monjauvis affecté à la DAW, se souvient l’avoir rencontré le soir au retour des Kommandos.
Charles Bonnel meurt à Auschwitz le 12 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 117 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). En relevant ces dates sur le Totenbuch (livre des morts) André Montagne a noté qu’il y a ce jour-là 205 morts à l’appel du soir et 44 à l’appel du lendemain matin. Parmi eux treize « 45.000 » le 12 août et cinq le 13 août.
Un arrêté ministériel du 26 août 1987 paru au Journal Officiel du 30 septembre 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil.
Charles Bonnel est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1954.

Plaque commémorative de la FNDIRP

Charles Bonnel est homologué (GR 16 P 71458) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
Son nom figure dans la liste des Civils Morts pour la France sur le monument commémoratif
de la ville. Il est honoré sur la plaque installé à l’initiative de la FNDIRP en mémoire des 56 rosnéens arrêtés par les autorités allemandes et dont 22 ne sont pas rentrés des camps.

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939,
    qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : La liste est datée du 11 février 1942. Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René
    (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou
    Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger, Petitjean René.
  • Note 3 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources 

  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993, relevé Pierre Cardon.
  • Mairie de Rosny, 9 mars 1992. Société d’Histoire de Rosny, correspondance avec MM. N. Paillot et A. Buisson (19 mai 1992).
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • 14 Rue de Paris © Google Street View.
  • Courriel de sa nièce, madame Evelyne Cratz Roalety que je remercie vivement : envoi de photos de famille, photos des lettres jetées depuis le train, photos du livre de Charles Désirat (27 et 28 novembre 2020)

Notice biographique mise à jour en 2013, 2019 et 2022 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l’occasion du 60ème anniversaire
du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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