Roger Ménielle : né en 1921 à Paris 12ème ; domicilié à Créteil (Seine / Val-de-Marne) ; marinier ; jeune communiste ; arrêté le 10 octobre 1940, condamné à 6 mois de prison (maison centrale de Fresnes) ; arrêté comme otage communiste le 28 avril  1942 ; interné au  camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Roger Ménielle (1) est né le 12 juin 1921 à Paris 12ème. Il habite à Créteil, au 81, grande rue (Seine / Val- de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Lucienne Préau, née le 9 octobre 1899 à Lézinnes (Yonne) magasinière et de Maurice, Désiré Elie Ménielle, né le 14 novembre 1892 (1). Il a un frère (Robert, né en 1922 à Paris 12ème) et une sœur, Jacqueline, née en 1929 à Joinville-le-Pont.
Leurs parents se sont mariés à Paris 12èmele 26 février 1921. Il sont « des ouvriers très pauvres », écrit René Besse.
La famille habite au 18, passage Raguinot à Paris 12ème. En 1929, ils déménagent à Joinville-le-Pont au 4, avenue des Canadiens. En 1936 ils habitent tous au 8, rue du Buisson à Créteil. Leur père, déménageur est alors au chômage, et leur mère est nourrice et magasinière, cumulant deux métiers pour subvenir aux besoins du ménage.
Roger Ménielle est marinier. Sportif, il fait de la boxe et se distingue au niveau régional. « Roger Ménielle pratiquait la boxe en compétition jusqu’au niveau régional, utilisant les primes pour aider sa famille » (Le Maitron).
En 1939, la famille a déménagé au 81, grande Rue à Créteil. Il est membre des Jeunesses communistes.
De la classe 1941, il n’est pas mobilisable à la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939.

Le 13 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht occupent Créteil. Le 14 juin elles entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Fin septembre 1940, Paul Hervy ancien secrétaire des Jeunesses communistes de Créteil fait le tour des anciens adhérents : ils se retrouvent à six « à
vouloir continuer (…), poursuivre l’action désormais clandestine 
» (René Besse).
Outre Roger Ménielle il y a là René Besse, Guy Camus, Paul Hervy, Raymond Le Bihan, Georges Mapataud (ils seront tous déportés avec lui à Auschwitz), Marguerite (dite Margot) Camus et Raymond Labadie (déporté au Struthoff).
Ils vont manifester par tracts et affiches leur opposition à l’occupation. Les tracts sont tapés par Margot Camus et imprimés sur la ronéo cachée dans le pavillon chez le cousin de René Besse, Jean Vial, dit « Julot ». Roger Ménielle et Georges Mapataud s’occupent plus particulièrement  de la propagande sur l’ouest de Créteil (René Besse, Op. Cité p. 81). Raymond Labadie écrit en 2010 « les jeunes Résistants ne se méfient pas assez et diffusent leurs tracts à dates et heures fixes, au risque d’être arrêtés, comme Georges Mapataud qui sera déporté ».

Roger Ménielle est arrêté le 10 octobre 1940 avec Georges Mapataud et Albert Duclos pour « propagande communiste ». Emmené à la
gendarmerie de Créteil, il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute), et il est écroué le 13 octobre à la
Maison d’arrêt de la Santé.
Récit de l’arrestation dans Le Maitron « Le 10 octobre vers 21 heures, Roger Ménielle vint chez lui apporter des tracts, un autre militant, Duclos était présent. Tous les trois se partageaient les tracts et allaient dans la Grande Rue pour distribuer « Les masques sont tombés » et « L’Avant-Garde », les tracts étaient glissés sous les portes des habitations des deux côtés de la rue. Trois gendarmes interpellèrent les trois jeunes« .
Le lendemain, comme Georges Mapataud, la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à six mois de prison. Roger Ménielle est transféré à Fresnes le 26 octobre.
Ayant moins de 20 ans, il est libéré comme Georges Mapataud, à la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, sans être placé dans un camp d’internement.

Il est vraisemblablement arrêté le 28 avril 1942, comme otage communiste : en effet ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le
département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939)  et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de
représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Roger Ménielle est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). L’hypothèse d’une arrestation le 28 avril 1942 est d’ailleurs étayée par le fait qu’il ne figure pas dans la liste de recensement en décembre 1941 des jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 et aptes à être déportés « à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV – 198).
A Compiègne, il donne des exhibitions de boxe selon le témoignage de deux rescapés de son convoi (Henri Peiffer et Pierre Monjault).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Roger Ménielle est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45868 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à
Auschwitz
.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Roger Ménielle est affecté à Birkenau.
Henri Peiffer raconte qu’il fait des combats de boxe au début de sa détention à Birkenau. En effet, friands de combats de boxe au plus haut niveau, les SS recherchaient des boxeurs professionnels ou de bon niveau à l’arrivée des trains parmi les nouveaux déportés tout comme ils sélectionnaient d’autres professions qui leur pouvaient être utiles.
René Besse qui est au camp principal, entendra parler de ces combats lors de la quarantaine au Block 11 où les survivants français du convoi sont regroupés. Roger Ménielle écrit-il « alors qu’il était déjà très affaibli, se portait volontaire pour des combats de boxe, au risque de se faire « démolir »  contre des Kapos ou des chefs de Block, dont les forces physiques étaient bien mieux conservées. L’enjeu était de gagner des boules de pain, partagées ensuite avec les copains… ».
Pour René Besse et ses camarades, il s’est sacrifié en toute lucidité « ces combats inégaux ont fini de le tuer, en novembre ou décembre 1942. Mais grâce à ses boules de pain, il avait contribué à prolonger quelques vies ».

On ignore la date précise de sa mort à Birkenau. Deux versions des circonstances de sa mort ont été avancées : Henri Peiffer écrit qu’il se jette sur les barbelés, dénude sa poitrine et crie à la sentinelle du mirador :  » Tire, salaud « .
Maus d’après Pierre Monjault, il aurait été pris dans une sélection pour la chambre à gaz (sa fiche aux ACVG indique d’ailleurs qu’il fut gazé fin novembre 1942). Pierre Monjault écrit «  Nos camarades sont embarqués dans les camions qui les emmenaient vers les chambres à gaz : Nous souffrions de les voir partir. Quand il y avait des Français, nous les entendions chanter « La Marseillaise ». Nous nous mettions au garde-à-vous avec un grand respect et un sentiment
douloureux dans le cœur. Un jour, il y avait Ménielle et d’autres d’entre nous ».

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 27 avril 1993, paru au Journal Officiel du 10 juin 1993, avec la mention
« décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Son nom et celui de son père sont inscrits sur le monument aux morts de Créteil, avenue Maréchal Delattre de Tassigny.

  • Note 1 : Son nom a été orthographié « Méniel » au DAVCC à Caen, d’où la reprise de cette orthographe dans mes 3 livres. Roger Arnould l’avait également utilisée à partir des témoignages de rescapés.
  • Note 2 :Son père, Maurice Ménielle, né le 14 novembre 1892 à Paris 7ème est déporté le 24 janvier 1943 vers le camp de Sachsenhausen (n° 58973). Il est transféré à Dachau. Après Dachau, il est transféré dans les Kommandos de Schönebeck, Aschersleben et finalement Langenstein où il meurt le 16 mars 1945.

Sources 

  • Témoignages de Pierre Monjault, Henri Peiffer et René Besse, recueillis par Roger Arnould le 18 avril 1982.
  • « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Préface de Marie-Jo Chombart de Lauwe Les Ardents éd. 2009.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  •  © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site InternetLégifrance.gouv.fr
  • ©Archives en ligne de Paris, registres matricules militaires.
  • Archives en ligne du Val de Marne, recensement de 1936.
  • Dossier individuel consulté par M. Arnaud Boulligny (FMD Caen).
  • Dessin camion vers la chambre à gaz © 1945, Franz Reisz, Musée d’Auschwitz-Birkenau.

Notice biographique mise en ligne en 2012, complétée en 2017, 2020 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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