Alphonse Marie en 1935 © Michel Marie
Alphonse Marie : né en 1889, à Maisy (Calvados) ; domicilié à Saint-Jacques de Lisieux (Calvados) ; sous- chef de canton SNCF ; communiste ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 septembre 1942

Alphonse Marie est né le 24 novembre 1889, à Maisy (Calvados). Il habite au « Point du jour » à Saint-Jacques de Lisieux (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Eugénie, Armandine Jollery, 20 ans, journalière et de Jules Gustave Marie, 26 ans, maçon, son époux. Il a un frère cadet, Albert, né le 4 février 1892. En 1896, la famille au Hameau Poix, à Grandcamp-les-Bains.
Sa mère décède en 1899. Son père s’est remarié en 1903. Alphonse et Albert ont un demi-frère, Marcel, né le 8 février 1904 à Trévières, où habite la famille recomposée.
Alphonse Marie travaille comme sémaphoriste, lorsqu’il signe le 9 mai 1910 à la Mairie de Caen un engagement volontaire de trois ans.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 61, a les cheveux et les yeux bruns, le nez moyen et le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée). Il rejoint le 1er Régiment de Zouaves à Alger le 14 mai. Le 29 avril 1911 il passe au « Maroc en guerre » (opérations militaires) jusqu’au 4 avril 1913 (il est nommé sergent clairon le 9 octobre 1911). Il a obtenu la médaille du Maroc (agrafe Maroc, décret du 15 mai 1912). Son engagement terminé, il est placé dans la Réserve de l’armée active, le 9 mai 1913, avec un certificat de bonne conduite. Il se retire à Littry (Calvados), chez M. Venet (19 octobre 1913).
Il déménage à Campigny, en Basse Normandie, chez M. Guilbert (Saint-Côme du Mont, Calvados, mars 1914).

Croix de guerre avec étoile de bronze

A la déclaration de guerre, il est « rappelé à l’activité » (décret du 1er août 1914) et il rejoint le 1er Régiment de Zouaves le 4 août. Du 3 au 12 août, il est au Dépôt, mais très tôt son régiment part « aux armées » (du 13 août au 14 septembre 1914). Le 15 septembre 1914, il est blessé par balle à l’épaule gauche, au Gothard. Evacué à
l’hôpital d’Angoulême du 15 septembre au 15 octobre 1914, il retourne « au Front à sa demande » le 1er
novembre 1914. Le 17 décembre 1916, il est cité à l’ordre du Régiment « A rempli à la satisfaction de ses chefs les fonctions de brancardier auxiliaire. Il s’est particulièrement distingué au bois de … (la mention manque) ». A cette date son régiment est près de Verdun.
Pendant une permission, il épouse Marie, Armandine Madelaine, le 5 novembre 1917 à Grandcamp-les-bains (Calvados). Elle est née le 15 septembre 1897 à Grandcamp-les-Bains, « occupée au ménage » et habite avec sa mère dans le quartier de la gare(décédée le 17/02/1946)

Alphonse Marie et son épouse Marie, Armandine, Madelaine

Alphonse Marie « clairon au 1er Zouave, en permission régulière », est domestique, domicilié à Trévières, à moins de20 kilomètres. Le couple a cinq enfants (Alexandre né le 24/12/1918, Maurice né le 09/08/1921, Albertine née le 15/07/1924, Paulette née le 09/11/1925, et Marcelle née le 07/11/1930).
Alphonse Marie est au front jusqu’au 17 juillet 1918 date à laquelle il est à nouveau blessé par un éclat d’obus à l’aine droite (combats de Longpont dans l’Aisne). Il reste à l’hôpital jusqu’au 5 octobre 1918. Hospitalisé le 18 juillet 1918, il est de retour au front le 6 octobre 1918 jusqu’au 11 novembre 1918. Il demeure sous les drapeaux du 12 novembre 1918 au 31 janvier 1919.
Il a reçu la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Leur premier enfant, Alexandre, naît en 1918 à Grandcamp. En 1919, il est embauché comme poseur de rails aux Chemins de fer, à Le Merlerault (Orne), près d’Argentan, et se trouve « Affecté spécial » dans cet emploi au titre de la Réserve militaire. Alphonse Marie sera sous-chef de canton à la SNCF. En 1921, 1924 et 1925, naissent Maurice, Albertine et Paulette à Saint-Côme du Mont (Manche).
En 1929, le couple habite à Nonant, hameau de La Neuville, près de Bayeux (Calvados). En 1930 y naît Marcelle.
Il est membre du Parti communiste et militant. En 1934, il est candidat pour son parti pour le canton de Ryes. Seul candidat opposé au conseiller général sortant Dausac, il obtient 43 voix, contre 1238.
En Juin 1935, la famille vient habiter à Boisset-les-Prévanches (Pacy-sur-Eure) au n° 23 quartier Boisset-le-Village. A partir de novembre 1936, ils sont domiciliés à Saint-Jacques de Lisieux (au Point du jour).

Ouest-Eclair du 11 octobre 1937

En octobre 1937, il est à nouveau candidat aux élections cantonales pour le Parti communiste, cette fois-ci dans le canton de Cambremer, contre le Conseiller Radical indépendant sortant Louis Maurice qui est réélu au premier tour avec 841 vois, contre 35 à Auguste Marie et 2 voix au candidat socialiste. .

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la Basse Normandie est occupée le 19 juin. Les troupes de la Wehrmacht arrivant de Falaise occupent Caen le mardi 20 juin 1940. La Feldkommandantur 723 s’installe à l’hôtel Malherbe, place Foch. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.  Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les anciens élus ou militants communistes « notoires », et procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine.
Le domicile d’Auguste Marie est ainsi perquisitionné par la police mobile de Rouen, le premier juillet 1941,dans le cadre de la « répression de la propagande communiste« . Il est à l’époque sous-chef de canton à Lisieux. Rapport de la perquisition : « détenteur de tracts,
écrits, documents, photos et insignes, cachets se rapportant au Parti communiste et à l’ARAC
 » Association Républicaine des Anciens Combattants. 

Arrestations du 1er au 2 mai 1941

Alphonse Marie est arrêté comme otage communiste par la police française, dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, sur désignation de la Kreiskommandantur en raison des ses activités communistes passées. Le Commissaire de Police de Lisieux (09/05/1942) note : « était membre du Parti communiste depuis une quinzaine d’années et jusqu’à la déclaration de guerre, il était secrétaire de ce parti et propagandiste très actif « .

Listes d’arrestations des communistes arrêtés sur désignation de l’autorité allemande (Feldkommandantur 723) et remis à celle-ci le 3 mai 1942 (montage photo à partir du document de la Préfecture de Caen / CDJC).

Son arrestation est ordonnée en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Airan-Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43ème régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du 43ème RI.  Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.

Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos des deux sabotages de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard). 

Il est conduit à la gendarmerie, puis à la prison de Lisieux. A la demande de la Kreiskommndantur, Alphonse Marie est conduit le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Selon le témoignage d’Emmanuel Michel, cheminot comme lui, lorsque le train, après être passé par Mézidon,  s’arrête à Lisieux, « là encore, quelques amis, dont mon malheureux camarade Marie, travaillant au service de la voie, mort-là-bas, ont pu faire leurs adieux à leurs parents et amis » p 16 in « Auschwitz, antre du crime et du sadisme. Un réquisitoire ».   Alphonse Marie y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.

Liste envoyée aux RG à Paris

Le 15 mai 1942, la Feldkommandantur 723 écrit à la Pace Beauvau (siège des Renseignements généraux) pour obtenir des informations sur 8 cheminots dont Auguste Marie (reçue le 26 mai). Tous les huit seront déportés à Auschwitz, dont Auguste Marie. Georges Auguste, Georges Bigot, Albert Coispeau, Robert Dupont, André Huet, Pierre Lebreton, Alphonse Marie, Maurice Raux .
A la suite de l’arrestation de 27 cheminots du Calvados du 1er au 4 mai 1942 (dont 8 par tirage au sort), la Direction de la SNCF a sollicité l’intervention de l’ambassadeur
de France (De Brinon) qui écrit le 15 mai 1942 au Général commandant les forces militaires allemandes en France, soulignant l’impact de ces mesures sur le personnel cheminot très sollicité et en sous effectifs, et demandant leur révision (en vain). Auguste Marie fait partie de la liste mentionnée, avec sa fonction : sous chef de canton à Lisieux. Son épouse écrit au Maréchal Pétain le 24 juin 1942, faisant valoir que ses deux fils aînés sont Prisonniers de guerre et qu’elle reste seule avec ses trois filles âgées de 17, 16 et 11 ans.

Depuis le camp allemand de Compiègne administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Alphonse Marie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.  

Dessin de Franz Reisz, 1946

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45831 (?) » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Alphonse Marie meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après les registres du camp.

Alphonse Marie est homologué comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 394057.

Une plaque commémorative a été apposée le 26 août 1987 à la demande de  David
Badache
et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom d’Alphonse Marie est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l’initiative de l’association « Mémoire Vive », de la municipalité de Caen et de
l’atelier patrimoine du collège d’Evrecy. Elle est honorée chaque année. 

Sources

  • Registre matricule militaire, état civil, presse locale, archives numérisées du Calvados, recherches Pierre Cardon.
  • Contact avec les Archives municipales de Lisieux.
  • Liste des « communistes arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai sur désignation de l’Autorité Allemande (Kreiskommandanturen) et remis le 3 mai 1942
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, octobre 1993, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Mail de son arrière petit-fils, Michel Marie (© photo), 2017.

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2014, 2017, 2020 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive ». Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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