Matricule « 45798 » à Auschwitz

Joseph Llorens : né en 1896 en Algérie ; domicilié à Orléans (Loiret) ; ouvrier ferblantier, puis fumiste ; communiste ; arrêté le 19 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté et mort à Auschwitz

Joseph Llorens est né le 14 septembre 1896 à Cherchell à 100 km à l’ouest d’Alger (Algérie). Il habite au 76, rue Saint-Marc à Orléans (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Eulalie, Marie, Antoinette, Mari, 25 ans, née le 22 avril 1871 à Minorque (Baléares-Espagne) et de Pierre Llorens, cultivateur, 32 ans, né le 8 septembre 1861 à Ondara (Alicante-Espagne). Ses parents se sont mariés à Cherchell le 13 janvier 1894.
La famille déménage ensuite à Birkhadem (banlieue d’Alger).
Au moment du conseil de révision Joseph Llorens travaille comme ferblantier. Il mesure 1m 70, a les yeux marrons et les cheveux châtains. Conscrit de la Classe 1916, matricule 2966, circonscription de Birkadem, il s’engage dans l’armée pour quatre ans, à Alger, le 20 septembre 1917, au 121ème Régiment d’artillerie lourde. Le 1er mai 1918, il est affecté à la 51ème batterie du 109ème RAL, puis aux 143ème et 104ème RAL (au 1er  groupe le 25 janvier 1919). Le 1er  juillet il est nommé brigadier et le 9 mars 1920, maréchal des logis. Le 10 janvier 1921, il est affecté à l’Armée du Levant et au  274ème le 1er mars. Il est libéré du service actif le 21 septembre 1921 « certificat de bonne conduite » accordé.
Le 4 octobre 1921, à Châteaudun (Eure-et-Loir), il épouse Thérèse, Yvonne Hallot, lingère. Elle y est née le 16 août 1897. Le couple habite au 10 rue Saint-Valérien à Châteaudun. Ils ont trois enfants : Roger, Pierre, né le 20 septembre 1923 à Châteaudun, Odette, Renée, née le 24 mai 1925, et Nicole Raymonde, née le 30 septembre 1933, tous deux à Orléans.
En avril 1925 la famille habite au 17 bis, quai neuf à Orléans. Joseph Llorens travaille alors comme fumiste ou monteur en chauffage.
En 1936 les Llorens ont déménagé au 76, rue Saint-Marc à Orléans. Joseph Llorens est alors ouvrier fumiste chez Terrasse.
Il est membre du Parti communiste.
Le 5 septembre 1939, il est « rappelé à l’activité militaire » par le décret de mobilisation générale. Affecté à la section de Caterpillar d’Orléans (réfection et construction des pistes d’aviation) puis au dépôt d’artillerie n° 25. Le 30 octobre, classé “sans affectation”, il est « renvoyé dans ses foyers ».

Orléans après les bombardements allemands de juin 1940

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 16 juin Orléans est occupé, après d’intenses bombardements. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Pendant l’Occupation, Joseph Llorens est arrêté le 19 octobre 1941, à Orléans, par la police française, pour ses activités politiques  antérieures, dans la même période (les 18 et 19 octobre) que 41 de ses camarades : 7 d’entre eux seront déportés  à Auschwitz : Marcel BoubouCyprien Depardieu, Marcel CouillonHenri FerchaudRaymond GaudryJoseph LhorensAndré Lioret  et Lucien Vannier .
Comme eux, il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans.
Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz.Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog :
La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Joseph Llorentz est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Cf Article du site : Les wagons de la Déportation

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi.

Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Lettre du train de Robert Dubois qui cite Joseph Llorens

Depuis le train, le 6 juillet 1942,  Robert Dubois, militant d’Orléans jette sur le ballast une lettre qui décrit leur départ avec 3 jours de vivres, l’itinéraire suivi, et la présence dans le convoi de Raymond Gaudry, Joseph Llorens et Lucien Vannier. Cette lettre manuscrite a été recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du Patriote Résistant pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972 (reproduction ci-dessus).
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45798 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Joseph Llorens meurt le 17 août 1942 à Auschwitz d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 736).
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .
Le 4 juin 2008, la mention « Mort en déportation » est portée sur ses actes déclaratifs de décès.

 Sources

  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Bureau de la Division ou Pôle des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • « Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz » (n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • « Ceux du groupe Chanzy« . André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Registre matricule militaire ANOM, Algérie et Mémoire des hommes.fr
  • Recensement Orléans 1936.

Notice biographique rédigée en novembre 2007, complétée en 2018 et 2019, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.