DR Famille
Émile Degobertière : né en 1896 à Azérables (Creuse) ;  à Gentilly (Seine / Val-de-Marne) ; cultivateur, infirmiers ; conseiller municipal communiste de Gentilly ; arrêté le 26 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 10 octobre 1942.

Émile, Moïse Degobertière est né le 6 septembre 1896 à Azérables (Creuse).  Au moment de son arrestation, Emile Degobertière est domicilié au 2, rue Aristide Briand à Gentilly (Seine / Val-de-Marne).
Il est le fils de Mélanie Gorgeon, 32 ans, sans profession et de Lucien Degobertière, 37 ans, maçon, son époux. Le couple habite Mondolan, lieu-dit de la commune d’Azérables. Lors du recensement de 1901, Baptiste a 5 ans : il habite à Mondolan avec ses parents, ses grand-parents, âgés de 72 ans, et sa sœur Lucie, 13 ans, et ses deux frères aînés, Emile, 12 ans et Baptiste, 10 ans.
Conscrit de la classe 1916, Emile Degobertière est mobilisé par anticipation le 8 avril 1915. Il est versé au sein des forces françaises de l’armée d’Orient. Il participe aux campagnes de Roumanie et de Serbie. Il obtient la médaille commémorative d’Orient, Roumanie-Serbie (source DAVCC).
Rendu à la vie civile, Emile Degobertière, qui travaille comme cultivateur, épouse Marie Charron à Azérables, le 7 février 1920. Le couple aura cinq enfants (trois filles et deux garçons).
La famille Degobertière vient s’installer à Gentilly, impasse Thiberville.

Les HBM années 1930
HBM de la Cité des Anciens combattants

Puis, en tant qu’ancien combattant, Emile Degobertière obtient un logement des HBM
de la « Cité des Anciens Combattants », au 2, rue Aristide-Briand, construits en 1930 (sans doute par une Mutuelle d’Anciens combattants – selon Actuacity) et réservés aux anciens combattants (Le Maitron). Georges Beaugrand, militant actif de l’ARAC, dirigeant communiste qui sera élu maire de Gentilly dès 1934, est également logé à cette même adresse. En 1931, Emile Degobertière est infirmier à l’Hospice du Kremlin-Bicêtre, commune limitrophe de Gentilly.  Il est membre du Parti communiste et milite dans son quartier à Gentilly.

L’Humanité du 13 mai 1935

Emile Degobertière est élu conseiller municipal de Gentilly le 12 mai 1935, sur la liste du « Bloc ouvrier et paysan » dirigée par Georges Beaugrand. La liste communiste avec 2 030 voix en moyenne obtient 27 élus.
Le 4 octobre 1939, le gouvernement Daladier promulgue un décret, en application de l’article 3 du décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine (dont Gentilly) et dans 34 en Seine-et-Oise « jusqu’à la fin des hostilités » et les remplace par des « délégations spéciales ».

Le Populaire du 17 février 1940

Emile Degobertière est déchu de son mandat le 5 février 1940 par arrêté du Conseil de Préfecture de la Seine, pour ne pas avoir « répudié catégoriquement toute adhésion au Parti communiste » selon la formule employée par la Préfecture à ces dates. Il est fiché par les Renseignements généraux comme « meneur particulièrement actif ».

Le 13 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht occupent Créteil et Fresnes le 15 juin (elles investissent la prison). Le 14 juin elles sont entrées dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le soir du 26 juin 1941, Émile Degobertière est arrêté sur son lieu de travail au Kremlin-Bicêtre pendant son service, selon le témoignage de son fils Maurice. Toutefois, il convient de noter que selon sa fiche au BAVCC, il
est arrêté à son domicile par la police française (Renseignements généraux). 
La liste des Renseignements
généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Emile Degobertière : « Meneur particulièrement actif ». 

Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste

Son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux
syndicaux et communistes commencée à partir du 22 juin 1941 (jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique), les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»).
D’abord amenés à l’Hôtel Matignon, 47 avenue de Varenne à Paris (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy), ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes.

Émile Degobertière est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122, administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande.
A Compiègne il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis. Sur la vie au camp de Royallieu lire dans ce site La solidarité au camp allemand de Compiègne. Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne et 22 juin 1942 : évasion de 19 internés
Depuis ce camp il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Emile Degorbetière est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45433 ? » incertain, figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de
lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz. Après l’enregistrement, Emile Degobertière, comme ses camarades, passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces).
Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Emile Degobertière meurt à Auschwitz-Birkenau le 10 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218 et le site interne t© Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
L’arrêté ministériel du 28 octobre 1988 portant apposition de la mention Mort en déportation sur son acte de décès, paru au Journal Officiel du 10 mars 1988, porte encore la mention « décédé le 13 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il conviendrait que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d’Auschwitz, à la mort d’un détenu) et les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Emile Degobertière a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».
« La Vie Nouvelle », hebdomadaire du PCF de Gentilly, du 13 octobre 1945 lui a rendu hommage. Son épouse est élue conseillère municipale de Gentilly le 13 mai de la même année.

Son nom est inscrit sur le monument de la Déportation situé dans le carré militaire du cimetière de Gentilly : « A la mémoire de ceux de Gentilly exterminés par les Nazis dans les camps de la mort et qui n’ont pas de tombe » et sur le monument aux morts de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.

Sources

  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC
    ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 et dossier personnel la même année.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014. Notice
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et
    le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Office for Information about Former Prisoners, registres des Blocks.
  • © Site Internet Généanet.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • @ Photo d’Emile Degobertière in site Mémoire Vive, d’après photo de famille. Droits réservés.
  • HBM 2014, in © Google Street View.
  • HBM années 1930 © Actuacity.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par
    l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique mise à jour en juillet 2015 (complétée en 2020 et  2022) à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l’occasion du 60ème  anniversaire du départ du convoi (publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil).  Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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