Matricule « 45 278 » à Auschwitz

Michel Bouchard © Pierre Gabriel et Jean-Luc Dron
Michel Bouchard le 8 juillet 1942

 

Michel Bouchard : né en 1913 à Avesnes-en-Val (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; domicilié au Grand-Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; cheminot ; militant CGT et communiste ; arrêté le 22 octobre 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 24 octobre 1942.

Michel Bouchard est né le 30 décembre 1913 à Avesnes-en-Val (Seine-Inférieure / Seine-Maritime).
Il est domicilié Chemin des Sables au Grand-Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Dumont, 26 ans (1887-1952), agricultrice et de Léon Bouchard, 30 ans, 1883-1973) son mari, successivement berger, cultivateur, gendarme et agent d’assurance.

Jean, Simone et Michel Bouchard © Pierre Gabriel et Jean-Luc Dron

Michel Bouchard a un frère Jean, né le 19 janvier 1909 à Avesnes-en-Val (il est décédé en 1934) et une sœur Simonne, née le 09 novembre 1923 au Havre.

Michel Bouchard épouse Jeanne Trumel, 21 ans, le 16 février 1935 à Sotteville-lès-Rouen.
Elle est née le 24 décembre 1914 à Sotteville-les-Rouen.  Elle tient un commerce au moment de l’arrestation de son mari (elle est décédée en 2008).
Le couple a trois enfants : Micheline, Jeanine et Jean-Michel (qui a un an en octobre 1941).
Michel Bouchard est cheminot à l’atelier 4 (réparation des locomotives) du dépôt des « Quatre Mares » de Sotteville-Lès-Rouen (matricule SNCF n°42945).
Il est membre du Parti Communiste et de la CGT avant-guerre.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Michel Bouchard 1933 © Pierre Gabriel et Jean-Luc Dron

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Michel Bouchard participe à des distributions de tract pendant l’Occupation (lire sur le site « Histoire des ateliers des Quatre Mares« , la « petite Résistance » « 1941/1942, la Résistance s’organise » (http://www.gaqm.fr/theme5.htm).
Dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941, Michel Bouchard est arrêté à son domicile par les polices allemande et française au motif de son ancienne appartenance au mouvement communiste. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen.

Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart, comme Michel Bouchard, à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente-neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Michel Bouchard est interné à Compiègne le 25 octobre 1941. Il y reçoit le matricule n° 1897. 
Le 23 décembre 1941, Michel Bouchard figure sur la liste de recensement des 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés « à l’Est« , en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .

archives familiales Jean-Luc Dron

En fouillant dans une boite de photos de famille, monsieur Jean-Luc Dron a retrouvé une lettre conservée par sa grand-mère Henriette Dubuc, une cousine de Michel Bouchard.
Il m’écrit « Ma grand-mère m’avait alors parlé de Michel. Pour ma part, enfant, je n’ai connu que Léon (« mon oncle Léon » comme nous l’appelions), le père de Michel. Cette lettre que je garde précieusement a été écrite par Simone, la sœur de Michel (1ère partie de la lettre) et par Jeanne la mère de Michel (2ème partie). Elle est adressée à mon arrière-grand-mère Marie Bouchard épouse Dubuc, à ses deux filles (dont ma grand-mère) et leurs époux et ses quatre petits-enfant (dont mon père) (cf. la mention « nous vous embrassons tous les neufs« ) ». 

archives familiales Jean-Luc Dron

Cette lettre apporte des informations à la fois sur ce que Michel Bouchard peut communiquer à sa famille (les lettres des internés de Compiègne sont censurées), mais aussi apporte un éclairage sur la vie des épouses et des enfants de ces hommes internés à Compiègne à la demande des autorités allemandes.

« 30 décembre 1941 (…) Les petites à Michel sont toujours avec nous. Le petit frère est parait-il un gros garçon. Je ne l’ai vu qu’une fois et il y a 6 mois. Il a eu un an en octobre. Quant à Michel lui-même, je ne sais pas si vous l’avez su, il a été arrêté dans la nuit du 21 au 22 octobre. On est venu le réveiller pour l’emmener. Depuis il est à Compiègne, dans un camp. Il ne se plaint pas trop, avec l’appui des colis la nourriture est passable. Il occupe son temps à étudier, il prend des cours de Français, d’Allemand et d’Espéranto. Il est bien traité, mais se demande quand la fin de tout ceci. On l’a enfermé sans lui dire pourquoi, sans jamais l’interroger. Son courrier est restreint. Sa femme continue son commerce, elle est toujours en route pour le ravitaillement. C’est fatigant, elle rapporte tout de Rouen dans une remorque derrière son vélo. Sa sœur et son beau-frère sont avec elle. Simone.
« Léon est allé à Compiègne. Il a été bien reçu par le commandant allemand, mais n’a pu le voir. Ils sont dans une caserne. Ils sont cinq camarades de Grand-Quevilly ensemble. Ils partagent leurs colis et font ménage ensemble. Nous n’avons reçu que deux cartes. Jeanne nous écrit qu’elle en reçoit à peu près tous les cinq jours et qu’il ne se plaint pas . Mais ! (…). Jeanne .

Depuis Le camp de Compiègne administré par la Wehrmacht, Michel Bouchard va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Michel Bouchard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros «45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau                                                                                          

Michel Bouchard, immatriculation à Auschwitz

Michel Bouchard est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro
matricule « 45 278 ».

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Michel Bouchard meurt à Auschwitz le 24 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 123).

Il est mort d’épuisement à cette date dans les bras de Louis Jouvin, dans la niche du Block 9 qu’il partage avec lui, selon le témoignage de son camarade rescapé.
Michel Bouchard est homologué comme « Déporté Politique« .
Il est homologué au titre des Forces Françaises Combattantes (FFC) et au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI), constituées des agents des
réseaux de renseignement, d’action et d’évasion, et comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
Il est homologué à titre posthume comme Sous-lieutenant des Forces françaises combattantes, Réseau Résistance-Fer pour prise de rang le 01/11/1942.

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Son nom est honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

Son nom est inscrit sur le monument aux morts des établissements S.N.C.F. de Sotteville-les-Rouen, ateliers des Quatre Mares. Il figure également sur la plaque commémorative située dans le hall de la gare de Rouen «A la mémoire des cheminots du centre de Rouen morts par faits de guerre, fusillés ou morts en déportation – 1939-1945». La mention « Mort en déportation » est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 2 octobre 1987.

Son nom est honoré sur la plaque de la Rue des Martyrs de la Résistance au Grand-Quevilly.
Y figurent également ceux de ses camarades déportés dans le même convoi que lui : Charles Bachelet, Louis Briand, Michel Bouchard, Maurice Guillot, Marcel Le Dret, Robert Mouchart, Jean Valentin, et Maurice Voranget. Cinq autres déportés sont honorés : René Blantron déporté le 27 avril 1944, décédé à Flossenbürg cette même année, Albert Chevalier déporté le 23 janvier 1943, décédé à Sachsenhausen fin avril 1944, Léopold Jeantet, Maurice Nail, déporté le 28 avril 1943, décédé à Sachsenhausen et Charles Tailpied.

Sources

  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin (3 février 1990) et par Louis Eudier in « Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945 » (annexes).
  • Site des Quatre Mares http://www.gaqm.fr/theme5.htm
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, « aptes à être déportés à l’Est » 23/12/1941 (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère dela Défense, Caen. Fiche individuelle et dossier consultés en décembre 1992 et octobre 1993.
  • Acte de décès ministériel du 4 juillet 1946.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère dela Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site Internet « Rail et mémoire« .
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Photo montage de trois portraits : son frère Jean, sa sœur Simonne et Michel (source Pierre Gabriel). Envoi de M. J.L. Dron

  • Portrait extrait de la photo de mariage de son frère Jean le 17.07.1933 (source Pierre Gabriel). Envoi de M. J.L. Dron

  • Agrandissement du visage de Michel Bouchard à partir de la photo montage © Pierre Cardon

Notice biographique rédigée rédigée en 2003 (complétée en 2012, 2016, 2017, 2020, 2022 et 2004, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

2 Commentaires

  1. Bonjour,
    Je suis l’une des arrières petite-filles de Michel Bouchard et je souhaitais vous laisser ce commentaire pour vous dire un énorme merci pour votre travail et à quel point il a été important pour ma famille et moi.
    Grâce à vous, ma mère, mon frère, ma sœur et moi, avons pu découvrir l’histoire de notre grand-père et arrière grand-père. Ma grand-mère est sa 2ème fille, Jeanine. Le sujet étant encore aujourd’hui beaucoup trop douloureux pour elle, elle a toujours refusé de nous parler de son père et de la guerre. Nous savions juste qu’il était mort en déportation. Pourquoi, où, comment,… nous n’avions aucune autre information que ces quelques mots. Enfants, nous savions que le sujet était tabou, du coup nous n’avons jamais essayé non plus de questionner notre arrière grand-mère à son sujet, ni ma mère de questionner sa grand-mère, et il est malheureusement aujourd’hui trop tard pour le faire puisqu’elle est décédée en 2008. Nous n’avions même jamais vu aucune photo de lui, et ma mère n’en avait jamais vu non plus. Comme son nom n’était jamais évoqué, petite, j’ai longtemps cru que mon arrière grand-père était celui qui était en fait le 2nd mari de mon arrière grand-mère, bien que je ne l’ai pas connu non plus. Il est apparemment décédé peu de temps après ma naissance. En temps qu’arrière petite-fille de déporté, et du fait que cette histoire nous soit autant cachée, j’ai toujours cherché à beaucoup me documenter sur le sujet pour essayer de boucher comme je pouvais tous les trous de notre histoire familiale. Ce n’était que des suppositions évidemment car je n’avais aucune façon de les vérifier à ce moment là. J’ai toujours eu vraiment besoin de connaître mes racines étant donné cette lourde histoire familiale et cette absence d’information a encore plus attisée ma curiosité à son sujet. Après un énième documentaire sur un camp de concentration, à me demander si c’était dans celui-ci ou dans un autre par lequel il était passé, j’ai tenté, en désespoir de cause et en pensant ne rien trouver, de faire une recherche sur internet. J’ai donc tapé « Michel Bouchard résistant » (les seules info que j’avais sur lui) sur mon moteur de recherche. Je suis tombée tout de suite sur votre article, grâce auquel nous avons trouvé une grosse partie de son histoire. Ils nous a été un peu difficile de n’avoir de lui que sa photo d’enregistrement à Auschwitz (c’était la seule qui était disponible à l’époque) mais malgré cela, et malgré ce contexte difficile, c’est comme si d’un coup, il prenait réellement « vie ». Ce n’était plus une ombre sans visage, et presque sans histoire, mais un membre de notre famille à part entière. Ma mère a même appris le décès de sa tante par le biais de votre article, ma grand-mère ne l’en ayant pas informé. Pour ma part, je n’avais jamais entendu parler d’elle non plus et ne savait donc pas que ma grand-mère avait une sœur. Je n’avais connaissance que d’un frère. Comme je cherche toujours aujourd’hui à faire des recoupements sur tout ce que je peux voir sur la 2nde guerre mondiale, je reviens régulièrement vers cet article pour essayer de situer les choses entre le contexte historique global et l’histoire de mon arrière grand-père. C’est de cette façon que j’ai eu ensuite accès à la lettre envoyée par ses proches lorsqu’il était interné à Compiègne. Encore un nouveau morceau de son histoire. Toujours de la même façon, j’ai fini par tomber sur les photos qui ont également été ajoutées à votre article, de lui, ainsi que de son frère et de sa sœur, ainsi qu’à de nouvelles informations qui n’étaient pas dans l’article lors de mes autres lectures. Grâce à vous, j’ai même appris des informations que je ne connaissais pas sur mon arrière grand-mère, bien que j’avais 27 ans lorsqu’elle est décédée et que nous la rencontrions régulièrement. Aujourd’hui, j’ai pu partager les nouvelles photos que vous avez publiées avec ma mère et ma sœur. Le voir autrement que comme un interné d’Auschwitz, puisque nous n’avions aucune autre photo de lui jusqu’ici, a été une joie pour nous, et nous avons beaucoup pleuré. Même si je pense qu’on ne pourra jamais échanger sur lui avec ma grand-mère, qui ne sait d’ailleurs pas que nous avons trouvé autant d’informations sur son père, car nous n’avons pas osé lui en parler, il a aujourd’hui une place à part entière dans notre histoire familiale, et ça n’aurait jamais été possible sans vous. J’aurai aimé en savoir plus sur l’homme qu’il était avant la guerre, mais même si elle acceptait d’en parler avec nous, ma grand-mère doit avoir très peu de souvenirs de lui car elle était très jeune lors de son arrestation.
    Encore une fois, je voulais vraiment saluer votre énorme travail et remercier également les personnes qui vous ont transmis les informations et les photos que vous avez ajoutées. J’imagine que ce sont des descendants d’une autre branche de la famille. Je ne sais pas si cela est possible pour vous de mettre des gens en contact, ni s’ils seraient d’accord pour ça, mais nous serions vraiment heureux de pouvoir échanger avec eux de façon à ce que l’histoire de notre grand-père et arrière grand-père ne soit plus « perdue » comme elle l’a été pendant de très très nombreuses années. On parle beaucoup du « devoir de mémoire », mais malheureusement, celui-ci n’existe pas du tout de notre côté de la famille car le maillon le plus important (ma grand-mère) n’est pas en mesure de l’alimenter, et c’est vraiment très dommage, bien que je puisse comprendre que le sujet soit difficile lorsque l’on perd son père aussi jeune et dans ce contexte lourd.
    MERCI beaucoup à tous 🙏🙏🙏

    1. Merci pour votre commentaire que nous publions avec votre accord, car il est commun à beaucoup de descendants de ces déportés et permet d’en apprendre un peu plus sur ce qu’ont vécu les familles.

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