Georges Terrier : né en 1906 à Bois-Guillaume (Seine-Inférieure, Maritime) ;  domicilié à Rouen (Seine-inférieure / Seine-Maritime) ; docker ; un des dirigeants du syndicat CGT des dockers de Rouen, communiste ; arrêté le 18 juillet 1940 ; écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 6 janvier 1943.

Georges Terrier, dit «la Tache» (à cause d’un angiome cutané au visage, selon Louis Eudier) -, est né le 13 août 1906 à Bois-Guillaume (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au 3, rue des Forrières au domicile de ses parents.
Il habite au 47, rue Saint-Vivien à Rouen (Seine Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Aimée, Désirée Auvray, 34 ans, sans profession et de Charles Pierre Terrier, quarante trois ans, journalier son époux.
Le 27 décembre 1924, à Rouen, il épouse Lucienne, Albertine Valin.
Il est docker au port de Rouen. Membre du Parti communiste, il membre du secrétariat du syndicat CGT des dockers de Rouen.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dès le 31 août 1940 les Allemands arrêtent des otages au Trait et à Duclair à la suite de sabotages de lignes téléphoniques. A partir de janvier 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Georges Terrier est arrêté le 18 juillet 1940 (LA 3340. DAVCC). On ignore le parcours qu’il a suivi ensuite. On sait seulement qu’il a été remis aux autorités allemandes et que celles-ci l’ont interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) avant le 29 octobre 1941. En effet à cette date il figure avec le n° 10 comme interné à Compiègne sur une liste de 26 otages pouvant être fusillés.  Onze de ces otages seront déportés à Auschwitz.

Montage à partir du document du CDJC.

A Compiègne, il fait partie du nouveau petit groupe des « cuisiniers », avec Louis Eudier, Legal, Gaston Mallard, Louis Morel, Louis Richard, Jean Tarnus, Louis Richard), groupe de militants de Seine-Inférieure désigné par Georges Cogniot (le «doyen» du camp pour les allemands, mais qui est également responsable de l’organisation communiste clandestine). Il s’agit d’avoir des hommes de confiance aux cuisines qui se trouvent à proximité du creusement du tunnel d’évasion : lire dans le site 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Louis Eudier raconte leur départ de Compiègne le 6 juillet 1942 : «Je me souviens de la réflexion du Camarade docker de Rouen Georges Terrier – dit «la Tache» – qui faisait partie du deuxième groupe qui est venu nous rejoindre sur la place d’appel avec son baluchon : « Je suis content d’avoir été désigné pour faire partie de votre convoi, car vous auriez pu douter de moi si j’étais resté« .

Depuis le camp de Compiègne, Georges Terrier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Les barbelés d’Auschwitz I © Claudine Cardon- Hamet

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 46262 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Georges Terrier meurt à Auschwitz le 6 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1244). «Assassiné par un SS alors qu’il ne pouvait plus travailler» selon le témoignage de Louis Jouvin.

Il est homologué comme Déporté politique.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 mars 2000 paru au Journal Officiel n° 144 du 23 juin 2000). Cet arrêté porte toujours la date approximative, quoique proche, du «mois de février 1943» : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz. Gorges Terrier a été déclaré «Mort pour la France».

Mémorial PCF Rouen © Thierry Prunier / Mémorial Genweb

En 1947, une cellule du PCF de Rouen porte son nom.
Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

Sources

  • Liste d’otages du 29 octobre 1941adressée par la Feldkommandantur 517 au commandement militaire de la région (St Germain-en-Laye).(Centre de Documentation Juive Contemporaine. XLIII-66 page 233).
  • Louis Eudier : Départ de Compiègne
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis  Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère dela Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.Tome 42, page 87 (notes : M. Boivin).
  • © Photo des barbelés d’Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • Etat civil de Bois-Guillaume

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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