Léo Souque-Laforgue © Angel Martin
Léo Souque-Laforgue : né en 1913 à Bègles (Gironde) ; domicilié à Vitry (Seine / Val-de-Marne) ; chaudronnier, cheminot au PO puis SNCF ; communiste, trésorier de cellule ; arrêté le 26 juin 1941, interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Léo Souque-Laforgue est né le 10 août 1913 à Bègles (Gironde), au domicile de ses parents, rue Chagneau. Il habite au 33 avenue de Rouilly (devenue avenue André Maginot) au moment de son
arrestation à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne).
Il est le fils de Marguerite Bergez, vestonnière née le 26 septembre 1886 à Langon (Gironde) et d’André Souque-Laforgue, journalier, puis chaudronnier aux Chemins de fer du midi, né le 11 mai 1885 à Bordeaux, son époux. Ses parents se sont mariés à Bègles le 4 novembre 1908. Ils habitent rue Chagneau. Son père est embauché comme chaudronnier aux Chemins de fer du Midi le 1er octobre 1909. Son père ayant été démobilisé de l’armée d’Orient en décembre 1918, la famille s’installe rue de l’Elysée à Bègles. Ils déménagent en 1927 au 112, rue Dutrucq à Gujan-Mestras (Gironde), puis reviennent rue de l’Elysée à Bègles en 1933.

La gare de Vitry. X DR

Chaudronnier comme son père, Léo Souque-Laforgue est embauché comme chaudronnier aux Ateliers SNCF de Paris Ouest (1) de Vitry, ville où on sait qu’il habite à partir de 1937.
Le 6 juin 1936 à Floirac (Gironde), Léo Souque-Laforgue a épousé Pilar Vélez (dite Paulette).
Il est adhérent des Jeunesses communistes, puis du Parti communiste, dont il devient trésorier de cellule à Vitry.

Les « congés payés »… Collection Monic Mercier. Droits réservés.

Pendant la période du Front populaire, comme des milliers d’ouvriers parisiens, il part avec son épouse et des amis en Normandie.
Sur la photo ci-contre,  de gauche à droite : Léonie Guichard, épouse d’un collègue qui doit prendre la photo, Robert Mercier, cheminot au P.O et ami, son épouse Suzanne et derrière elle, leur fils Monic ; accroupis “Paulette” et Léo Souque-Laforgue.
Cheminot, Léo Souque-Laforgue est « affecté spécial » (2) sur son lieu de
travail lors de la mobilisation générale. Il est néanmoins vraisemblable, que comme la majorité des syndicalistes et communistes, il ait été rayé de cette affectation spéciale et réaffecté.
Après l’interdiction du Parti communiste il est en effet soupçonné d’activités clandestines par la police, qui pense que des réunions se tiennent à son domicile (qui est situé non loin des ateliers SNCF des Ardoines).

Le 14 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent Ivry, et Vitry le 15 juin.  L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

« Dès 1941, il existe une organisation clandestine aux ateliers du PO à Vitry » (Brochure la Résistance à Vitry).
Elle se transformera en groupe armé, le « groupe Pujol », qui y fabriquera des bombes et grenades permettant de réaliser de nombreux coups de main.
Au début de 1941, la recrudescence d’inscriptions à la craie, d’affiches et de diffusion de tracts communistes dans plusieurs quartiers de Vitry (rue Jean Jaurès, Place de l’Eglise, rue de Talma, rue de Choisy, Voie des Roses, limite de Choisy-le-Roi) ont alerté les services de la Préfecture.

Des enquêtes, filatures et perquisitions sont alors effectuées dans les milieux communistes « notoires » de la ville.
Le domicile de Léo Souque-Laforgue est perquisitionné le 23 mars 1941 : du matériel de propagande récent y est trouvé.

Fiche de police du commissariat de Vitry

Sa fiche de police établie avant guerre par le commissariat de Vitry est alors «actualisée» le 8 avril 1941 à l’issue de cette perquisition. Elle sera complétée après son arrestation ultérieure.

On y lit (cf. photo) « Militant notoire, propagandiste. Chez  lequel se feraient des réunions.  Perquisition le 23/03/41, au cours de laquelle il a été trouvé 4 brochures toutes récentes (1er trimestre 41).
1° La Vie du Parti.
2°  Manifeste du PC, février 
1941.
3° Le Parti communiste a vingt ans.
4° Comment se défendre.
A été convoqué au Commissariat le 08-04-41 pour être informé qu’il était tenu responsable par les autorités allemandes des tracts et affiches séditieuses non lacérés. Secteur : Quartier rue Jean Jaurès, Place de l’Eglise, rue de Talma, rue de Choisy, Voie des Roses, limite Choisy-le-Roi.
Arrêté le 26/06/41. Camp concentration.
Son nom est accompagné de deux croix rouges soulignées (XX) qui signifie «militants notoires et dangereux s’étant fait remarquer particulièrement ». Lire dans
le site : Le rôle de la police française (Rouen, Ivry et Vitry, BS1).

Le 26 juin 1941, Léo Souque-Laforgue est arrêté au petit matin à son domicile par des hommes du commissariat de Vitry, dans le cadre d’une nouvelle vague d’arrestations qui concerne une centaine de  militants ouvriers.

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Léo Souque-Laforgue : « Meneur particulièrement actif ».

Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste

Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.

Ces opérations sont menées en concertation avec les autorités allemandes. Marius Hoehn, manœuvre chez Brié et Jacques Lambolez (déportés à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943), le conseiller municipal Jules Lagaisse (déporté dans le convoi du 24 janvier 1943 et mort à Sachsenhausen en 1943), le menuisier Pierre Chauffard et Edouard Til (déportés eux aussi à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942), sont
arrêtés ce même jour (1). Les familles de ces militants ont pensé qu’ils avaient été dénoncés. Ce que nous savons désormais – grâce aux relevés du Musée de la Résistance – de l’utilisation par les autorités allemandes, via la Préfecture de police, d’informations consignées dans les fiches et registres des commissariats de police d’Ivry et Vitry, nous amène à penser qu’une dénonciation n’était pas nécessaire (quoique toujours possible).
Les responsables communistes étaient bien connus des services de Police.

Léo Souque-Laforgue est interné sans jugement au camp allemand de Compiègne administré
par la Wehmarcht (le Frontstalag 122) aussitôt après. Il y reçoit le numéro matricule n° 243. Marius Hoehn a le n° 244.

A Compiègne il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis. Sur la vie au camp de Royallieu lire La solidarité au camp allemand de Compiègne. Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne et 22
juin 1942 : évasion de 19 internés

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Léo Souque-Laforgue est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.  Le numéro « 45111 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date exacte de son décès à Auschwitz. En septembre 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au « 15 novembre 1942 à Auschwitz » sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. Un arrêté du 28 juillet 2003 paru au JORF n°224 du 27 septembre 2003 page 16541, reprend cette date fictive et porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès.
Il a été déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».
Léo Souque-Laforgue est homologué comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 554743.
Le nom de Léo Souque-Laforgue est inscrit sur la plaque située place des Martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation  intitulée : « 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz – 1175 déportés dont 1000 otages communistes – Parmi eux 14 Vitriots ». Et il est honoré sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : « A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis ».

  • Note 1 : Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (dite PO). C’est l’une des six grandes compagnies privées de chemin de fer dont les réseaux ont été fusionnés le 1er janvier 1938 pour constituer la  SNCF.
  • Note 2 : « L’affectation spéciale » était accordée sur une proposition de la Compagnie avec autorisation des Autorités Militaires : un « Affecté Spécial » était un spécialiste maintenu à son poste civil et soumis à la juridiction militaire (art. 52, loi du 1er avril 1923).

Sources

  • « La Résistance à Vitry », Brochure réalisée par la municipalité de Vitry après 1967.
  • Note manuscrite de Roger Arnould.
  • Photo de Léo Souque-Laforgue recueillie par José Martin (frère d’Angel Martin) pour Roger Arnould (FNDIRP), 1973.
  • Entretien téléphonique avec le fils d’un camarade d’atelier de Léo-Souque-Laforgue au P.O, Monic Mercier, habitant Vitry, décédé en 2018. Photo fournie par Monic-Mercier (site « Mémoire vive »).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
  • Archives en ligne de Gironde, état civil de Léo et de ses parents et registre matricules militaires
  • Archives en ligne de Vitry, recensement 1936.

Notice biographique rédigée rédigée en 2003 (complétée en 2012, 2016, 2017, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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