Albert Guillermou, détourage photo d’immatriculation à Auschwitz, P. Cardon

Matricule « 45.643 » à Auschwitz

Albert Guillermou : né le 15 août 1921 à Paris 13ème ; domicilié à Villejuif (Seine / Val-de-Marne) ; calorifugeur à la SNCF ; communiste ; arrêté une première fois le 30 octobre 1940 ; condamné à 3 mois de prison, libéré ; arrêté à nouveau le 28 avril 1942 ; interné au  camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 26 septembre 1942.
Le 18 , rue de Verdun à Villejuif

Albert Guillermou est né le 15 août 1921 à Paris (13ème). Il habite au 18, rue de Verdun à Villejuif (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Son père, Alain, Guillaume Guillermou, paveur, né à Fouesnant (Finistère) le 9 janvier 1893 a épousé Marie Anne Clément le 19 octobre 1920 à Gouesnach (Finistère), où elle est née en 1897.

En 1936, Albert Guillermou habite avec son père au 4, sentier Darwin à  Villejuif. Son père, alors paveur aux établissements C et T à Paris 14°, vit chez une amie, Aline Youinon, née en 1902 et le fils de celle-ci, Albert Yoinou, né en 1923.
Célibataire, Albert Guillermou est employé à la SNCF (calorifugeur).
Il est membre du Parti communiste.

Le 14 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent Ivry, Vitry et Villejuif les jours suivants.  L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Il est arrêté une première fois le 30 octobre 1940 par la police française pour détention de tracts communistes. Comme la plupart des militants
villejuifois il a affaire à Gimelli, un brigadier de police du commissariat de Gentilly, tristement connu avant la guerre pour sa violence à l’égard des
militants et des élus communistes de la circonscription (René Herz écrit « le sinistre brigadier Gimelli »), voir notamment l’agression du maire de Villejuif Georges Le Bigot. Albert Guillermou est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et condamné (en présence de son père responsable civil, puisqu’Albert est mineur) par la 12ème chambre correctionnelle à 3 mois de prison avec amende. Il est libéré à l’expiration de sa peine.
Le 4 octobre 1941, son père épouse Mélanie, Marie, Louise Berluer à Chevilly-Larue (94).  Le couple vit avec Albert et le fils de Mélanie, Jean Régis, au 18, rue de Verdun à Villejuif (Seine / Val-de-Marne) au moment de l’arrestation de celui-ci.
Albert Guillermou est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 « entre 6 h 30 et 7 heures, juste avant son départ au travail » (témoignage de Jean Régis qui écrit « il était comme mon frère »).  Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le site La
politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)
. Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine (les autres sont connus ou suspectés par les services de police). Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au
métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Il est interné le jour même au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Albert Guillermou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Albert Guillermou est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45643» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz (ce numéro figure sur le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Immatriculation le 8 juillet 1942

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Albert Guillermou meurt à Auschwitz le 26 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from
Auschwitz
Tome 2 page 409 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Un arrêté ministériel du 6 mai 1994, paru au Journal Officiel du 21 juin 1994, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’ Albert Guillermou. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 15 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si
dans les
années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le
ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont
accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès
des « 45000 » à Auschwitz

Les villejuifois déportés le 6 juillet 1942, montage Pierre CardonLe nom d’Albert Guillermou est honoré sur le monument commémoratif de la commune, dressé en 1999 dans le parc Pablo Neruda. Lire dans le site l’article Les fusillés, déportés et internés de Villejuif .

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

    Sources

  • « Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste« , brochure éditée par la Vie nouvelle sous l’égide de la municipalité et de la section communiste de Villejuif (1945-1946). Imp. M. Boivent. Les documents ont été rassemblés par René Herz, employé à l’Asile, arrêté le 6 décembre 1940, et interné à Aincourt (collection Pierre Cardon).
  • Notes manuscrites de Gilberte Le Bigot, belle-sœur de Georges Le Bigot concernant chacun des 9 déportés à Auschwitz (1973).
  • Témoignage de Jean Régis, fils de la belle-mère d’Albert Guillermou (lettre du 4 octobre
    1986 à Roger Arnould). MmeGuillermou, lettre de remerciements du 9 juin 1986 à Roger Arnould pour l’envoi de la photo d’immatriculation à Auschwitz de son beau-fils.
  • Notes manuscrites de Gilberte Le Bigot, belle-sœur de Georges Le Bigot concernant
    chacun des 9 déportés à Auschwitz (1973).
  • Remerciements à Mme Nathalie Lheimeur, service des Archives municipales.
  • Archives en ligne de Paris (élections).
  • Archives en ligne de Villejuif (recensements de 1931 et 1936).
  • Archives en ligne de Fouesnant et Gouesnach (Finistère).
  • Aincourt. Archives de la police / BA 2374.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com

Notice biographique rédigée en 2003, installée en 2013 mise à jour en 2015, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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