Francis Peyronin in Op. cité

 

Francis Peyronin : né en 1907 à Paris 14ème ; domicilié à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne) ; cocher-livreur, monteur de marché ; charretier au cimetière d’Ivry ; secrétaire de la section communiste d’Ivry ; arrêté le 12 février 1940, condamné à deux ans de prison, libéré en juin 1940 à Fresnes ; arrêté le 26 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 septembre 1942.

Francis Peyronin est né le 18 novembre 1907 à Paris (14ème). Il habite au 11, rue du Bocage à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), un petit pavillon à un étage, au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Eugénie, Adèle Maréchal, 21 ans, raffineuse et de Joseph, Francis Peyronin, né le 19 janvier 1887 à Paris 13ème, chaudronnier. Ses parents habitent au 72, rue de Patay, à Ivry-sur-Seine à la veille de la déclaration de guerre. Son père est tué lors des premiers combats au plateau de Berry, le 20 septembre 1914. Sa mère recevra des « secours » de l’armée.
Francis Peyronin est déclaré Pupille de la nation le 16 juin 1920. En 1921, il habite avec sa mère, qui est journalière au chômage, au 41 rue de Paris à Ivry.
En 1926, sa mère s’est remariée avec Arthur Gateau (charretier au chômage). Elle est concierge, et Francis Peyronin, qui travaille comme confiseur chez Ricaud, vit avec eux.
Il épouse Marcelle, Emilienne Diot à Ivry, le 1er mars 1930. Elle est née le 7 avril 1914 à Liancourt (Oise). Elle décédera le 20 mars 1980 à Paris 2ème. Le couple s’installe au 59, rue de Paris et aura trois enfants : Georges, né le 24 février 1930, Raymonde, née le 2 juillet 1932, et Francis, né le 14 août 1934.
Francis Peyronin est cocher-livreur en 1932. En 1936, il est monteur de marché à Ivry (liste électorale et recensement).
«A l’origine cocher de profession, il est employé à la ville d’Ivry comme monteur de marché puis comme charretier. Membre du comité des chômeurs en 1935, il est secrétaire de la section d’Ivry du Parti communiste à la veille de la Seconde Guerre mondiale» (Le Maitron).
Il travaillera ensuite pour les services du cimetière communal. En 1939 la famille est venue habiter au 11, rue du Bocage, dans le quartier du Petit-Ivry.

L’Humanité du 26 juillet 1939

En juillet 1939, il fait partie des parents qui ont des enfants dans les colonies de vacances de la Mairie d’Ivry, et qui écrivent à l’Humanité, pour faire connaître leur désaccord avec la campagne de dénigrement des colonies de vacances des mairies à direction communiste lancée le 22 juillet dans un article du « Matin ».
Son nom et son adresse sont cités dans le journal (11, rue du Bocage à Ivry).
Depuis l’interdiction du Parti communiste le 26 septembre 1939, il est membre de la direction clandestine d’Ivry du Parti communiste, avec Jean Compagnon (qui sera fusillé au Mont Valérien le 11 août 1942), Maurice Binot, Gaston Garnier et Emile Zellner.

Fiche du commissariat d’Ivry, octobre 1940

Francis Peyronin est arrêté le 12 février 1940 par la police française pour «propagande communiste et suspicion de distribution de tracts», comme le révèle sa fiche établie en octobre 1940 par le commissariat d’Ivry. Son nom y est accompagné de deux croix rouges soulignées d’un trait rouge signifiant : «militants
notoires et dangereux s’étant faits remarquer particulièrement
». Fiche de police : lire l’article du site Le
rôle de la police française
dans les arrestations des «45000».

La presse se déchaîne contre les communistes dans cette période depuis l’interdiction de la presse communiste, et relate relate l’arrestation et le procès en correctionnelle de Francis Peyronin : « Le Temps » titre Propagande communiste, « Le Lorrain« , « l’Eclair« , « Le salut public » : un propagandiste communiste condamné à deux ans de prison, « La dépêche du Berry » titre ; sévère condamnation pour propagande communiste. « l’Action Française » du 15 février 1940 se distingue sous le titre : Les serviteurs de l’ennemi.

L’Action Française du 15 février 1940

Prétextant de cette arrestation, la délégation spéciale d’Ivry (nommée par le Préfet de la Seine pour remplacer le conseil municipal, les conseillers municipaux communistes ayant été déchus de leurs mandats), le révoque immédiatement de son emploi de charretier.
Deux jours plus tard, le 14 février 1940, il est condamné par la quatrième chambre correctionnelle de la seine présidée par M. Roux à deux ans de prison, 1000 F d’amende et cinq ans d’interdiction de droits civiques. Ecroué à la Maison d’arrêt de Fresnes, il en est élargi lorsque les Allemands occupent Fresnes fin juin 1940 (1).

Le 14 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants. Le 15 juin 1940, une grande banderole flotte au sommet des HBM Philibert Pompée d’Ivry : «Lisez l’Humanité clandestine».
Fin juin, le fort d’Ivry est occupé par l’armée allemande, la Maison de santé et de nombreux logements sont réquisitionnés. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
Francis Peyronin est toujours surveillé par le commissariat d’Ivry qui note sur sa fiche en 1941 : «En date du 1er mai, signalé pour son activité de propagande communiste et tentative d’organiser un arrêt de travail sur le chantier du Fort d’Ivry pour la non récupération du nombre d’heures de travail. Semaine du 1er mai 1941 ».

Francis Peyronin est de nouveau arrêté le 26 juin 1941 «camp de conc. (concentration)» indique la fiche de police). Fiché et surveillé par la police, son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.

Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Francis Peyronin : « Meneur particulièrement actif ».
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des «ennemis actifs du Reich». Royallieu est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. (Frontstalag 122).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Francis Peyonin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

L’entrée du camp d’Auschwitz

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro «45977 ?», figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Et il n’a pas pu être validé par comparaison avec un portait d’avant guerre car la photo du déporté portant ce numéro d’immatriculation n’a pas été retrouvée.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Francis Peyronin meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 923). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie). Son certificat de décès porte comme cause de la mort : Néphritis. Grâce au témoignage d’une des déportées employée à l’état civil d’Auschwitz on sait que ces mentions sont fictives : les détenus avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies. Lire dans le site : Des causes de décès fictives.

Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de ces registres, fixe la date de son décès au 31 décembre 1942 sur la base des témoignages de deux de ses compagnons de déportation. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du
31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 31 décembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Le 28 avril 1968, une plaque est posée sur la maison qu’il habitait dans le quartier du Petit-Ivry (la rue du Bocage où il habitait au 11, avait déjà été nommée en 1945 «rue René Robin», un autre «45000»).
Cette plaque a été transférée dans le centre technique « René Robin ».
Le nom de Francis Peyronin est également honoré sur la plaque apposée en mairie «A la mémoire des employés de la ville d’Ivry-sur-Seine morts pour la France 1939-1945 ».
Par décret du 18 mars 1970, Francis Peyronin est décoré à titre posthume de la médaille de la Libération.

  • Note 1 : Entre le 17 juin et le 9 juillet 1940, 320 hommes et 93 femmes (principalement des communistes) sont libérés de Fresnes (Patrice Périllat, professeur agrégé d’histoire, in Colloque « La prison sous Vichy », à Agen, les 14 et 15 février 2002).

Sources

  • Archives en ligne de Paris et Ivry, état civil et élections, registres matricules militaires.
  • © «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France» page 110, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319 : pages 35 et 97.
  • Archives municipales d’Ivry (1988 et 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 38 éd. papier. Notice internet Michèle Rault.
  • © Porte principale du camp d’Auschwitz – Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb». Plaque en mairie, relevé Claude Richard.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine. Service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane.
  • © Fiches de police des commissariats d’Ivry et Vitry in Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.

Notice biographique rédigée en 2003, installé en 2012 mise à jour en 2015, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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