Matricule « 45.372 » à Auschwitz

Marcel Claus : né en 1917 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) où il est domicilié ; arrêté en avril 1939 ; écroué à Clervaux ; Melun et Fresnes ; interné aux Tourelles comme indésirable ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; rescapé ; décédé en 1973.

Marcel Claus est né le 8 octobre 1917 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) rue de l’équitation. Il habite au 20, rue du Colonel Courtot de Cissey à Nancy (3esection) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Georgette, Marie, Alexandrine Pierrard, 30 ans et de Georges, André Claus, 32 ans, imprimeur (margeur), son époux.
Il a cinq frères et une sœur (Paul, né en 1913, lithographe chez Humblot, Roger, né en 1919, lithographe chez Humblot, Jeanne, née en 1922, papetière chez Humblot, Henri, né en 1925 et René, né en 1928), tous nés à Nancy.
Il est imprimeur lithographe de profession, célibataire au moment de son arrestation (il épousera Cécile, Louisette Abel le 27 avril 1967 à Tomblaine, Meurthe-et-Moselle). Il travaille à l’imprimerie Stockert.

Conscrit de la classe 1937, il effectue son service militaire au 151e bataillon d’aérostiers à Épinal (Vosges) – le service militaire est repassé d’un à deux ans / loi du 17 mars 1936). Il est arrêté pour trois cambriolages commis alors qu’il est toujours sous les drapeaux – notamment à l’évêché de Nancy – entre le 1er avril et le 1er  novembre 1938, avec deux complices, dont un de ses frères. Il est écroué le 16 décembre 1938. Le 24 avril 1939, Il est condamné à trois ans d’emprisonnement, qu’il purge successivement aux Maisons centrales de Clairvaux, Melun puis Fresnes.
Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
A la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif le 16 décembre 1941 en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940 (1).Le 16 décembre 1941, il est extrait des locaux de la prison, et interné administrativement comme « indésirable » au Dépôt de la
Préfecture puis au centre de séjour surveillé des Tourelles, une ancienne caserne désaffectée.
Le 5 mai 1942, Marcel Claus est extrait des Tourelles avec treize autres internés administratifs de la police judiciaire, classés comme
« indésirables » (2), pour être conduit avec 20 autres internés – principalement communistes – et conduit à la gare du Nord. Les 34 internés (3) sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages.

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Claus est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Jean Quadri a raconté comment, après avoir avec plusieurs camarades réussi à percer un passage dans le plancher du wagon avec des lames de ressorts des leurs sommiers à Compiègne, Marcel Claus le plus mince d’entre eux se faufile sur la voie en gare de Metz.
Mais hélas, il est repéré, comme Jean Antoine Corticchiato  et ramené par les sentinelles allemandes dans le wagon de queue du convoi. Lire dans le blog Les évadés du train du 6 juillet 1942.

Marcel Claus est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45.372» (4) selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Il est affecté au Kommando « Neubau » (maçonnerie, entretien des édifices neufs), avec Jean Quadri qu’il a connu aux Tourrelles.
Atteint de dysenterie, Marcel Claus décide de ne pas aller à l’infirmerie, où les détenus du camp savent que les malades y meurent faute de médicaments. Mais il est épuisé et incapable de travailler, ce qui signifie une « sélection » vers la chambre à gaz à plus ou moins brève échéance. Jean Quadri et un autre détenu décident de l’aider à simuler le travail, le nourrissent et le sauvent ainsi d’une mort certaine.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, Marcel Claus se retrouve avec la quasi-totalité des Français survivants en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire
l’article du site « les 45000 au block 11
. Il y reprend des forces. Selon le témoignage de Jean Pollo, il s’est battu avec « Champagne » un jeune JC, cheminot à Reims (il ne peut s’agir que de Guy Lecrux, seul JC cheminot originaire de Reims présent au Block 11).
Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SSObersturmbannführer Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.
Marcel Claus, imprimeur de profession, est alors affecté au Block 23 et au Kommando Druckerei (imprimerie), comme René Besse.
Ils y retrouvent Louis Faure, dit Pt’it Louis, et Clément Brioudes imprimeurs de profession qui y étaient déjà affectés.
Même s’ils y sont souvent battus, ils y sont au chaud (encre et papier supportent mal le froid). Devenus des « vieux numéros », les Kapos les laissent relativement tranquilles.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, cette fois-ci au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz, pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog deux articles : Les 45000 pris dans le chaos des évacuations (janvier-mai 1945) et Itinéraires des survivants du convoi à partir d’Auschwitz (1944-1945)
Vingt-neuf  « 45000 » sont transférés le 28 août pour Flossenbürg dans un groupe de 31 détenus, trente autres  pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre. Trente-cinq « 45.000 » restent à
Auschwitz, dont Marcel Claus. Entre le 18 et le 25 Janvier, vingt « 45 000 » sont évacués d’Auschwitz vers le camp de Mauthausen 
ils sont enregistrés : Marcel Claus est parmi eux et reçoit le matricule « 116 621 ». Il s’y trouve notamment avec quatre « 45.000 » qu’il connaissait depuis les Tourelles : Clément Brioudes, (116 593),  Jean Antoine Corticchiato  (116 625), Jean Pollo (120 190), et Jean Quadri (117 190).

On ignore quel fut son itinéraire jusqu’à sa libération, mais il est vraisemblablement resté au camp et libéré le 19 mai 1945.
Henri Peiffer et René Besse l’ont vu à Nancy après la libération.
Il épouse Cécile, Louisette Abel le 27 avril 1967 à Tomblaine dans la banlieue de Nancy (Meurthe et Moselle). Marcel Claus a rendu visite à Jean Quadri à Nice, où celui-ci habitait.
Marcel Claus meurt à Nancy le 7 avril 1973.

  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif
    sans jugement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « droits communs ». La plupart des « droits communs » déportés dans le convoi du 6 juillet sont apparentés ou proches des milieux communistes.
  • Note 3 : les 34 des Tourelles transférés à Compiègne le 5 mai : Alessandri, Battesti, Becet, Brioudes, Brun, Cazorla, Chlevitski, Claus, Corticchiato, Delaume, Delville, Dupressoir, Fontès, Garré, Germa, Gorgue, Guerrier, Hanlet, Jeusset, Lavoir, Legrand, Monjault, Moyen, Nozières, Piazzalunga, Pollo, Porte, Remy, Quadri, Rouyer, Salamite, Schaefer, Steff, Trébatius.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (1992).
  • Témoignages d’Henri Peiffer et de Jean Pollo (cassette audio du 15 février 1991.
  • Archives de la préfecture de police de Paris, BA1837.
  • Etat-civil de la Mairie de Nancy (mars 1994), acte de décès.
  • Recensement de la population, 1936, Nancy.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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