Germain Feyssaguet le 8 juillet 1942

Matricule « 45.539 » à Auschwitz

Albert Feyssaguet : né en 1912 à Saint-Sulpice-les-Bois (Corrèze) ; domicilié à Levallois-Perret (Seine) ; chauffeur de Taxi ; syndicaliste, communiste ; arrêté le 9 octobre 1940, condamné à 4 mois de prison (Santé, Fresnes); interné aux camps d’Aincourt, de Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 4 mars 1943.

Germain, dit Albert Feyssaguet est né le 31 mai 1912 à Saint-Sulpice-les-Bois (Corrèze).
Fils d’une famille de cultivateurs, il est domicilié 132, rue Aristide Briand à Levallois-Perret (ancien département de la Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Anna Sirordeix, cultivatrice, âgée de 30 ans et de Jean-Baptiste Feyssaguet, cultivateur, âgé de 32 ans, domiciliés à Chaveroche.
Albert Feyssaguet a un frère aîné, Alfred, né en 1911 et une sœur cadette, Simone, née en 1915. Ils ont deux demi-frères, Lucien et René (du côté de leur père Jean-Baptiste d’une première union avec Maria Brunerie).
Albert Feyssaguet exerce la profession de chauffeur de taxi (1) et il est membre de la chambre syndicale des cochers chauffeurs, comme Paul Faurie.
Il adhère au Parti communiste en 1935.
Il s’est marié à Levallois le 15 novembre 1938 avec Marie-Louise Patient. Le couple est sans enfant.
Conscrit de la classe 1932, il est mobilisé à la déclaration de guerre fin 1939.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Connu comme communiste, Albert Feyssaguet est arrêté le 9 octobre 1940, à Levallois, pour distribution de « tracts communistes » par deux inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (Lire dans le site La Brigade Spéciale des Renseignements généraux).

Registre journalier de la BS1 / archives Préfecture de police de Paris

Lors de la perquisition à son domicile sont trouvés 40 numéros de l’Humanité clandestine. La BS a appréhendé le même jour et pour le même motif un autre ancien communiste levalloisien,
Aimé Doisy. Un autre militant levalloisien, André Montagne a été arrêté le même jour par des agents du commissariat de
Levallois.

Le camp dAincourt Blog de Roger Colombier

Germain Feyssaguet et ses deux camarades sont envoyés au Dépôt de la Préfecture de police de Paris. Ils sont tous trois inculpés d’infraction au
décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute). Le 15 octobre Aimé Doisy, Germain Feyssaguet et André Montagne sont condamnés par la 12èmechambre correctionnelle à une peine de prison de quatre mois pour « propagande clandestine ». Ils sont écroués à la Santé, puis à Fresnes le 28 octobre 1940.
A l’expiration de sa peine Albert Feyssaguet est interné administrativement le 10 ou 17 janvier 1941 au camp au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Lire dans le site : Le camp d’Aincourt.
Son épouse y reçoit un droit de visite qui lui est notifié le 27 mars au commissariat de Levallois. Puis il est interné au camp de Voves le 26 avril 1942. Lire dans le site : Le camp de Voves.

Le camp de Voves

Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Grmain Feyssaguet figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique que « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Le directeur du camp a fait supprimer auparavant toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Albert Feyssaguet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45539 ».

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Son nom apparaît sur l’un des registres de l’infirmerie de Birkenau à la date du 6 janvier 1943.

Albert Feyssaguet meurt à Birkenau, le 4 mars 1943, d’après les registres du camp. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé la date de son décès au 1er janvier 1942 (J.O. 2009b02073-02077) – date forcément inexacte puisqu’à cette date il est encore incarcéré à Fresnes !

Les membres de sa famille ont multiplié les démarches pour avoir de ses nouvelles : ainsi son frère Alfred, prisonnier de guerre rapatrié à écrit en décembre 1942 à De Brinon (délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés) et reçu une réponse dilatoire le 4 janvier 1943.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Albert Feyssaguet est homologué (GR 16 P 223256,) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
Son nom est honoré sur le monument aux morts de sa commune de naissance.

Le nom d’Albert Feyssaguet est également honoré au Cimetière communal de Levallois-Perret, à gauche du rond-point précédant le monument aux Morts. « La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine – En hommage à ses camarades chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République« . Cette plaque commémorative installée sur un monument funéraire, a été fleurie chaque année de sa mandature par Parfait Jans, Député, maire de Levallois de 1965 à 1983 (3). Ancien métallo inscrit sur la liste noire patronale, il était devenu chauffeur de taxi avant d’être élu.

  • Note 1 : il y a six chauffeurs de taxi parmi les « 45000 » de Levallois :  Maxime Collet , Aimé Doisy, Paul
    Faurie
    , Germain Feyssaguet, Jean-Baptiste LoryJean Marétheux. C’est à partir des souvenirs recueillis auprès de son mari, ancien « taxi » de Levallois, que madame Faurie a pu nous le préciser. Après les grèves de 1938, plusieurs de ces militants communistes se font embaucher à la « G7 » comme chauffeurs de taxi, après avoir été licenciés de leurs entreprises où ils étaient ébénistes, comptables, électriciens…
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.
  • Note 3 : Mon mari, Pierre Cardon, suppléant de Parfait Jans à l’Assemblée nationale, l’y a accompagné à plusieurs reprises.

Sources

  • Témoignage de Madame Faurie, le 12 juillet 1972, veuve de Paul Faurie (45530), ancien chauffeur de taxi à Levallois.
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau du 1.11.1942 au 15. 07.1943. Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste – incomplète – par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Courrier de Madame Claude Feyssaguet (novembre 2005, petite nièce de Germain Feyssaguet).

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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