Marcel Boyer le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Marcel Boyer © Musée de la Résistance Nationale  et  « Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France »

Matricule « 45.295 » à Auschwitz

Marcel Boyer : né en à Ivry-sur-Seine (Seine/Val-de-Marne), où il est domicilié ; employé municipal à la voirie ; bureau régional des JC, comité de région Paris-sud du Parti communiste ; lieutenant dans les Brigades internationales ; Arrêté le 6 août 1940 ; condamné à 4 mois, maisons d’arrêt de la Santé, de Clairvaux et de Gaillon ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 14 août 1942.

Marcel Boyer est né le 18 juin 1904 au domicile de ses parents, 22,  rue Parmentier à Ivry-sur-Seine (Seine/Val-de-Marne). «Fils d’un marchand de légumes, issu d’une fratrie de neuf enfants, Marcel Boyer fréquenta l’école communale de sa commune natale. Réformé lors du service militaire, il fut embauché comme journalier chez Geo au Kremlin-Bicêtre, puis à la Compagnie des Lampes d’Ivry-sur-Seine» (le Maitron).
Il est le fils de Léonarde (Léonie) Bourdarias, 32 ans, née en 1872 à Brignac (Corrèze) et de Jean Boyer, 47 ans, marchand de légumes, son époux.
Domicilié à Ivry en 1926, au 11 avenue de la République (inscrit à cette date sur les listes électorales), il y habite avec sa mère, sa sœur Antoinette née en 1906 et son frère Philibert, né en 1913, tous deux à Ivry.
Marcel Boyer y travaille ensuite comme employé municipal, à la voierie. Il est l’un des organisateurs du comité des chômeurs créé à l’initiative de Georges Marrane (maire d’Ivry depuis 1925) dans les années 1930. Il adhère aux Jeunesses communistes dans cette décennie. En décembre 1931, il est signalé par la police comme «sympathisant ou militant communiste». Lire
l’article Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000».
En 1932 il siège au bureau régional (Paris-Sud) des JC. « Nouvel adhérent du P.c., il fut délégué au congrès de Paris en mars 1932 » (Le Maitron). Marcel Boyer devient secrétaire du rayon du Parti communiste de Vitry, puis membre du Comité de la Région «Paris-Sud» du Parti communiste.

Le 11 novembre 1936, il s’engage dans les Brigades Internationales. Il y sert du 16 novembre 1936 à 1937 pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco que soutiennent Hitler et Mussolini. «Il partit, avec d’autres volontaires, combattre le 18 novembre 1936 dans les rangs des Brigades internationales en Espagne. Marcel Boyer fut nommé lieutenant, président de la commission judiciaire d’Albacete. Il se trouvait encore en Espagne en 1937. Lorsqu’il revint à Ivry, il anima le comité d’aide au peuple espagnol» (Le Maitron).  Lire dans le site Les « 45000 » ayant combattu en Espagne (1936-1938).
Après la déclaration de guerre et l’interdiction du P.c., il est membre du comité du Parti communiste clandestin de la Région «Paris-Sud».

Le 14 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants. Fin juin, le fort d’Ivry est occupé par l’armée allemande, la Maison de santé et de nombreux logements sont réquisitionnés. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).Au début de l’Occupation, il participe avec Marcel Sallenave à la réorganisation du Parti communiste à Ivry : activités clandestines : affiches
confectionnées à la main, la nuit par Pierre Rostaing (1), tracts tirés dans la cave de Cosqueric.
A l’instigation de Jean Compagnon, des paquets de tracts liés par de la mèche d’amadou, sont accrochés aux arbres. La mèche consumée, ils se répandront sur le marché d’Ivry« . Maurice Binot, militant communiste ivryen qui fut déporté à Buchenwald, a témoigné de cette période : «Je fus démobilisé à Thiviers (Dordogne) et rentrais à Ivry en juillet 1940, où je fus contacté par le camarde Marcel Boyer, qui, avec d’autres camarades restés ici, avait déjà organisé le lutte contre l’occupant : ce rendez-vous eut lieu chez Sallenave (face 40 rue Marat).  Il me mit au courant de ce qui se faisait alors à Ivry. Malheureusement il fut arrêté presque tout de suite après et fut déporté avec Sallenave et d’autres camarades qu’on ne revit plus ». « Il entra dans la clandestinité et tenta de reconstituer localement le Parti communiste avec Marcel Sallenave. Il s’occupa du fonctionnement d’une imprimerie installée clandestinement à la régie municipale d’Ivry-sur-Seine ». 

R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste. © Pierre Cardon

Marcel Boyer est arrêté le 6 août 1940 (confirmation parla liste des Renseignements généraux, ci-dessous) avec Janda Czarnès et Marcel Sallenave, pour « distribution de tracts » (2). On trouve également mention d’une autre date, « en juillet 1940 ». «Marcel Boyer fut arrêté en juillet 1940 alors qu’il se rendait à la Kommandantur à la tête d’une délégation de chômeurs. Il s’était également occupé du fonctionnement de l’imprimerie installée clandestinement à la régie municipale» (Michèle Rault). Le Maitron reprend la date du 6 août, et ajoute l’arrestation à la tête d’une délégation de chômeurs  » Il fut arrêté le 6 août 1940 alors qu’il se rendait à la Kommandantur d’Ivry à la tête d’une délégation de chômeurs« .
Le 8 février 1941 il est jugé par la 15ème chambre correctionnelle de Paris avec une cinquantaine de militants communistes (dont 16 seront déportés à Auschwitz). Il est condamné à quatre mois de prison pour propagande communiste. Bien que son incarcération préventive ait couvert la durée de la peine, il n’est pas libéré mais interné à la centrale de Clairvaux (Aube) le 9 février 1941. Il fait appel de la sentence, en même temps que Louis Guidou d’Ivry. Ils sont transférés depuis Clairvaux à la Santé le 8 avril 1941. Leur jugement est confirmé en appel le 9 avril.

Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris – Camille Marchand – entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Marcel Boyer, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 6 août 1940 pour distribution de tracts et condamné par la 15ème chambre correctionnelle le 8 février 1941 à 4 mois de prison ». Lire dans le site : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements générauxdans la répression des activités communistes clandestines.

Il est maintenu à la Santé jusqu’en septembre 1941. Puis il est interné au camp de Gaillon (Eure) jusqu’au 5 mars 1942, date à laquelle il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) (Maitron) en vue de sa déportation comme otage.
A Compiègne, il organise un triangle clandestin avec deux autres communistes : Paul Copin (de Vincennes) et Fernand Devaux (de Saint-Denis).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Boyer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942

Marcel Boyer est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45295» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (3) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s’en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block» / Pierre Monjault.
Marcel Boyer est affecté à Birkenau au Kommando La Hutta (terrassements) avec ses camarades Paul Copin et Fernand Devaux et ils tentent, dit Fernand Devaux, de reconstituer leur triangle de Compiègne.
Mais Marcel Boyer meurt à Auschwitz 14 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de
la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 124). Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de ces registres a fixé la date de son décès en décembre 1942 sur la base des témoignages de deux de ses compagnons de déportation.

Par délibération du 27 juillet 1945, le conseil municipal d’Ivry donne son nom à une partie du quai d’Ivry. Son
nom est inscrit sur la plaque  « A la mémoire des employés de la ville d’Ivry-sur-Seine morts pour la France
1939-1945
« , dans le hall de la mairie.

  • Note 1 : Pierre Rostaing est le jeune frère de Georgette Rostaing déportée à Auschwitz dans le convoi du 24 janvier 1943 dit des «31.000». Il est lui aussi déporté, et fusillé en Allemagne en avril 1945 (archives municipales).
  • Note 2 : « L’arrestation de Czarnes suscite un puissant mouvement de solidarité, sans que ralentisse l’action » (Maurice Binot). Janda Czarnès est déporté dans le convoi du 5 juin 1942, le deuxième convoi d’otages Juifs pour Auschwitz. Il meurt le 2 août 1942.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la
    Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés

Sources

  • Supplément au numéro 1319 du « Travailleur »

    « Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France », supplément au numéro 1319 du « Travailleur », brochure de 120 pages, Ivry, 1970.

  • Témoignage de Fernand Devaux,1991, in page 302 de «Mille otages pour Auschwitz».
  • Mme Rault archiviste municipale : 7 décembre 1992 (service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane).
  • Archives départementale de Paris, archives judiciaires, registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, 14 janvier – 12 février 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron,
    Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 20, p. 199. CD-Rom édition 1997. Notice in Maitron électronique par Claude Pennetier et Michèle Rault.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France»page 110, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319. Pages 21 et 93 – Brochure adressée par M. Minc, maire-adjoint (2 septembre 1988).
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • No Pasaran ! Images des Brigades internationales dans la guerre d’Espagne. Musée d’Histoire contemporaine. Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Hôtel des Invalides.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 11 avril 1941, liste de « 58 individus internés pour propagande
    communiste clandestine
     ».

Notice biographique rédigée en 2003, installé en 2012 mise à jour en 2015, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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