Il est affecté au Kommando des « installateurs » à Auschwitz jusqu’au 29 août 1944, transféré à Flossenbürg où il arrive le 31
Georges Hanse le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.653 » à Auschwitz   Rescapé

Georges Hanse : né en 1912 à Beauvais (Oise), où il habite ; plombier-couvreur ; communiste ; arrêté le 10 août 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Flossenbürg, Leitmeritz, Prague ; rescapé ; décédé  le 7 avril 1974. 

Georges Hanse est né le 2 juillet 1912 à Beauvais (Oise). Il y habite, au 23 rue Jean Mazelles au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Isabelle, Jeanne Cresson, 22 ans, ouvrière en tapis et de Georges, Louis, Alphonse Hanse, 23 ans et demi, ouvrier en tapis, son époux. Ses parents sont alors domiciliés au 29, rue Têtard à Beauvais.
Il a une sœur cadette, Georgette Dusserre, née Hanse en 1923.
Le 10 octobre 1936, il épouse Geneviève, Madeleine, Georgette Manoy (1917-1993). Elle est née le 19 avril 1917 à Beauvais. Le couple a trois enfants. Georges Hanse exerce le métier de plombier-couvreur.
­Il est adhérent du Parti communiste (source police).
Dès le début juin 1940, l’Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements.
Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’Occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, « 
L’Oise allemande »). Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Paul Vacquier, nommé préfet de l’Oise par intérim le 22 mai 1940, au début de l’offensive allemande, cherche à partir de sa nomination définitive (5 septembre 1940) « à maintenir un semblant de souveraineté française à l’échelon local, ce qui lui vaut son départ en novembre 1942 » (in Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »).
Ainsi, lorsque le chef de la Feldkommandantur 580 (le Major général Paul Genée) à Amiens insiste auprès de lui pour que la fiche qui  été demandée à la Préfecture pour chaque interné pour activité communiste au Frontstalag 122,  indique « son activité politique antérieure (très détaillée si possible), ainsi que les raisons qui militent pour ou contre sa prompte libération du camp d’internement », Paul Vacquier écrit au Ministre secrétaire d’État à l’Intérieur pour lui transmettre ses inquiétudes par rapport à cette demande : « Étant donné que parmi les internés du camp de Compiègne une vingtaine déjà ont été fusillés en représailles d’attentats commis contre les membres de l’armée d’occupation, il est à craindre que ces autorités aient l’intention de se servir de mon avis pour désigner de nouveaux otages parmi ceux pour lesquels j’aurais émis un avis défavorable à la libération. Me référant au procès-verbal de la conférence des préfets régionaux du 4 février 1942, qui précise “qu’en aucun cas les autorités françaises ne doivent, à la demande des autorités allemandes, procéder à des désignations d’otages”, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me donner vos directives sur la suite qu’il convient de réserver à la demande dont je suis saisi… ».
Pendant l’Occupation Georges Hanse distribue des tracts du Parti communiste clandestin avec Jules Mercier.
Il est arrêté le 10 août 1941 par la police allemande à Saint-Just-des-Marais, à 3 km de Beauvais, dans un café où il se cachait. Selon sa sœur, il est arrêté sur « dénonciation et pour propos anti-allemands et son appartenance au Parti communiste« .
Conduit à la caserne Agel de Beauvais, il est interné le 11 août 1941 au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122).
Il y reçoit le matricule « 1546 » et figure sur la liste de recensement (décembre 1941) des internés du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 «aptes à être déportés à l’Est», en application de l’avis du 14 décembre 1941 du Commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV 198).

Le 13 avril 1942, le commissaire principal aux renseignements généraux de Beauvais a transmis au Préfet Paul Vacquier soixante-six notices individuelles concernant des internés au Frontstalag 122 à Compiègne, que le Préfet transmet au Feldkommandant. Parmi eux 19 seront déportés à Auschwitz.
Le 13 mai, le Préfet de l’Oise demande au secrétaire d’État à l’Intérieur d’intervenir pour la libération de 24 « personnes non susceptibles d’être dangereuses ». Parmi les noms figure celui de Georges Hanse, « communiste peu dangereux et peu actif ».
Mais il semble que le Préfet n’ait transmis que des renseignements concernant l’état civil, la parenté et la situation matérielle ».  Le 29 juin, le Préfet Paul Vacquier écrit à la Feldkommandantur 580 pour essayer d’obtenir la sortie du Frontstalag 122 de soixante quatre ressortissants de l’Oise – dont Georges Hanse – au motif  « qu’aucun fait matériel d’activité communiste n’a été relevé à leur encontre depuis l’arrivée des forces allemandes dans la région » , envisageant la possibilité d’interner certains d’entre eux « dans un camp de concentration français ». Son courrier restera sans réponse.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Georges Hanse est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45653 ». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.

Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Georges Hanse est affecté au Block 15 et au Kommando des « Installateurs » avec Georges
Gaudray
chargé par Eugène Garnier de prendre contact avec les Françaises déportées au camp des femmes par le convoi du 24 janvier 1943. Georges Gaudray raconte :  « Nous avons travaillé avec Georges Hanse et Willy Betz à la sortie du Block 11 au Kommando des
« installateurs ». Nous avons installé les WC dans le bloc où travaillaient nos camarades femmes – le Block Couture – où il y avait notre camarade Marie-Claude Vaillant-Couturier. Elle doit très certainement se rappeler de nous trois 
» (lettre du 10 avril 1972).
Lire dans le site L’aide des « 45.000 » aux femmes de Birkenau.
Sa sœur rapporte les paroles de Georges Hanse :  «Il avait travaillé aux fours crématoires et une fois il avait été mis en joue par un officier allemand pour avoir donné un coup de coude à un déporté nouvel arrivé qui n’avait pas enlevé son béret et qui ne connaissait pas l’allemand. Ce jour là la chance était de son côté, ils ont eu la vie sauve tous les deux».
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français
d’Auschwitz, l’autorisation d’écrire. Ces lettres sont rédigées en allemand et soumises à la censure.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Après la quarantaine, il entre en contact avec les déportées françaises quand il installe des sanitaires dans le Block de Marie-Claude Vaillant-Couturier à Birkenau. Lire L’aide des « 45 000 » aux femmes de Birkenau.

Lire dans le site, « les itinéraires suivis par les survivants ».

Carte du camp de Flossenbürg

Georges Hanse est transféré le 29 août 1944 à Flossenbürg où il arrive le 31 : il y reste un mois. Puis il est transféré vers le sous-camp de Leitmeritz (ouvert en mai 1944). Il est affecté au Kommando Richard à Leitmeritz (Litomerice République tchèque), dépendant de Flossenbürg. « Le 21 avril 1945, les premières évacuations du camp ont lieu. Leitmeritz (Litomerice) est en partie évacué le 28 avril 1945 par train vers Prague. Arrêt dans la banlieue de Prague. Des Tchèques apportent de la nourriture. Départ vers la gare de Prague-Werchonitz le 29. A l’arrivée à Prague, une impression de libération, certains s’évadent, aidés par les Tchèques qui soignent les plus épuisés. Les S.S. reviennent en fin de journée et se font menaçants. Différents convois se regroupent sur ce train : de Ravensbrück dont les femmes sillonnent l’Allemagne depuis le début Mars, de Buchenwald, etc… Le dimanche 6 mai, le convoi est toujours à l’arrêt.
Le départ a lieu le lundi après-midi en direction du Sud. Plusieurs haltes en rase campagne. Nouvel arrêt en gare d’Olbramovice où l’on dépose les morts. Après 36 h de stationnement, nouveau départ le 8 mai 1945 vers l’Autriche. Le convoi est bloqué, puis libéré par les partisans tchèques entre Velesin et Kaplice le 8 mai 1945 (in Association des déportés et familles de disparus de camp de concentration de Flossenbürg et kommandos).

Georges Hanse est rapatrié le 24 ou 25 mai 1945 par le Centre de Bourgogne.
Georges Hanse est homologué «Déporté politique» le 12 juin 1952.
André Montagne se souvenait de lui à Compiègne. Lui-même avait dit à sa sœur avoir connu Marie-Claude Vaillant-Couturier à Auschwitz.
Le couple Hanse-Manoy s’est séparé (jugement de divorce du 3 janvier 1949). Son ex épouse se remarie en 1965.
Georges Hanse décède d’un cancer du foie, le 7 avril 1974.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille en 1989, Madame Georgette Duserre, née Hanse , ainsi qu’une lettre l’accompagnant.
  • Bureau de la division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel, consulté en 1993).
  • André Montagne se souvenait de lui à Compiègne.
  • Archives d’Arolsen

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007, complétée en 2011, 2018 et  2021. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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